Assises de la cybersécurité : les agents IA favorisent
Aux Assises de la cybersécurité à Monaco, dirigeants et experts constatent que les agents IA accélèrent les attaques bien plus vite que les défenses ne…

Les agents IA se sont imposés comme le sujet central des Assises de la cybersécurité, qui réunissent depuis cette semaine à Monaco dirigeants d'entreprises, responsables étatiques et experts du secteur. Le constat est partagé par tous les intervenants cités par NextINpact le 9 octobre 2026 : l'intelligence artificielle transforme aussi bien l'attaque que la défense, avec une asymétrie nette en faveur des assaillants.
Vincent Strubel, directeur général de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), a résumé la situation devant les participants.
« l'IA nous complique la tâche […] L'IA est un multiplicateur de force, mais elle ne va pas rendre possible des attaques impossibles », Vincent Strubel, directeur général de l'ANSSI.
Pour lui, l'IA ne crée pas de menaces totalement inédites, mais elle démultiplie la puissance de frappe de chaque attaquant, qu'il soit un groupe étatique ou un cybercriminel isolé.
Des attaques plus rapides et plus massives
Bertrand Le Piolot, directeur cybersécurité chez FDJ United (l'ancienne Française des Jeux), confirme cette accélération. Les techniques elles-mêmes ne sont pas nouvelles, mais leur exécution a changé d'échelle.
« Les méthodes d'attaque avec des IA génératives ne sont pas nouvelles, mais elles sont plus rapides et autonomes », Bertrand Le Piolot, directeur cybersécurité chez FDJ United.
Le général Patrick Touak, à la tête du ComCyber MI, dit avoir été surpris par la vitesse à laquelle l'IA a démultiplié le nombre d'attaques observées. Du côté des infrastructures, Jérôme Renoux, vice-président d'Akamai France, livre une vision à l'échelle mondiale : son entreprise, qui gère entre 25 et 30 % du trafic internet mondial selon ses propres chiffres, voit passer des bots toujours plus sophistiqués, capables d'imiter le comportement humain pour échapper aux détections automatiques.
« il y a une forte augmentation du nombre et de la sophistication des attaques par IA », Jérôme Renoux, vice-président d'Akamai France.
Ces constats de terrain rejoignent les données publiées début octobre par Microsoft dans son rapport annuel sur la défense numérique. Selon ce document, le délai médian entre la découverte d'une vulnérabilité et son exploitation effective est tombé bien en dessous de 24 heures. Sur la période de juillet 2025 à juin 2026, la part des intrusions commençant par du phishing est passée de 7 % à 23 %, une hausse que Microsoft attribue directement à la capacité de l'IA générative à personnaliser chaque message d'hameçonnage à grande échelle.
Des chiffres qui illustrent l'ampleur du phénomène
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Délai moyen entre découverte d'une faille et son exploitation | moins de 24 heures | Microsoft, Digital Defense Report 2026 |
| Intrusions commençant par du phishing (juillet 2025 à juin 2026) | 23 %, contre 7 % un an plus tôt | Microsoft, via Help Net Security, octobre 2026 |
| CVE recensées pour l'année 2026 (estimation) | environ 72 000 | Microsoft, via Help Net Security |
| Coût moyen mondial d'une violation de données | 4,44 millions de dollars | IBM Security, via Forbes, 2026 |
| Part du trafic internet mondial transitant par Akamai | 25 à 30 % | Akamai France, via NextINpact |
À ces chiffres s'ajoutent d'autres signaux de la même tendance. Microsoft a par exemple recensé en décembre 2025 une extension de navigateur malveillante, installée plus de 600 000 fois, qui aspirait les conversations ChatGPT et DeepSeek de près de 10 000 organisations avant d'être neutralisée. Le groupe prend aussi l'exemple de modèles comme Mythos d'Anthropic ou GPT-5.5 d'OpenAI, capables, dans des environnements de test sans défenseurs, de prendre le contrôle complet d'un domaine d'entreprise à travers une chaîne d'attaque automatisée en 32 étapes.
La défense tente de suivre le rythme
Si l'offensive progresse vite, la défense ne reste pas immobile. En France, selon un rapport cité lors des Assises, 77 % des responsables de la sécurité des systèmes d'information ont déjà intégré l'IA générative dans leurs dispositifs de défense, et 96 % d'entre eux estiment qu'elle améliore sensiblement leur rapidité d'action. Mais le retard reste perceptible : seulement 37 % des entreprises disposent d'une politique encadrant l'usage sécurisé de l'IA, un chiffre en recul par rapport à l'année précédente.
Le décalage entre attaque et défense inquiète particulièrement à l'approche des prochains scrutins électoraux. Plusieurs intervenants aux Assises de Monaco estiment que les élections à venir pourraient être marquées par une intensité inédite de manipulation de l'information et d'attaques informatiques pilotées par IA, certains allant jusqu'à évoquer un scrutin qui pourrait tourner au « carnage » si les défenses ne se renforcent pas rapidement. Les entreprises présentes à Monaco s'accordent sur un point : adopter elles-mêmes des agents IA défensifs devient, selon elles, la seule option réaliste pour tenter de combler l'écart avec des attaquants qui opèrent déjà à la vitesse de la machine.
Sources
Sujets
- cybersécurité41
- intelligence artificielle191
- agents ia6
- assises de la cybersécurité
- anssi9
- microsoft7
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