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Dette de l'IA : CoreWeave plonge et inquiète les marchés

L'action CoreWeave a perdu 16% mercredi puis 5% jeudi, ravivant les craintes sur l'endettement massif des acteurs de l'intelligence artificielle.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Hangar de serveurs informatiques avec une flèche descendante peinte au sol.

CoreWeave, qui construit des centres de données ensuite loués à des géants du cloud comme Google ou Microsoft, se retrouve au cœur des craintes sur la dette de l'IA. Mercredi 14 octobre, son action a chuté de 16% à Wall Street, avant de dévisser encore de plus de 5% jeudi 15 octobre en début de séance, selon Le Monde.

La chute a débuté quand le rendement des obligations de l'entreprise, à échéance 2031 et 2032, a grimpé jusqu'à 15%, voire 16,4% selon la plateforme Tradeweb citée par Reuters. Ce bond signifie que les investisseurs exigent des primes de plus en plus élevées pour accepter de détenir la dette de CoreWeave. Le coût de l'assurance contre un défaut de paiement de l'entreprise a lui aussi grimpé au-delà de 1.000 points de base, un niveau record selon S&P Global Market Intelligence.

Sur X, Elon Musk a réagi avec ironie à un message de l'investisseur Chamath Palihapitiya signalant ce bond des taux.

« Ils ne sont plus en mesure d'emprunter, même à 9% ; c'est un élément très préoccupant », Gil Luria, analyste chez D.A. Davidson.

Une dette de 50 milliards de dollars

CoreWeave a accumulé une dette d'environ 50 milliards de dollars, soit 44,6 milliards d'euros, selon l'agence Reuters citée par Le Monde. Sa capitalisation boursière est tombée à 34 milliards de dollars, inférieure donc au montant de ses engagements. Le coût de l'assurance de sa dette implique désormais un risque de défaut de près de 63% dans cinq ans, contre environ 30% il y a un an, selon des données rapportées par Boursorama.

L'analyste Gil Luria, de D.A. Davidson, a qualifié CoreWeave de « segment subprime » du secteur de l'IA lors d'une intervention sur Bloomberg TV.

IndicateurChiffreSource
Dette de CoreWeaveenviron 50 milliards de dollarsReuters, cité par Le Monde, octobre 2026
Capitalisation boursière de CoreWeave34 milliards de dollarsLe Monde, octobre 2026
Rendement des obligations 203116,4%Tradeweb, via Boursorama/Reuters
Probabilité de défaut à 5 ansprès de 63%, contre 30% un an plus tôtBoursorama/Reuters, octobre 2026
Émissions nettes de dette des hyperscalers en 2026environ 274 milliards de dollarsUBS, octobre 2026

Un phénomène qui dépasse CoreWeave

La chute de CoreWeave a déclenché une débâcle plus large des valeurs liées à l'IA. L'onde de choc touche aussi Oracle, Amazon, Alphabet, Meta et Nvidia, selon Reuters. Legrand et Schneider Electric, fournisseurs d'équipements pour centres de données, ont aussi été chahutés en Bourse.

Le mouvement d'endettement du secteur est spectaculaire. D'après Le Figaro, les acteurs de l'IA n'avaient quasiment rien emprunté en 2024, contre environ 500 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2026. Goldman Sachs prévoit une nouvelle accélération en 2027, jusqu'à 1.200 milliards de dollars. Selon UBS, en intégrant les engagements hors bilan, les obligations totales des hyperscalers atteindraient près de 3.500 milliards de dollars, contre environ 800 milliards de dette déclarée.

Même des groupes solides comme Meta ont dû proposer plus de 7% par an pour placer leur dette, tandis que des spécialistes du cloud dépassent les 9%, rapporte l'AFP. Le consultant Chris Della Fave, de Post Oak, estime que l'IA représente désormais 25% du total des émissions obligataires privées, contre 4% il y a deux ans.

Des avertissements qui se multiplient

Le cabinet Gartner a estimé qu'environ 80% des « néoclouds », ces nouveaux opérateurs de centres de données comme CoreWeave, pourraient fermer d'ici 2030. Plus de 3.500 milliards de dollars de dépenses en IA pourraient subir une dépréciation si les fournisseurs maintiennent leur rythme d'investissement actuel, selon l'analyste Will Sommer de Gartner, cité par Reuters.

La Banque d'Angleterre a elle aussi mis en garde fin septembre contre un « risque de correction plus marquée » qu'en juillet, mois durant lequel l'indice Nasdaq avait perdu près de 7%. Larry Fink, patron de BlackRock, premier gestionnaire d'actifs mondial, évoque de son côté une possible « pénurie de capitaux » face aux besoins combinés des déficits publics et des investissements en IA, selon Le Monde.

Mark Malek, responsable de l'investissement chez Siebert Financial, prévient qu'un simple ralentissement du rythme de construction des infrastructures ou une croissance insuffisante des revenus de l'IA pourrait déclencher un « ajustement massif » des valorisations, sur les marchés de la dette comme sur ceux des actions. Il cite en exemple Oracle : en cas d'incapacité à honorer une échéance, un « effet de contagion » pourrait toucher l'ensemble de la dette liée à l'IA.

Sources

  1. Le Monde : Pixels (tech)
  2. Les craintes sur la dette liée à l'IA bousculent à nouveau les Bourses mondiales
  3. IA : la ruée vers la dette des géants de la tech fait grimper les taux d'intérêt
  4. La dette de l'IA explose et accélère la hausse des taux d'intérêt
  5. Wall Street recule, juge les acteurs de l'IA trop endettés
  6. Le déclin de CoreWeave met en lumière le fardeau croissant de la dette qui sous-tend l'essor de l'IA
  7. IA : gros coup de vent avant la tempête ?
  8. Dans les méandres de la dette de l'IA : Entre capital, calcul et croissance

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