Comptage des calories : les applis IA se trompent souvent
Un reportage de franceinfo et plusieurs études récentes montrent que les applications de comptage des calories par intelligence artificielle restent peu…

Des millions d'utilisateurs photographient leur assiette chaque jour pour connaître son apport calorique. Ces applications, qui s'appuient sur l'intelligence artificielle pour reconnaître les aliments, séduisent par leur simplicité. Mais le comptage des calories qu'elles proposent est-il vraiment précis ?
Un test grandeur nature peu concluant
Franceinfo a testé deux applications populaires sur un plat connu : une blanquette de volaille, purée de carotte et riz, dont l'emballage indiquait 307 calories. La première application a annoncé 340 calories, en confondant les carottes avec des patates douces. La seconde a affiché 620 calories, soit le double, en signalant à tort la présence de porc. Contactées par la chaîne, les deux applications n'ont pas répondu.
À Toulouse, Mohsen El Kara, étudiant de 23 ans, utilise l'une de ces applis au quotidien depuis un an, passant de 99 à 84 kilos. Il juge l'outil utile pour éviter de peser chaque aliment. Son voisin Mehdi Dhahri se montre plus prudent sur la précision des résultats.
« Ça peut servir, mais il faut être conscient que ce n'est pas précis à 100 % », Mehdi Dhahri, étudiant, utilisateur d'applications de nutrition.
Des écarts confirmés par la recherche scientifique
Le constat de franceinfo rejoint des travaux scientifiques plus larges. Une étude présentée à la conférence NUTRITION 2026 de l'association américaine de nutrition, reprise par ScienceDaily, a comparé quatre applications (MyFitnessPal, LoseIt!, CalAI et Appediet) à des repas pesés avec précision dans une cuisine de recherche des Instituts nationaux de la santé américains. Résultat : les quatre applications sous-estiment systématiquement le contenu des repas.
Un chercheur impliqué dans l'étude, Hengist, résume que ces applications ont tendance à sous-estimer les calories, en particulier celles issues des graisses, ce qui signifie que l'apport réel est souvent supérieur à ce qu'affiche l'écran. Les erreurs sont encore plus marquées sur les repas riches en graisses et pauvres en glucides, comme les régimes cétogènes.
D'autres recherches nuancent toutefois ce constat en pointant une amélioration dans le temps, liée aux progrès de la reconnaissance d'image par IA.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Sous-estimation moyenne par repas | 250 à 345 calories | ScienceDaily, juillet 2026 |
| Sous-estimation des lipides | environ 30 grammes par repas | ScienceDaily, juillet 2026 |
| Taux d'erreur moyen des applis (2020-2021) | 9,4 % (écart MAPE) | Nutrition Research Journal, 2026 |
| Taux d'erreur moyen des applis (2024-2025) | 2,8 % (écart MAPE) | Nutrition Research Journal, 2026 |
| Erreur sur les graisses saturées | 14 % à 40 % | Fitia, citant Ho et al., 2024 |
Une revue publiée dans JMIR mHealth and uHealth, portant sur 68 études et 46 applications distinctes, confirme que plus de 65 % des applications testées sur- ou sous-estiment l'apport calorique réel par rapport aux standards de référence. Elle souligne aussi que l'assiduité des utilisateurs chute vite : le suivi avec MyFitnessPal passe de 5,4 à 1,4 jour par semaine entre la quatrième et la douzième semaine d'utilisation.
Des usages à risque pour la santé mentale
Interrogé par franceinfo, le nutritionniste Raphaël Gruman est catégorique sur les limites de ces outils pour un suivi rigoureux.
« Si on veut suivre de façon rigoureuse sa consommation de calories, ce n'est pas adapté », Raphaël Gruman, nutritionniste.
Il met aussi en garde contre un effet pervers de ces applications sur le comportement alimentaire.
« On va devenir obsessionnel avec ce type d'application à vouloir scanner toute son alimentation tout au long de la journée et ça devient une forme de stress », Raphaël Gruman, nutritionniste.
Cette mise en garde rejoint les publications scientifiques sur le sujet, qui pointent un risque d'obsession autour du contrôle alimentaire chez certains utilisateurs assidus, notamment ceux qui scannent chaque repas plusieurs fois par jour.
Des bases de données en question
Au-delà de la reconnaissance d'image, la fiabilité des applications dépend aussi de leurs bases de données nutritionnelles. Certaines, comme MyFitnessPal ou Lose It!, reposent en partie sur des entrées renseignées par les utilisateurs eux-mêmes, sans vérification systématique. Une étude parue dans BMJ Nutrition, Prevention & Health a ainsi jugé la validité des informations nutritionnelles de MyFitnessPal discutable pour cette raison.
D'autres applications, à base de données vérifiées, affichent des résultats plus proches des valeurs de référence. Les chercheurs recommandent, pour un suivi fiable, de ne pas se contenter de la photo et de corriger manuellement les portions et les ingrédients identifiés par l'intelligence artificielle.
Sources
- Franceinfo : Tech
- Les applications pour compter les calories fonctionnent-elles réellement ?
- Your AI calorie-tracking app may be off by 345 calories
- Calorie-Counting Apps for Monitoring and Managing Calorie Intake in Adults Living With Weight-Related Chronic Diseases
- 5 Things Everyone Gets Wrong About Calorie Tracking Apps
- Calorie Tracking Accuracy: Systematic Review
Sujets
- intelligence artificielle195
- nutrition
- applications mobiles
- santé3
- calories
- alimentation2
Sur le même sujet
SociétéFringales d'automne : pourquoi le froid pousse à trop mangerDepuis l'installation de l'automne le 23 septembre, beaucoup ressentent une faim plus marquée.
IaOpenAI concurrence open source : pourquoi 2026 change toutOpenAI, DeepSeek, Meta ou Mistral : qui gagne la bataille des modèles d'IA en 2026 ?
IaMillions de conversations Claude analyséesAnthropic a analysé des millions de conversations avec Claude pour mesurer l'impact réel de l'IA sur le travail.