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Ascenseurs, alarmes : ces objets connectés déjà dans le viseur

Après le piratage des frigos de centaines de supermarchés français, des experts listent les équipements connectés qui pourraient être les prochaines cibles.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Cabine d'ascenseur et centrale d'alarme murale dans un couloir technique vide.

Dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 octobre 2026, des pirates ont pris le contrôle à distance des systèmes de régulation frigorifique de centaines de supermarchés en France. Leclerc, Intermarché, Coopérative U, Carrefour et Monoprix ont vu leurs congélateurs grimper jusqu'à 50 °C, parfois plus, provoquant la perte de rayons entiers de produits frais.

Après cet épisode inédit, la question se pose : quels autres objets connectés sont vulnérables à ce type d'attaque ? Pour Antoine Hautin, secrétaire général d'Almond, société spécialisée en cybersécurité, la réponse est large. Il distingue les réseaux informatiques classiques (l'IT), longtemps au centre des efforts de protection, des systèmes industriels (l'OT), qui gèrent automates, ascenseurs, chaînes de production ou équipements médicaux. « On a une dizaine d'années de retard sur la cybersécurité de ces systèmes », explique-t-il à 20 Minutes.

Des ascenseurs aux distributeurs de billets

Longtemps isolés d'Internet, ces équipements industriels sont aujourd'hui connectés pour permettre leur supervision à distance. Cette convergence entre IT et OT multiplie les points d'entrée pour des attaquants. Antoine Hautin cite les ascenseurs, les distributeurs de billets ou les systèmes de contrôle incendie comme des cibles potentielles.

« On pourrait imaginer des hackers paralyser des ascenseurs ou déclencher les systèmes d'eau anti-incendie dans une tour de la Défense, c'est tout à fait plausible. », Antoine Hautin, secrétaire général d'Almond.

Le grand public n'est pas épargné non plus. Box Internet, caméras, baby phones, aspirateurs ou prises connectées forment une surface d'attaque croissante dès lors qu'un identifiant par défaut n'est pas changé ou qu'une mise à jour n'est pas appliquée.

Une faille connue depuis des mois chez Danfoss

L'attaque a visé des contrôleurs de froid du fabricant danois Danfoss, notamment les séries AK-SM et AK-SC. Dès le 9 août 2026, l'équipe de chercheurs Claroty Team82 avait recensé 2 765 contrôleurs AK-SM 800A accessibles publiquement sur Internet, pour ce seul modèle. Danfoss avait communiqué fin septembre sur une faille permettant à des attaquants d'obtenir un accès en lecture et en écriture aux valeurs internes des systèmes.

Le fabricant a reconnu que « la majorité des unités touchées sont des produits anciens », arrivés en fin de vie et qui ne reçoivent plus de mises à jour de sécurité. Un correctif, le firmware R4.3.1, avait pourtant été publié dès août 2025. Le directeur général de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), Vincent Strubel, a réagi sur LinkedIn.

« urgent de les déconnecter d'internet, ou d'adopter a minima une politique de filtrage réseau très restrictive », Vincent Strubel, directeur général de l'ANSSI.

Un deuxième épisode s'est produit dans la nuit du lundi au mardi 13 octobre, touchant notamment un magasin Leclerc à Albi, équipé cette fois de régulateurs du fabricant Dixell, selon un reportage de Franceinfo.

Des pertes qui se chiffrent en millions d'euros

Le bilan des points de vente touchés varie selon les enseignes et continue d'évoluer. Environ 300 magasins Intermarché et Netto ont été concernés, selon le groupement Les Mousquetaires, ainsi que 80 supermarchés Carrefour, 80 à 90 magasins Coopérative U et une trentaine de Monoprix.

IndicateurChiffreSource
Contrôleurs Danfoss AK-SM 800A accessibles en ligne2 765 unitésClaroty Team82, cité par informatiquenews.fr, août 2026
Pertes par hypermarché touchéjusqu'à 200 000 €Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, cité par Le Figaro et Public Sénat
Magasins Intermarché/Netto touchésenviron 300 points de venteLes Mousquetaires, cité par Frandroid
Pertes nationales estiméesplusieurs dizaines de millions d'euros20 Minutes, octobre 2026

Dans un petit magasin, les pertes peuvent atteindre « quelques dizaines de milliers d'euros », a précisé Dominique Schelcher sur RTL, alors que dans un hypermarché, elles peuvent monter à 180 000, voire 200 000 euros. À l'échelle nationale, Thierry Cotillard, président des Mousquetaires, évoque « plusieurs millions d'euros » de dégâts pour son seul groupement.

Un cadre réglementaire qui tarde à s'appliquer

Pour l'expert cyber Olivier Daloy, de Zscaler, sans contrôle des droits d'accès, correctifs réguliers ou plateformes intermédiaires sécurisées, n'importe quel équipement connecté dans l'automobile, l'énergie ou les transports peut être exposé à un scénario similaire.

« n'importe quelle usine ou matériel connecté, que ce soit dans l'automobile, l'énergie, les transports, peuvent être exposés à des scénarios similaires », Olivier Daloy, expert cyber chez Zscaler.

Le Cyber Resilience Act européen impose déjà des exigences de cybersécurité aux fabricants de produits connectés vendus dans l'Union européenne. Les obligations de signalement des failles exploitées s'appliquent depuis le 11 septembre 2026, le reste du texte entrera en vigueur à partir du 11 décembre 2027. La directive NIS2, qui doit renforcer la sécurité des infrastructures critiques, n'est en revanche toujours pas transposée en droit français, avec environ deux ans de retard sur le calendrier initial. Une enquête a été ouverte pour identifier les auteurs de l'attaque contre les systèmes Danfoss et Dixell.

Sources

  1. 20 Minutes : High-Tech
  2. Franceinfo : Tech
  3. «Aujourd'hui, tout est vulnérable» : des frigos aux ascenseurs, comment nos équipements du quotidien sont devenus les cibles de cyberattaques
  4. Des frigos de supermarchés exposés aux cyberattaques : zoom sur la vulnérabilité des objets connectés à Internet
  5. Des frigos de supermarché connectés à Internet ? Comment les hackers s'invitent dans notre quotidien
  6. Supermarchés : l'attaque des frigos Danfoss expose l'angle mort de la cybersécurité OT
  7. Après la cyberattaque contre les frigos de supermarchés : qui peut se cacher derrière ?
  8. Cyberattaque contre des frigos connectés de supermarchés : des systèmes de réfrigération exposés sur Internet, alertent des experts en cybersécurité
  9. « Quelle bonne idée de connecter des frigos à Internet » : pourquoi les congélateurs des supermarchés sont connectés, et comment ça a dérapé
  10. Piratage des systèmes frigorifiques de supermarchés : le patron de Coopérative U dénonce une attaque « gravissime »
  11. Frigos de supermarchés sabotés : les cyberattaques qui vident les rayons
  12. Cyberattaque contre les supermarchés : comment les pirates ont facilement neutralisé les frigos

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