Microsoft : un cadre dénonce vol sans précédent d'articles
Des documents judiciaires révélés jeudi montrent qu'un cadre de Microsoft qualifiait de vol sans précédent l'usage d'articles de presse pour entraîner l'IA…

Le New York Times a déposé un mémoire de synthèse devant le tribunal fédéral de New York, dans le cadre du procès qu'il a intenté en décembre 2023 contre OpenAI et Microsoft. Le quotidien accuse les deux entreprises d'avoir utilisé des millions de ses articles, sans autorisation, pour entraîner les modèles GPT.
Ce document, déposé jeudi 17 septembre avec d'autres éditeurs (Chicago Tribune, Ziff Davis, Mother Jones), s'appuie sur des témoignages sous serment et des messages internes obtenus pendant la phase de collecte des preuves. Il révèle un vol sans précédent selon les mots mêmes d'un responsable de Microsoft, chargé de développer les modèles utilisés par ChatGPT et Copilot.
Un cadre de Microsoft parle de « vol d'une ampleur sans précédent »
Brent Hecht, directeur des sciences appliquées chez Microsoft, avait mis en garde en interne avant le lancement de ChatGPT et Copilot. Selon lui, l'entraînement des grands modèles sur des contenus journalistiques non rémunérés constitue potentiellement le plus grand vol de travail de l'histoire de l'humanité.
« des millions de personnes dans le monde considéreront bientôt que les grands modèles qui « aspirent » tout leur travail constituent un vol d'une ampleur sans précédent », Brent Hecht, directeur des sciences appliquées chez Microsoft.
Il ajoute que presque personne n'avait anticipé un tel usage des contenus créés, sans rémunération pour leurs auteurs. Hecht conteste aussi l'argument juridique central de la défense, selon lequel l'entraînement de l'IA sur des articles de presse relève du fair use. Un porte-parole de Microsoft a répondu à Ars Technica que ces propos reflètent le point de vue personnel d'un employé et ne constituent pas une analyse juridique de l'entreprise.
Des paywalls contournés, une menace jugée « existentielle »
Le mémoire cite un échange entre Nick Ryder, responsable de recherche chez OpenAI, et Greg Brockman, président de l'entreprise. Ryder informe Brockman de l'existence d'un moyen pour contourner le paywall du New York Times afin de collecter des articles. Brockman se contente de répondre « ah, très bien ».
Nick Turley, responsable de ChatGPT, reconnaissait de son côté dans un message interne de juin 2023 que les éditeurs de presse font face à une menace existentielle. Il notait qu'une fois qu'une réponse est fournie par le chatbot, il n'y a aucune bonne raison de cliquer sur le lien vers la source d'origine.
Un document interne de Microsoft résume ce mécanisme sous le terme de « boucle infernale » : en détournant le trafic des sites d'actualité, les assistants IA fragilisent les mêmes éditeurs dont ils ont besoin pour rester performants.
Des chiffres qui documentent l'ampleur de la collecte
Les pièces versées au dossier quantifient l'usage réel des contenus de presse par les modèles d'OpenAI et l'impact sur le trafic des éditeurs.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Baisse du taux de clic vers le NYT via Bing Chat/Copilot vs Bing classique | 87 à 93 % | NextINpact, septembre 2026 |
| Baisse du taux de clic pour les autres éditeurs plaignants | 83 à 91 % | NextINpact, septembre 2026 |
| Copies d'œuvres du NYT, Daily News et Center for Investigative Reporting dans les données d'entraînement | plus de 91 000 exemplaires | Martincid, septembre 2026 |
| Œuvres uniques d'éditeurs dans le jeu de données « Project Mango » | au moins 160 000 | Martincid, septembre 2026 |
| Documents issus du seul site nytimes.com via Common Crawl | plus de 2 millions | Martincid, septembre 2026 |
Ces éléments ne constituent pas une décision de justice. Le mémoire de synthèse est une pièce à charge produite par les plaignants, pas une conclusion du tribunal sur le fond du dossier.
Nadella interrogé sur les paywalls, l'administration Trump en soutien
Dans son témoignage sous serment, Satya Nadella, directeur général de Microsoft, a admis que tout contenu placé derrière un paywall devrait faire l'objet d'une licence, que ce soit pour alimenter les réponses d'un modèle ou pour son entraînement.
« tout contenu placé derrière un paywall devrait faire l'objet d'une licence de la part de quiconque souhaite l'utiliser, que ce soit pour alimenter les réponses d'un modèle ou pour son entraînement », Satya Nadella, directeur général de Microsoft.
Nadella reconnaît également que des outils comme Copilot peuvent se substituer aux sites d'actualité en donnant l'information directement sur la plateforme, plutôt que d'inciter l'utilisateur à se rendre à la source. Pour le porte-parole de Microsoft, ce témoignage ne porte que sur des principes généraux et ne doit pas être confondu avec des conclusions sur les questions de droit d'auteur soumises au tribunal.
Ce dossier intervient alors que l'administration Trump a récemment pris position en faveur d'OpenAI, en affirmant que l'entraînement de l'IA sur des contenus protégés par le droit d'auteur relève du fair use, un argument central de la défense de l'entreprise et de Microsoft dans cette procédure toujours en cours devant le tribunal fédéral de New York.
Sources
- NextINpact
- 20 Minutes : High-Tech
- BFMTV : Tech
- "Un vol stupéfiant d'une ampleur sans précédent": un cadre de Microsoft s'inquiétait de la copie d'articles de presse pour alimenter l'IA
- Microsoft a qualifié le scraping de l'IA de « plus grand vol de travail de l'histoire » dans ses propres fichiers
- Un dirigeant de Microsoft qualifie le pillage de données par l'IA de "plus grand vol de travail de l'histoire"
- Révélations explosives : Microsoft et OpenAI savaient-ils que l'entraînement des IA était un vol ?
- Copie d'articles pour l'IA: un « vol sans précédent », selon un responsable de Microsoft, poursuivi par le NYT
Sujets
- openai63
- microsoft7
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- droit d'auteur4
- intelligence artificielle191
- procès
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