D'où vient le chiffre des emplois menacés IA en France
D'où sort ce chiffre de 5 millions d'emplois menacés par l'IA en France ? Ce guide décortique l'étude source et la compare aux estimations internationales.

Sommaire5 sections · 6 min
Depuis avril 2026, un chiffre revient sans cesse dans la presse et les débats publics : 5 millions d'emplois menacés IA en France. Largement repris, parfois sans nuance, il recouvre en réalité des situations très différentes selon l'horizon temporel considéré. Ce guide revient sur l'étude d'origine, la met en perspective avec les estimations internationales et détaille les métiers réellement exposés.
D'où vient le chiffre de 5 millions d'emplois menacés
L'étude Coface et l'Observatoire des emplois menacés et émergents
Le chiffre provient d'une étude conjointe de la compagnie d'assurance-crédit Coface et de l'Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM), publiée le 1er avril 2026. Selon cette étude, 3,8 % de l'emploi est actuellement fragilisé par le déploiement de l'IA générative en France. Ce premier chiffre correspond à une situation déjà en cours, pas à une projection lointaine.
C'est un second chiffre, plus large, qui a retenu l'attention des médias : d'ici deux à cinq ans, lorsque l'IA agentique sera massivement déployée, 16,3 % de l'emploi français serait menacé, soit près de 5 millions de personnes. Axelle Arquié, économiste du travail et cofondatrice de l'OEM, explique ce basculement par la nature même de cette nouvelle génération d'outils.
« L'IA agentique [qui permet l'analyse, la planification et l'exécution autonome d'opérations] peut combiner plusieurs actions, et pourrait automatiser des flux de travail entiers de certains métiers », Axelle Arquié, économiste du travail, cofondatrice de l'Observatoire des emplois menacés et émergents.
Le passage de 3,8 % à 16,3 % de l'emploi fragilisé
La différence entre les deux pourcentages tient à la distinction entre l'IA générative actuelle, qui automatise des tâches isolées, et l'IA agentique à venir, capable d'enchaîner plusieurs actions de façon autonome. C'est cette dernière qui, selon l'OEM, pourrait automatiser des flux de travail entiers, et non plus seulement des tâches ponctuelles au sein d'un poste.
Quels métiers sont les plus exposés en France
Les professions qualifiées en première ligne
Contrairement à l'idée reçue selon laquelle l'IA menacerait avant tout les postes peu qualifiés, l'étude Coface-OEM montre l'inverse : plus un emploi est qualifié et bien rémunéré, plus il est exposé. Les 10 % des plus hauts revenus de la population française sont ainsi menacés à hauteur de 22,1 %, selon la même étude.
Parmi les familles de professions les plus exposées identifiées par l'OEM :
- L'architecture et l'ingénierie, avec 26,9 % de l'emploi à risque
- L'informatique et les mathématiques, à 24,9 %, avec un pic à 31 % pour les métiers strictement informatiques
- Le soutien administratif et de bureau, à 23,8 %
- Les métiers créatifs des arts, du design, du spectacle, du sport et des médias, également à 23,8 %
- Les professions juridiques, à 21,6 %
Les métiers créatifs et juridiques pas épargnés
D'après une étude américaine relayée par Ouest-France, environ 57 % des emplois de la rédaction pourraient être supprimés à cause de l'IA, suivis par les développeurs informatiques (55 %), les designers web (54 %) et les éditeurs (54,4 %). Ce classement recoupe des travaux plus généraux, comme ceux cités par Le Monde, selon lesquels les dix métiers les plus exposés à l'IA sont, dans l'ordre, les programmeurs informatiques (74,5 % d'exposition), les services à la clientèle (70,1 %), les analystes en santé (66,7 %), en marketing (64,8 %), les commerciaux (62,8 %) et les analystes financiers (57,2 %).
Les jeunes diplômés en subissent déjà les conséquences sur le marché de l'embauche. Une étude de chercheurs de Stanford, citée par le Sénat, montre que l'emploi des jeunes de 22 à 25 ans a baissé de 13 % depuis 2022 aux États-Unis dans les métiers les plus exposés à l'IA, avec un déclin relatif d'environ 16 % par rapport aux autres catégories de travailleurs. Les développeurs, en particulier, ont vu leur emploi baisser de près de 20 % par rapport au pic de fin 2022, en septembre 2025.
Comparaison internationale : OCDE, OIT, FMI, MIT
Le chiffre français ne fait que s'inscrire dans une série d'estimations internationales, dont les résultats varient fortement selon le périmètre étudié, l'horizon temporel et la méthode retenue.
| Source | Périmètre | Emplois menacés | Horizon |
|---|---|---|---|
| Coface / OEM | France | 16,3 % (près de 5 millions de personnes) | 2 à 5 ans |
| OCDE | Pays membres | 27 % des emplois exposés à l'automatisation | actuel |
| Organisation internationale du travail | Monde | 427 millions d'emplois (13 % du total mondial) | d'ici 2027 |
| MIT | États-Unis | 12 % des 151 millions d'emplois, soit 20 millions de personnes | novembre 2025 |
| Goldman Sachs | Monde | 300 millions d'emplois automatisables | estimation 2023 |
Le Fonds monétaire international (FMI) avance de son côté un chiffre encore plus large. Sa directrice générale, Kristalina Georgieva, a averti que l'IA générative toucherait 40 % des emplois dans le monde, un chiffre pouvant grimper à 60 % dans les économies avancées.
