Ingérences numériques étrangères : 320 000 abonnés sur TikTok
Le service antidésinformation Viginum a ouvert ses portes au Monde en septembre, dévoilant sa cellule d'anticipation des ingérences numériques étrangères.

Le Monde a pu visiter début septembre les locaux du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques (Viginum), rattaché au secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Ce service public, créé en 2021, documente les tentatives de manipulation de l'information venues de l'étranger. Depuis 2024, une cellule interne tente d'anticiper les prochaines ingérences numériques étrangères plutôt que de seulement les constater après coup.
Des comptes TikTok venus d'Afrique de l'Ouest
Sur son écran, un analyste de Viginum, prénommé Thomas par Le Monde, fait défiler une liste de comptes TikTok aux noms trompeurs : « France Minute », « NewsInfo » ou « Actu mondiale ». Certains comptent jusqu'à 320 000 abonnés. Ils remontent artificiellement dans le moteur de recherche de la plateforme chinoise sur les mots-dièse liés à l'actualité française, et publient des pseudo-vidéos journalistiques mêlant accroches racoleuses, photomontages grossiers et voix générées par intelligence artificielle.
Ces comptes viennent principalement du Togo, du Cameroun et du Bénin. Ils surfent sur la notoriété de personnalités politiques françaises, dont Emmanuel Macron et Jordan Bardella, pour générer de l'audience et en tirer des revenus publicitaires. Viginum les a signalés à TikTok, qui décide ou non de les supprimer.
« Les plateformes peuvent être réactives, notamment en période d'élection, mais elles sont rarement proactives », Thomas, analyste à Viginum.
Une menace qui ne se limite plus à la Russie
Pendant longtemps, la surveillance s'est concentrée sur les modes opératoires prorusses comme Matriochka, Portal Kombat ou Doppelgänger. La nouvelle cellule, créée en 2024, cherche désormais à se mettre « du point de vue de l'attaquant », qu'il soit étatique ou non, pour deviner où la désinformation frappera ensuite.
« On essaie de se mettre du point de vue de l'attaquant, et on se demande comment il chercherait à faire », Isabelle, cheffe de la division opérations à Viginum.
Lors des élections municipales de mars 2026, Viginum a caractérisé quatre opérations d'ingérence numérique étrangère majeures, selon un rapport cité par l'Observatoire de l'infosphère et de l'influence. Deux venaient de modes opératoires prorusses déjà connus, Storm-1516 et Matriochka, qui ont notamment usurpé l'identité du site de campagne d'un candidat à la mairie de Paris et diffusé de faux reportages aux couleurs de BFM TV, RTL ou Le Monde. Les deux autres provenaient de réseaux inédits, baptisés Hydras Danbau et Rokh Solis.
Une activité qui n'a cessé de croître depuis 2021
Le volume d'opérations détectées augmente chaque année. En 2024, Viginum a recensé environ 300 opérations d'ingérence numérique étrangère, selon les chiffres présentés devant la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Le seul réseau Storm-1516, qui s'était vu attribuer 77 opérations dans un rapport technique de mai 2025, en totalise aujourd'hui plus de 160, d'après les mêmes travaux parlementaires.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Comptes TikTok suivis par un réseau ouest-africain | jusqu'à 320 000 abonnés | Le Monde, octobre 2026 |
| Opérations d'ingérence détectées en 2024 | environ 300 | Commission des affaires étrangères, Assemblée nationale |
| Opérations attribuées au réseau Storm-1516 | plus de 160 | Commission des affaires étrangères, Assemblée nationale |
| Comptes suspendus grâce aux signalements de Viginum | près de 600 000 | Assemblée nationale |
| Budget annuel de la propagande russe à l'étranger | 2 à 2,6 milliards d'euros | Assemblée nationale |
Pendant les Jeux olympiques de Paris en 2024, Viginum avait déjà détecté 43 manœuvres étrangères hostiles, relayant des intérêts russes, chinois ou iraniens, selon un rapport cité par Le Figaro. Depuis sa création, le service dit avoir contribué, par ses signalements aux plateformes, à la suspension de près de 600 000 comptes inauthentiques, selon des données présentées à l'Assemblée nationale.
Une menace qui pèse sur 90 pays
La France n'est pas un cas isolé. Selon le Secrétariat général des affaires européennes, cité devant l'Assemblée nationale, 90 pays dans le monde sont aujourd'hui victimes d'attaques numériques étrangères, et la France figure au deuxième rang des pays européens les plus touchés, derrière l'Ukraine. La Russie consacrerait chaque année entre 2 et 2,6 milliards de dollars à ses opérations de propagande dans le champ informationnel, selon les mêmes estimations transmises aux parlementaires.
Une vingtaine d'analystes travaillent aujourd'hui au sein de Viginum, spécialisés dans l'investigation en sources ouvertes. Leur méthode consiste à repérer un petit nombre de comptes suspects, parfois une quarantaine, avant de remonter, de lien en lien, jusqu'à des réseaux de plusieurs milliers de faux profils.
Sources
- Le Monde : Pixels (tech)
- Commission des affaires étrangères, Assemblée nationale
- Création de Viginum, Assemblée nationale
- Ingérences numériques étrangères : une menace surestimée, IRIS
- Faux risques d'attentat, diffusion de rumeurs, Le Figaro
- Compte rendu, commission de la défense, Assemblée nationale
- Viginum : le rempart contre les ingérences numériques étrangères
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