Machine à clics : soldats et frappes IA fictifs, 113 000 abonnés
Des comptes Facebook publient des soldats américains et des frappes contre l'Iran générés par IA, pour gagner des abonnés et de l'argent.

Un soldat américain fixe la caméra depuis un poste avancé surplombant une vallée. "Attendez, ne faites pas défiler", lance-t-il avant de confier sa peur de ne jamais rentrer chez lui. Mais ce militaire n'existe pas : il a été généré par une intelligence artificielle, rouage d'une véritable machine à clics dont la vidéo tourne en boucle sur Facebook, selon une enquête de Futurism relayée le 5 octobre par BFMTV.
Des soldats et des frappes qui n'ont jamais existé
Le compte America's Honor, lancé en juillet 2026, a déjà rassemblé plus de 113 000 abonnés. Il publie des centaines de contenus mettant en scène des militaires fictifs, des vétérans handicapés aux soldats en patrouille. Une autre de ses vidéos montre un militaire américain à un carrefour entre Téhéran et Karaj, pendant qu'un incendie gigantesque ravage l'arrière-plan, suggérant une invasion américaine de l'Iran qui n'a pas eu lieu.
Le compte Warfare NextGen, suivi par près de 100 000 personnes, va plus loin encore. Il publie des vidéos montrant des avions américains bombarder des barrages iraniens, accompagnées de fausses géolocalisations et de faux horodatages pour imiter des images de reportage authentiques. Ces vidéos font partie d'une machine à clics qui exploite le conflit au Moyen-Orient comme simple décor.
Une industrie construite sur l'émotion et l'engagement
Ces comptes ne cherchent pas forcément à convaincre d'un camp ou d'un autre. Leur objectif est de faire commenter, partager et s'abonner, puis de monétiser cette audience via la publicité. La guerre fournit une réserve inépuisable de récits émotionnels, avec ses soldats, ses victimes et ses ennemis désignés, devenus la matière première d'une production de masse.
Le phénomène dépasse largement ces deux comptes. Depuis les premières frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février 2026, les réseaux sociaux sont saturés d'images truquées. L'AFP a identifié des vidéos montrant le porte-avions USS Abraham Lincoln prétendument coulé, qui ont cumulé des millions de vues avant d'être démenties.
« C'est le premier conflit qui explose avec une IA générative aussi performante », Mehdi Lebouachera, rédacteur en chef central de l'AFP.
Une ampleur chiffrée
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Abonnés du compte America's Honor | plus de 113 000 depuis juillet 2026 | Futurism / BFMTV, octobre 2026 |
| Abonnés du compte Warfare NextGen | près de 100 000 | Futurism / BFMTV, octobre 2026 |
| Vues de visuels fabriqués sur X liés au conflit | plus de 21,9 millions | NewsGuard, via l'AFP, mars 2026 |
| Articles de fact-checking de l'AFP sur le conflit | plus de 500, dont 20 à 25 % liés à l'IA | Watson.ch, avril 2026 |
| Vues cumulées d'un réseau de comptes X pro-conflit | plus d'un milliard | Institut pour le dialogue stratégique, via Watson.ch |
Selon l'Institut pour le dialogue stratégique, basé à Londres, un réseau de comptes sur X a cumulé plus d'un milliard de vues depuis le début du conflit, le 28 février 2026. L'AFP a de son côté produit plus de 500 articles de vérification sur cette guerre, un quart environ portant sur des contenus fabriqués avec de l'IA, un niveau jamais atteint pour un conflit, selon le site suisse Watson.ch.
« cette guerre pourrait déjà avoir battu le record du plus grand nombre de vidéos et d'images générées par l'IA qui sont devenues virales pendant un conflit », Shayan Sardarizadeh, journaliste à BBC Verify.
Les plateformes tentent de réagir
Face à l'ampleur de la désinformation générée par IA, X a annoncé en mars 2026 la suspension pour 90 jours de son programme de partage des revenus pour les créateurs publiant des vidéos de conflits armés générées par IA sans le mentionner. Nikita Bier, responsable produit chez la plateforme d'Elon Musk, avait justifié cette décision par la nécessité de préserver l'accès à une information authentique en temps de guerre.
« il est crucial que les gens aient accès à des informations authentiques venant du terrain », Nikita Bier, responsable produit chez X.
Facebook, en revanche, n'a pas pris de mesure équivalente visant spécifiquement ces comptes de propagande militaire synthétique. Les vidéos d'America's Honor et de Warfare NextGen restaient en ligne début octobre, continuant d'accumuler commentaires, partages et abonnements, selon Futurism. Les chercheurs de l'ISD estiment que ce type de contenu continue de se propager plus vite que les rectifications, même lorsque le caractère artificiel des images est établi.
Sources
- BFMTV : Tech
- Facebook Is Letting Accounts Commit Stolen Valor Using AI Slop of Troops in Warzones
- « Le coût d'une image non vérifiée est colossal » : les médias s'arment face au flot de fausses vidéos sur la guerre en Iran
- La guerre de la désinformation fait aussi rage au Moyen-Orient
- Désinformation au Moyen-Orient : Quand l'IA et la « bouillie de guerre » saturent les plateformes
- Avec la guerre en Iran, l'IA est devenue une arme qui inquiète
- Guerre au Moyen-Orient : une pluie de désinformation, souvent alimentée par l'IA
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