Actu Allo360
En continu

Deepfakes en santé : l'AP-HP porte plainte contre Facebook

L'AP-HP et Sorbonne Université ont porté plainte après la diffusion sur Facebook de deepfakes usurpant un professeur de la Pitié-Salpêtrière pour vendre un…

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Un téléphone à écran bleu figé posé près d'une blouse blanche et d'un stéthoscope.

Depuis plusieurs semaines, un faux reportage télévisé de cinq minutes circule sur Facebook, usurpant l'identité visuelle de TF1 et la voix de la présentatrice Anne-Claire Coudray. Cette vidéo illustre la montée inquiétante des deepfakes en santé : elle met en scène le professeur Renaud Piarroux, spécialiste de parasitologie à l'hôpital Pitié-Salpêtrière, pour vanter un produit censé "débarrasser l'organisme de ses parasites".

Dans ce montage généré par intelligence artificielle, une femme de 82 ans témoigne avoir été soulagée de douleurs chroniques grâce à cette méthode, avant que la voix contrefaite du médecin n'affirme que "l'industrie médicale" dissimulerait cette vérité. La vidéo prétend que plus de 85 000 personnes se seraient déjà "soignées" grâce à ce procédé, un chiffre invérifiable qui n'émane que du montage lui-même.

Une alerte inédite de deux institutions

L'AP-HP et Sorbonne Université ont réagi dans un communiqué commun publié lundi 5 octobre 2026. Elles indiquent avoir identifié trois vidéos de ce type diffusées sur Facebook et avoir déposé plainte tout en saisissant Meta pour obtenir leur retrait.

« Au-delà de l'atteinte portée à l'image du médecin et à celle de l'AP-HP, la diffusion de tels contenus constitue un véritable danger pour la santé des patients : ils peuvent conduire des internautes à adhérer à de fausses informations ou à recourir à des produits dont l'efficacité et la sécurité ne reposent sur aucune donnée scientifique », AP-HP et Sorbonne Université, communiqué commun.

La plateforme a retiré les premiers contenus signalés, mais "d'autres vidéos similaires ont de nouveau été diffusées sur Facebook", selon l'AP-HP. Les deux institutions rappellent que le service public hospitalier ne fait aucune promotion commerciale sur les réseaux sociaux.

« l'image d'un professionnel de santé ou l'identité visuelle d'un établissement hospitalier ne constitue en aucun cas une garantie de l'authenticité ou de la fiabilité d'une publication », AP-HP, communiqué.

Un phénomène qui prend de l'ampleur

Ce cas de deepfakes en santé n'est pas isolé. Depuis plusieurs années, des médecins médiatiques comme Michel Cymes, Jean-Michel Cohen ou Didier Raoult ont vu leur image détournée pour vendre des traitements miracles contre le diabète, l'hypertension ou pour promouvoir des pilules minceur. En février 2026, le professeur Serge Hercberg, inventeur du Nutri-Score, avait lui aussi alerté sur l'usurpation de son image par une chaîne YouTube baptisée "Santé Sage".

L'ampleur du phénomène se mesure par plusieurs indicateurs récents.

IndicateurChiffreSource
Nombre de deepfakes recensés dans le mondede 500 000 à 8 millions en deux ansLes Echos, octobre 2026
Français se disant dépassés par la manipulation de l'information89 %Les Echos, octobre 2026
Vitesse de diffusion des fake news par rapport aux vraies informations6 fois plus viteLes Echos, octobre 2026
Français déjà exposés à une fake news en santé47 %Sciences et Avenir, janvier 2026
Vidéos deepfake usurpant le professeur Serge Hercberg32 vidéosAcuite.fr, mars 2026

Dans le cas Hercberg, la chaîne incriminée n'avait finalement été supprimée que le 10 février, après un mois et demi d'existence, YouTube ayant d'abord estimé que les critères d'usurpation d'identité n'étaient pas réunis.

Des réponses jugées trop lentes

Face à cette multiplication des cas, le ministère de la Santé avait annoncé en janvier 2026 une série de mesures, dont la création d'un "observatoire de la désinformation en santé". Cette structure, promise par la ministre Stéphanie Rist, se fait toujours attendre selon NextINpact.

Aux Etats-Unis, une enquête du New York Times publiée en juillet a recensé des centaines d'influenceurs virtuels générés par IA se faisant passer pour des professionnels de santé à des fins commerciales. Plusieurs syndicats de médecins, comme ReAGJIR, ont tenté de riposter en détournant eux-mêmes des vidéos d'influenceurs pour dénoncer des pratiques dangereuses, mais le phénomène continue de proliférer plus vite que les capacités de modération des plateformes.

Les fausses vidéos visant le professeur Piarroux circulent toujours sur plusieurs groupes Facebook orientés vers les médecines parallèles et les thèses antivaccination, selon les informations recueillies par NextINpact.

Sources

  1. NextINpact
  2. Un professeur de l'AP-HP victime de deepfakes : "un véritable danger pour la santé des patients"
  3. Alerte aux deepfakes sur Facebook : des vidéos faisant la promotion d'un antiparasite sont fausses, l'AP-HP porte plainte
  4. Deepfakes : « La désinformation a changé d'échelle, elle est devenue un business qui met des vies en danger »
  5. Du clone numérique officiel au deepfake frauduleux : le nouveau défi de la confiance en e-santé
  6. Contre les fake news en santé, il faut s'éduquer "de l'école à l'Ehpad"

Sujets