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Frigos, trains, eau potable : ces armes de déstabilisation

Supermarchés, trains allemands, réseaux d'eau américains, sites institutionnels français : les cyberattaques visent désormais la vie quotidienne pour…

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Allée de supermarché vide, réfrigérateurs ouverts, écran de température éteint.

Les rayons réfrigérés vidés dans plus de 700 supermarchés français, dans la nuit du 12 au 13 octobre, ne sont qu'un exemple parmi d'autres. Des pirates ont détourné le logiciel de régulation thermique de l'entreprise danoise Danfoss, utilisé par Coopérative U, Intermarché, Carrefour ou E.Leclerc, pour réchauffer les frigos et gâter la marchandise. Produits laitiers, jambon, jus de fruits : tout a fini à la poubelle. Pour le Groupement Mousquetaires, les pertes se chiffrent à plusieurs millions d'euros. Cet épisode illustre une tendance de fond : les cyberattaques deviennent des armes de déstabilisation visant directement la vie quotidienne des populations, et plus seulement les systèmes informatiques des entreprises.

Des frigos aux trains, une liste qui s'allonge

L'attaque des supermarchés n'est pas isolée. En février, la Deutsche Bahn, l'équivalent allemand de la SNCF, avait été paralysée pendant des heures par une cyberattaque massive qui avait bloqué la billetterie. Des hackers proches de la Russie, regroupés sous le nom NoName057, sont soupçonnés d'être derrière cette opération. "Ce sont des opérations que l'on qualifie de 'psyops', des opérations psychologiques, et elles visent à mettre dans des situations difficiles des populations, soit extrêmement ciblées, soit beaucoup plus larges, pour faire en sorte de peser sur le débat public", détaille Benoît Grunemwald, expert en cybersécurité, cité par France 2.

« Ce sont des opérations que l'on qualifie de 'psyops', des opérations psychologiques, et elles visent à mettre dans des situations difficiles des populations, soit extrêmement ciblées, soit beaucoup plus larges, pour faire en sorte de peser sur le débat public », Benoît Grunemwald, expert en cybersécurité.

Aux Etats-Unis, cet été, des dizaines de réseaux d'approvisionnement en eau du Midwest ont été visés, avec des usines de traitement mises hors service en juillet. Les enquêteurs soupçonnent l'Iran, déjà suspecté dans le piratage de stations-service en mai. "Les attaques sur les stations-service, c'est typiquement quelque chose qui permet à la fois de frapper monsieur et madame tout le monde au quotidien, et également de fournir matière à des images, à des vidéos de gens qui vont faire la queue, qui vont râler ou qui vont communiquer sur les réseaux sociaux", explique Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité.

« Les attaques sur les stations-service, c'est typiquement quelque chose qui permet à la fois de frapper monsieur et madame tout le monde au quotidien, et également de fournir matière à des images, à des vidéos de gens qui vont faire la queue, qui vont râler ou qui vont communiquer sur les réseaux sociaux », Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité.

En France, des hackers proches de la Russie ont par ailleurs revendiqué des offensives contre La Poste, France Travail et plusieurs hôpitaux. Samedi 17 octobre, le site de la Caisse d'allocations familiales a connu des difficultés d'accès, tandis que celui de l'Anssi, l'agence chargée de la cybersécurité de l'Etat, a subi une attaque revendiquée, selon BFMTV. Aucun lien direct n'a pour l'heure été établi avec la journée de mobilisation qui se tenait le même jour en France.

Un phénomène qui s'accélère, chiffres à l'appui

Quatre pays sont régulièrement cités comme commanditaires de ces offensives, souvent via des intermédiaires. La Chine est responsable de près de 40 % des cyberattaques détectées, suivie par la Russie, la Corée du Nord et l'Iran, selon les éléments présentés dans le reportage "Enjeux de pouvoir" diffusé sur France 2. Côté grand public, Cybermalveillance.gouv.fr a enregistré 504 000 demandes d'assistance en 2025, en hausse de plus de 20 %, l'hameçonnage restant la première menace signalée par les particuliers.

IndicateurChiffreSource
Supermarchés touchés par le piratage des frigosplus de 700Le Monde, octobre 2026
Entités du secteur de l'eau touchées (2021-2024)46Anssi, citée par Le Monde
Part des cyberattaques attribuées à la Chineprès de 40 %France 2, octobre 2026
Demandes d'assistance à Cybermalveillance.gouv.fr en 2025504 000 (+20 %)Cybermalveillance.gouv.fr

Un signal d'alarme pour les industriels

Pour les experts du secteur, l'attaque des frigos marque un basculement. "C'est un avertissement très clair pour tous les industriels", prévient Guillaume Tissier, associé du cabinet Forward Global et directeur du Forum InCyber, dans Le Monde.

« C'est un avertissement très clair pour tous les industriels », Guillaume Tissier, directeur du Forum InCyber.

Thierry Delville, président de la commission sécurité numérique du Cercle des directions de la sécurité des entreprises, souligne pour sa part la banalité de l'équipement visé : un régulateur de température, loin des infrastructures sensibles habituellement ciblées comme les stations d'épuration ou les centrales électriques. L'Anssi avait déjà alerté en novembre 2024 sur la vulnérabilité du secteur de l'eau, avec 46 entités touchées par un événement de sécurité informatique entre janvier 2021 et août 2024. L'attaque n'a pas été revendiquée à ce jour, et aucune piste précise n'a été rendue publique sur l'identité des auteurs.

Sources

  1. Franceinfo : Tech
  2. Le Monde : Pixels (tech)
  3. BFMTV : Tech
  4. Supermarchés, comptes bancaires, hôpitaux : les cyberattaques deviennent des armes de déstabilisation
  5. Cyberattaque des supermarchés : le signal d'alarme d'une société hyperconnectée et fragile
  6. RAPPORT ANNUEL Cybermalveillance.gouv.fr 2025

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