Millions de conversations Claude analysées
Anthropic a analysé des millions de conversations avec Claude pour mesurer l'impact réel de l'IA sur le travail.

Sommaire6 sections · 8 min
L'étude Anthropic sur l'emploi occupe une place à part parmi les travaux publiés sur l'intelligence artificielle et le marché du travail : elle ne repose pas sur des projections théoriques, mais sur l'observation de l'usage réel de Claude, l'assistant conversationnel de l'entreprise. Depuis début 2026, Anthropic publie régulièrement les résultats de son Economic Index, complétés par un article de recherche intitulé « Labor market impacts of AI: A new measure and early evidence », signé par les économistes Maxim Massenkoff et Peter McCrory. Ce guide fait le point sur ce que ces travaux révèlent vraiment, métier par métier, et sur ce qu'ils ne permettent pas encore de conclure.
Une étude fondée sur l'usage réel de Claude, pas sur des promesses
La méthode : l'exposition observée
Le principal apport méthodologique d'Anthropic tient dans un nouvel indicateur, baptisé « exposition observée ». Jusqu'ici, la plupart des études sur l'IA et l'emploi mesuraient une capacité théorique : ce qu'un modèle de langage pourrait, en théorie, accomplir dans telle ou telle profession. Anthropic croise cette capacité théorique avec des données d'usage réelles, issues de millions de conversations anonymisées avec Claude, en pondérant davantage les usages automatisés que les usages d'augmentation. Pour construire cet indicateur, les chercheurs ont croisé trois sources : la base américaine O*NET, qui recense les tâches associées à environ 800 métiers, les données de l'Anthropic Economic Index, et les estimations théoriques publiées en 2023 par Eloundou et ses coauteurs.
Selon Euronews, qui a consulté la quatrième édition de l'indice, 49 % des emplois peuvent désormais recourir à l'IA pour au moins un quart de leurs tâches, soit une hausse de 13 % par rapport au début de l'année 2025. L'écart entre ce que l'IA pourrait faire et ce qu'elle fait réellement reste toutefois considérable : dans les métiers de l'informatique et des mathématiques, la capacité théorique atteint 94 % des tâches, mais l'usage réel observé par Anthropic ne couvre qu'environ 33 % de ces mêmes tâches, selon Le Figaro.
Les secteurs les plus concernés
Au-delà de l'informatique, l'administratif, les ventes, le droit ou encore l'art et les médias figurent parmi les secteurs où l'écart entre potentiel et usage reste marqué. À l'inverse, Anthropic souligne qu'environ 30 % des travailleurs occupent des métiers où aucune exposition mesurable à l'IA n'a été relevée dans les données de Claude. Il s'agit en grande partie de métiers manuels et de terrain : cuisiniers, mécaniciens, maîtres-nageurs, barmans ou plongeurs de restaurant.
Les métiers en première ligne face à l'IA
Parmi les dix métiers les plus exposés selon l'étude, trois se détachent nettement. Les programmeurs informatiques arrivent en tête, avec environ 74,5 % de leurs tâches déjà couvertes par les usages observés de Claude. Suivent les agents du service client, de plus en plus assistés voire remplacés par des systèmes automatisés via des API, puis les opérateurs de saisie de données, dont les tâches de lecture de documents et d'entrée d'informations se prêtent particulièrement bien à l'automatisation.
| Métier | Exposition observée | Rang dans l'étude |
|---|---|---|
| Programmeurs informatiques | 74,5 % | 1er |
| Agents du service client | 70,1 % | 2e |
| Opérateurs de saisie de données | 67,1 % | 3e |
L'étude relève par ailleurs un profil type des travailleurs les plus exposés : ils ont tendance à être plus âgés, plus instruits, mieux rémunérés, et sont majoritairement des femmes. Plusieurs constats complètent ce classement :
- les tâches cognitives, répétitives ou structurées sont les premières touchées, bien plus que les tâches manuelles ;
- les métiers les plus exposés sont aussi, selon Anthropic, ceux dont la croissance de l'emploi est prévue comme la plus faible, voire négative, pour la prochaine décennie ;
- l'administratif, le droit et les métiers créatifs affichent des écarts importants entre capacité théorique et usage réel, signe d'une adoption encore partielle ;
- aucun métier à très forte exposition n'a pour l'instant disparu statistiquement du marché du travail américain ;
- les usages observés évoluent vite : la part des emplois pouvant recourir à l'IA pour au moins un quart de leurs tâches a progressé de 13 % en moins d'un an.
