Fonds du CNC : six mois de gel, 150 vidéastes s'impatientent
Six mois après le gel du fonds d'aide à la création sur les plateformes sociales, 150 vidéastes réclament son rétablissement avant la fin octobre.

Le fonds du CNC destiné aux créateurs de contenu reste bloqué depuis le 8 avril. Mercredi 14 octobre, un collectif de 150 vidéastes a demandé publiquement sa réactivation, six mois jour pour jour après sa suspension par le Centre national du cinéma et de l'image animée.
Ce mécanisme, doté de 3 millions d'euros par an, finance la production de vidéos sur YouTube, de programmes sur Twitch ou de formats courts sur Instagram et TikTok. Il avait été suspendu après une polémique impliquant la streameuse Ultia, qui avait valu des menaces aux membres de la commission d'attribution.
Un collectif né dans l'urgence
Réunis depuis la mi-avril sous le nom de « collectif du 11 avril », les créateurs mobilisés comptent des figures connues du public : le streameur Jean Massiet, animateur de l'émission « Backseat », la vulgarisatrice Manon Bril de la chaîne « C'est une autre histoire », la journaliste Marie Treibert ou encore Benjamin Brillaud, alias Nota Bene. S'y ajoutent des monteurs, techniciens et scénaristes moins exposés médiatiquement.
Roxane Tyrbas de Chamberet, juriste pour des créateurs de contenu et ancienne gestionnaire de fonds du CNC, a rédigé au nom du collectif un rapport d'une soixantaine de pages. Il recense les conséquences concrètes de l'arrêt du dispositif sur l'activité du secteur.
« des projets complètement en suspens, des personnes qui ont dû se séparer de salariés parce qu'elles n'avaient plus aucune visibilité sur leur trésorerie, d'autres qui ont dû prendre un job alimentaire en parallèle », Roxane Tyrbas de Chamberet, juriste, autrice du rapport du collectif.
Elle évoque auprès du Monde une « sidération » vécue par l'ensemble de la profession. Ce rapport a été remis le 1er septembre à Maxime Boutron, conseiller d'État chargé en juillet par le président du CNC, Gaëtan Bruel, d'une mission sur l'adaptation des soutiens à la création pour les plateformes sociales.
Un dispositif déjà fragilisé avant sa suspension
Créé en 2017 sous le nom de CNC Talent, le fonds avait été abrogé une première fois en juin 2025 avant d'être relancé le 1er janvier 2026 avec un budget renforcé. Cette nouvelle version n'a jamais eu le temps de distribuer un seul euro avant d'être gelée en avril.
Le « collectif du 11 avril », qui réunit une centaine de professionnels de l'audiovisuel dont la Scam, avait déjà alerté la ministre de la Culture Catherine Pégard dans une tribune publiée dans Libération.
« La suppression de ce fond ne saurait en aucun cas constituer une réponse adaptée », Collectif du 11 avril.
La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) a de son côté écrit directement à Gaëtan Bruel pour réclamer un rétablissement rapide, « en aménageant si nécessaire et temporairement ses modalités ».
La taxe YouTube au cœur du débat budgétaire
Le dossier du fonds CNC s'inscrit dans un débat plus large sur le financement de la création en ligne. Le gouvernement prévoit, dans le projet de loi de finances 2027, de réduire l'abattement fiscal dont bénéficie YouTube sur ses recettes publicitaires, de 66 % à 33 %, une mesure qui pourrait rapporter environ 60 millions d'euros supplémentaires par an au CNC.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Budget annuel du fonds suspendu | 3 millions d'euros | Le Monde, octobre 2026 |
| Créateurs mobilisés dans le collectif | 150 | Le Monde, octobre 2026 |
| Rendement de la taxe YouTube (TSV-G) en 2025 | 45,5 millions d'euros (+20,1 % sur un an) | Challenges, octobre 2026 |
| Contribution de YouTube au PIB français en 2025 | 1,1 milliard d'euros, 27 000 emplois | Challenges, octobre 2026 |
| Créateurs jugeant le soutien public insuffisant | 60 % | Challenges, octobre 2026 |
YouTube rappelle de son côté reverser 55 % des revenus publicitaires générés par les vidéos aux créateurs, et conteste l'idée de financer « l'audiovisuel historique » via cette hausse de taxation. Selon une consultation menée par la plateforme en France, 63 % des créateurs comptant plus de 10 000 abonnés jugent qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur activité s'ils devaient se soumettre aux mêmes règles que les chaînes de télévision traditionnelles.
Des conclusions attendues avant la fin du mois
La mission confiée à Maxime Boutron doit rendre ses conclusions à la fin du mois d'octobre. Elle est censée clarifier l'avenir du fonds, son montant et ses conditions d'éligibilité, selon les informations recueillies par Satellifacts.
Le collectif réclame pour sa part une augmentation substantielle des moyens alloués, des délais d'instruction raccourcis et des retours écrits systématiques aux candidats refusés. Aucune date de reprise officielle de la commission d'attribution n'a pour l'instant été annoncée par le CNC.
Sources
- Le Monde : Pixels (tech)
- « Ce n'est pas aux nouveaux acteurs de financer l'audiovisuel historique » : YouTube monte au créneau contre une nouvelle offensive fiscale dans le budget 2027
- Creator economy - Interview
- Après la polémique, le CNC gèle 3 millions d'euros destinés aux vidéastes et streamers
- Pour l'aide à la création plateformes sociales du CNC
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