« L'IA générative touchera 40 % des emplois dans le monde. Et plus le poste est qualifié, plus il est concerné. Dans les économies avancées et certains pays émergents, ce chiffre grimpe à 60 % », Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international.
Le patron d'Anthropic, Dario Amodei, s'est montré encore plus alarmiste concernant les jeunes actifs occupant des postes de bureau débutants.
« L'IA pourrait faire disparaître la moitié des emplois de bureau de niveau débutant et faire bondir le taux de chômage jusqu'à 20 % dans les trois à cinq prochaines années », Dario Amodei, CEO d'Anthropic.
L'Organisation internationale du travail (OIT) nuance toutefois ces projections les plus sombres : selon elle, un quart des travailleurs mondiaux exerce un métier contenant des tâches exposées à l'IA, mais seuls 3,3 % sont classés dans la catégorie d'exposition élevée, ce qui suggère que la substitution complète de postes reste, pour l'instant, plus limitée que la transformation des tâches qui les composent.
Ce que les entreprises font déjà
Au-delà des projections, des mouvements concrets sont déjà mesurables sur le marché du travail. En 2025, plus de 180 000 postes ont été supprimés dans le seul secteur technologique mondial. Aux États-Unis, selon un sondage Resume.org mené auprès de 1 000 dirigeants, 28 % des entreprises ont déjà remplacé des emplois par l'intelligence artificielle, et 37 % prévoient de l'avoir fait d'ici fin 2026.
Aux États-Unis toujours, l'évaluation GDPval, citée par TF1 Info, montre que trois métiers ont déjà franchi le seuil des 50 % de tâches exécutées par l'IA à un niveau comparable à celui d'un professionnel humain : gestionnaire de projet, producteur et réalisateur de contenu audiovisuel, et développeur de logiciel. D'autres professions s'en approchent, comme les analystes financiers (48 %), les monteurs vidéo et audio (48 %) et les gestionnaires financiers (47 %).
Cette inquiétude se retrouve dans l'opinion publique. Selon une enquête reprise par Euronews en septembre 2026, environ sept adultes sur dix, voire davantage, en Australie, en Corée du Sud et aux États-Unis pensent que l'IA entraînera des pertes d'emplois au cours des 20 prochaines années, un sentiment qui dépasse désormais l'espoir de voir émerger de nouveaux postes.
Tous les scénarios ne sont pas négatifs pour autant. Selon le World Economic Forum, l'IA et l'automatisation pourraient créer 170 millions d'emplois d'ici 2030 tout en en supprimant 92 millions, ce qui donnerait un solde net positif de 78 millions d'emplois à l'échelle mondiale.
Questions fréquentes
Le chiffre de 5 millions concerne-t-il des emplois déjà supprimés ?
Non. Il s'agit d'une projection à deux à cinq ans, liée au déploiement futur de l'IA agentique, selon l'étude Coface-OEM du 1er avril 2026. Actuellement, seuls 3,8 % de l'emploi français seraient déjà fragilisés par l'IA générative existante.
Quels métiers sont les plus menacés en France ?
L'architecture et l'ingénierie (26,9 % d'emploi à risque), l'informatique et les mathématiques (24,9 %, jusqu'à 31 % pour l'informatique pure), le soutien administratif et de bureau (23,8 %), les métiers créatifs (23,8 %) et les professions juridiques (21,6 %) arrivent en tête, selon l'OEM.
Les jeunes diplômés sont-ils plus touchés que les autres actifs ?
Oui. Une étude de Stanford montre que l'emploi des 22-25 ans a baissé de 13 % depuis 2022 aux États-Unis dans les métiers les plus exposés à l'IA, avec un déclin relatif de 16 % par rapport aux autres catégories d'âge, les développeurs étant les plus touchés.
L'IA va-t-elle aussi créer des emplois ?
Oui, selon le World Economic Forum, qui prévoit la création de 170 millions d'emplois d'ici 2030 dans le monde, contre 92 millions de suppressions, soit un solde net positif de 78 millions de postes.
Quels métiers résistent le mieux à l'IA ?
Les métiers manuels ou nécessitant une présence physique et un contact humain direct : aides-soignants, couvreurs, plombiers, électriciens, cuisiniers, infirmiers ou éboueurs figurent parmi les professions les moins exposées, selon plusieurs classements comparés dont celui d'IT for Business.
Sources
- L'impact de l'intelligence artificielle sur les entreprises (rapport du Sénat)
- « J'ai l'impression d'avoir raté ma vie à un an près » : quand l'IA freine l'embauche des juniors - Le Monde
- Quels sont les métiers les plus menacés par l'intelligence artificielle… et ceux qu'elle ne peut pas remplacer ? - Ouest-France
- Les dix métiers qui vont rapidement disparaître à cause de l'IA - L'Essentiel de l'éco
- Quels métiers sont d'ores et déjà menacés d'être remplacés par l'intelligence artificielle - TF1 Info
- La peur des pertes d'emplois liées à l'IA dépasse l'espoir de nouveaux postes - Euronews
- Quels métiers sont menacés par l'intelligence artificielle (IA) ? - 20 Minutes
- Je cherche des sources fiables sur l'IA et le licenciement - Guichet du Savoir
- Les 40 métiers les plus exposés à un remplacement par l'IA - IT for Business
- Quels sont les métiers qui risquent de disparaître avec l'IA ? - CNFCE
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