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Ces chasseurs de voleurs qui sévissent sur les réseaux sociaux

À Paris, des citoyens traquent pickpockets et arnaqueurs et filment leurs interventions, vues des millions de fois en ligne.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Quai de métro parisien, un téléphone filme la foule, un sac entrouvert.

Autour de la tour Eiffel, un jeune homme surnommé Yanissito se fond parmi les touristes. Sa cible : des femmes qui soutirent de l'argent en faisant signer de fausses pétitions. Lunettes caméra vissées sur le nez, il filme chacune de ses interventions et les diffuse ensuite sur les réseaux sociaux, où elles cumulent des centaines de milliers de vues, selon un reportage du 20 Heures de France 2 diffusé le 11 octobre 2026.

Ce type de chasseurs de voleurs se multiplie dans les grandes villes françaises. Près du Louvre, Christian, alias The King, gestionnaire de paie dans la semaine, se met en chasse de pickpockets sur son temps libre. Il se fond dans la foule, repère les gestes suspects, puis bloque les suspects avant d'appeler la police.

« On ne les remplace pas tout simplement parce que la police n'est pas partout, mais les citoyens sont partout. C'est à nous d'agir quand ils ne sont pas là », Christian, alias The King, chasseur de pickpockets bénévole.

Une tendance qui dépasse Paris

Le phénomène n'est pas isolé à la capitale. Dans une petite ville de Picardie, un caviste de Rosières-en-Santerre, dans la Somme, a été victime d'un vol de 9 000 euros. Ses caméras de surveillance avaient filmé les escrocs présumés. Plutôt que d'attendre, le commerçant a choisi de publier leurs visages sur les réseaux sociaux.

La publication a déclenché une avalanche de témoignages d'autres commerçants floués par le même réseau. "Vous imaginez même pas, c'était entre 30 et 50 appels par jour. On a tout retranscrit et on a tout donné au directeur d'enquête", raconte Clément Fongueuse, le commerçant à l'origine de l'initiative. Grâce à ces informations, les gendarmes ont fait tomber et condamner un réseau de cinq individus, responsable du vol d'une quinzaine de cavistes dans toute la région.

D'autres citoyens agissent directement sur Internet. En Haute-Savoie, Leslie, mère de famille fondatrice de l'association "Arnaque-Moi Si Tu Peux", piège en direct les voleurs d'identité et les brouteurs qui sévissent sur les réseaux sociaux, devant ses 10 000 abonnés, rapportait TF1 Info en septembre 2026.

Pourquoi ce phénomène prend de l'ampleur

Ces initiatives surgissent dans un contexte de hausse continue des escroqueries. En France, 550 000 personnes ont été recensées comme victimes d'escroqueries et d'arnaques en 2025, selon TF1 Info. Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) recense de son côté 417 300 victimes d'escroqueries et de fraudes aux moyens de paiement sur la même année, un total en hausse continue depuis 2016.

IndicateurChiffreSource
Victimes d'escroqueries et d'arnaques en 2025550 000TF1 Info, avril 2026
Victimes d'escroqueries et fraudes aux moyens de paiement en 2025417 300SSMSI, Chiffres clés 2025
Hausse des escroqueries sur un an+8 %SSMSI, bilan 2025
Victimes d'usurpation d'identité chaque annéeplus de 200 000TF1 Info, septembre 2026
Préjudice subi par un caviste de la Somme9 000 eurosFranceinfo, octobre 2026

Le SSMSI précise par ailleurs qu'en septembre 2026, un peu plus de 15 % des victimes d'escroqueries ont déposé plainte sur la plateforme dédiée, loin d'épuiser la réalité des faits selon les chiffres de l'institution.

Un vigilantisme aux limites légales floues

Face à ces chiffres, les justiciers improvisés estiment combler un vide. "On ne les remplace pas tout simplement parce que la police n'est pas partout, mais les citoyens sont partout. C'est à nous d'agir quand ils ne sont pas là", justifie Christian.

La préfecture de police de Paris, contactée par France Télévisions, affirme de son côté lutter elle-même au quotidien contre ces vols. Elle avertit : "Les initiatives individuelles peuvent perturber ou compliquer le travail des enquêteurs et des services de police."

Sur le plan juridique, la pratique s'expose à des poursuites dès qu'elle dépasse la simple transmission d'images aux forces de l'ordre. "Vous allez à la police, vous apportez votre vidéo, c'est légal. Maintenant, vous sortez de ce cadre de l'instruction et vous-même, vous les publiez sur des réseaux sociaux, ça, ce n'est pas conforme à la loi", prévient Me Sylvie Jonas, avocate interrogée par France 2.

« Vous allez à la police, vous apportez votre vidéo, c'est légal. Maintenant, vous sortez de ce cadre de l'instruction et vous-même, vous les publiez sur des réseaux sociaux, ça, ce n'est pas conforme à la loi », Sylvie Jonas, avocate.

Malgré ce risque juridique, certains commerçants victimes de vols réclament une évolution de la législation pour pouvoir diffuser légalement les visages des auteurs présumés sans craindre des poursuites. Une demande qui n'a pour l'heure fait l'objet d'aucune annonce du côté du ministère de l'Intérieur.

Sources

  1. Franceinfo : Tech
  2. Vols, escroqueries : ils traquent eux-mêmes les malfaiteurs
  3. Ces Français qui jouent les shérifs
  4. "Je me mets dans la peau d'une victime" : Leslie, mère de famille, traque les voleurs d'identité sur Internet
  5. Chiffres clés 2025
  6. Insécurité et délinquance en 2025 : une première photographie
  7. Interstats Conjoncture

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