Pas de vague de chômage, mais un ralentissement discret de l'embauche
Le constat sur le chômage global
C'est sans doute la conclusion la plus commentée de l'étude : à ce jour, aucune hausse anormale du chômage n'est observable dans les métiers les plus exposés à l'IA depuis fin 2022. En comparant les travailleurs des professions les plus exposées à ceux des professions les moins exposées, les chercheurs d'Anthropic ne constatent pas de suppressions massives d'emplois visibles dans les statistiques américaines.
Le cas particulier des 22-25 ans
Le signal le plus net concerne les jeunes diplômés. Depuis 2024, les 22-25 ans peinent davantage à décrocher un emploi dans les métiers exposés à l'IA : le taux d'embauche mensuel y a reculé d'environ un demi-point, alors qu'il reste stable dans les autres secteurs. Sur l'ensemble de la période post-ChatGPT, le taux d'entrée des nouveaux diplômés dans ces métiers a chuté d'environ 14 % par rapport à 2022, selon les données reprises par Medias24.
« L'IA ne remplace pas encore ceux qui sont en poste, mais elle commence à réduire le besoin de recruter pour des tâches de débutant », Maxim Massenkoff et Peter McCrory, chercheurs chez Anthropic.
Le Figaro rapporte un constat similaire, les chercheurs évoquant « des indices suggérant un ralentissement de l'embauche des jeunes travailleurs dans les professions exposées ».
« des indices suggérant un ralentissement de l'embauche des jeunes travailleurs dans les professions exposées », les chercheurs d'Anthropic, auteurs de l'étude sur le marché du travail.
Trois scénarios pour 2030
En septembre 2026, The Anthropic Institute, le pôle de recherche de l'entreprise, a publié un second rapport, « Economic Scenarios for Transformative AI », daté du mercredi 9 septembre 2026. Ce document combine un modèle économique et un sondage réalisé avec Morning Consult auprès de 10 980 adultes américains, mené du 11 au 23 août 2026. Il dessine trois trajectoires possibles pour l'économie américaine à l'horizon 2030, selon la vitesse d'adoption de l'IA par les entreprises et les gains de productivité qu'elle génère.
| Scénario | Variation de l'emploi cognitif | Taux de chômage des métiers cognitifs |
|---|---|---|
| Substantiel | -3,9 % par rapport à mi-2026 | de 2,9 % à 4,5 % |
| Extrême | -21,5 % | 17,9 % |
| Référence (adoption lente) | quasi stable | proche des niveaux actuels |
Dans le scénario le plus extrême, le chômage des métiers cognitifs atteindrait un niveau jamais observé aux États-Unis depuis l'après-guerre, selon le Blog du Modérateur. Quel que soit le scénario retenu, la croissance économique progresse, mais ce sont systématiquement les emplois de bureau qui en sortent perdants.
Ce que ressentent les travailleurs face à l'IA
Une enquête menée auprès de 81 000 utilisateurs de Claude
Anthropic a aussi interrogé directement les personnes concernées. Une enquête menée auprès de 81 000 utilisateurs de Claude montre que les personnes travaillant dans des métiers plus exposés à l'IA expriment davantage de craintes de déplacement économique, une inquiétude plus forte encore chez les travailleurs en début de carrière. Un cinquième des répondants a exprimé une inquiétude liée au déplacement économique provoqué par l'IA. Selon l'étude, pour chaque hausse de dix points de pourcentage de l'exposition à l'IA, la perception d'une menace sur l'emploi augmente de 1,3 point.
Les auteurs de l'étude présentent explicitement ce travail comme un point de départ. Leur objectif affiché est de disposer d'une méthode robuste avant que les effets de l'IA sur l'emploi ne deviennent pleinement visibles, afin de pouvoir les identifier précisément au moment où ils se manifesteront. Dans son rapport de juin 2026, l'Anthropic Economic Index relève par ailleurs que plus d'un tiers des personnes interrogées s'attendent à ce que l'IA puisse accomplir la plupart, voire la quasi-totalité, de leurs tâches professionnelles dans l'année à venir.
Comparer l'optimisme et les signaux d'alerte
Les commentateurs qui ont repris l'étude insistent sur un double message, résumé par Le Figaro : l'IA n'a pas (encore) révolutionné le monde du travail, mais l'écart entre capacité théorique et usage réel pourrait se réduire rapidement. Le Journal du Geek relève que ce contraste confirme une tendance déjà identifiée : l'IA touche d'abord les tâches cognitives, répétitives ou structurées, souvent présentes dans les emplois qualifiés, plutôt que les métiers manuels.
Les éléments suivants résument les points de vigilance à retenir pour suivre l'évolution de la situation :
- le suivi mensuel de l'Anthropic Economic Index permet de comparer l'évolution de l'exposition observée mois après mois, secteur par secteur ;
- le taux d'embauche des 22-25 ans dans les métiers exposés reste l'indicateur le plus sensible à surveiller ;
- les scénarios 2030 d'Anthropic ne sont pas des prévisions fermes, mais des trajectoires conditionnées à la vitesse d'adoption de l'IA par les entreprises ;
- l'écart entre capacité théorique (jusqu'à 94 % dans l'informatique) et usage réel (33 %) laisse une marge importante avant toute automatisation complète ;
- les enquêtes de perception, comme celle menée auprès de 81 000 utilisateurs de Claude, montrent que l'inquiétude précède souvent les effets statistiques mesurables.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'Anthropic Economic Index ?
C'est le programme de recherche permanent d'Anthropic qui suit, rapport après rapport, la manière dont les outils d'IA sont réellement utilisés dans l'économie, secteur par secteur. Sa quatrième édition, publiée début 2026, a servi de base à l'étude sur l'emploi analysée dans ce guide.
Quels métiers sont les plus exposés à l'IA selon Anthropic ?
Les programmeurs informatiques arrivent en tête, avec environ 74,5 % de leurs tâches déjà couvertes par les usages observés de Claude, suivis des agents du service client (70,1 %) et des opérateurs de saisie de données (67,1 %). À l'inverse, environ 30 % des travailleurs occupent des métiers sans exposition mesurable, notamment dans les secteurs manuels.
L'IA a-t-elle déjà détruit des emplois mesurables ?
Non, selon les propres données d'Anthropic. L'entreprise ne constate aucune hausse anormale du chômage dans les métiers les plus exposés à l'IA depuis fin 2022. Le signal le plus net ne porte pas sur des licenciements, mais sur un ralentissement de l'embauche des jeunes diplômés dans ces mêmes métiers.
Pourquoi les jeunes diplômés sont-ils particulièrement touchés ?
Le taux d'entrée des 22-25 ans dans les métiers exposés à l'IA a reculé d'environ 14 % par rapport à 2022, selon les chiffres repris par Medias24. L'hypothèse avancée par les chercheurs d'Anthropic est que l'IA réduit d'abord le besoin de recruter pour des tâches de débutant, avant d'affecter les postes déjà occupés.
Que prévoit Anthropic pour l'économie et l'emploi d'ici 2030 ?
Dans son rapport « Economic Scenarios for Transformative AI » publié le 9 septembre 2026, The Anthropic Institute envisage trois trajectoires. Dans le scénario dit « substantiel », l'emploi cognitif recule de 3,9 % et son taux de chômage passe de 2,9 % à 4,5 %. Dans le scénario extrême, l'emploi cognitif chute de 21,5 % et le chômage de ce groupe atteint 17,9 %, un niveau jamais observé aux États-Unis depuis l'après-guerre.
Sources
- IA et emploi : Anthropic nuance les craintes de destructions massives de postes - Silicon.fr
- Non, l'IA n'est pas près de nous remplacer - Le Figaro
- L'IA va-t-elle détruire des emplois ? Un rapport nuance la réponse - Euronews
- IA et emploi : ce que révèle l'étude d'Anthropic - Medias24
- Anthropic : oui, des métiers sont menacés par l'IA, mais ne paniquez pas tout de suite - Journal du Geek
- Emploi, croissance, salaires : Anthropic modélise l'impact de l'IA sur l'économie à l'horizon 2030 - Blog du Modérateur
- What 81,000 people told us about AI economics - Anthropic
- Anthropic Economic Index report: Cadences
- Anthropic Economics Team
Sujets
Sur le même sujet
SociétéService client : Anthropic centres d'appelsLe service client est le premier métier touché par l'IA d'Anthropic : -67 % d'embauches juniors dans les centres d'appels équipés de Claude. Explications.
SociétéEmploi et IA : ce que révèlent des millions de conversationsL'Anthropic Economic Index mesure, mois après mois, comment l'IA change les métiers. Ce guide explique ses chiffres, ses méthodes et ses limites.
IaAnthropic valorisationEn quatorze mois, la valorisation d'Anthropic est passée de 61,5 à 2 000 milliards de dollars visés en Bourse. Ce guide explique comment et pourquoi.