Cyberattaque des frigos : jusqu'à 300 magasins à 50°C
Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des pirates ont fait grimper à 50°C les frigos de centaines de supermarchés français, détruisant des tonnes de produits.

Dans la nuit de dimanche à lundi, des hackers ont pris le contrôle à distance des systèmes de régulation frigorifique de plusieurs grandes enseignes de distribution françaises. Cette cyberattaque des frigos a touché Intermarché, Netto, Coopérative U, E.Leclerc, Carrefour et Monoprix. Les congélateurs et chambres froides visés ont été placés en dégivrage forcé et portés jusqu'à 50°C, selon le patron des Mousquetaires Thierry Cotillard, interrogé sur BFMTV.
« à mettre en dégivrage tous nos meubles froids et à les monter en température jusqu'à 50°C », Thierry Cotillard, patron des Mousquetaires.
Des centaines de magasins touchés en une nuit
Selon les informations de France Inter, entre 200 et 300 magasins Intermarché ont été concernés, sur les quelque 3 600 que compte l'enseigne. Coopérative U dénombre un peu moins d'une centaine de points de vente affectés, tandis que Carrefour évoque 80 magasins sur 6 000 et Monoprix environ 5 % de son réseau de plus de 400 établissements. Plusieurs magasins du groupement E.Leclerc ont également été touchés, sans chiffre précis communiqué par l'enseigne.
La faille provient d'une version obsolète du logiciel danois Danfoss, qui pilote les meubles froids de nombreuses enseignes et reste parfois directement relié à Internet sans sécurisation par VPN. Selon franceinfo, l'offensive aurait aussi atteint les systèmes du fabricant Dixell.
Des pertes qui se comptent en millions d'euros
Les distributeurs touchés ont été contraints de jeter l'ensemble des produits frais et surgelés dont la chaîne du froid n'était plus garantie. Une source proche du dossier a indiqué à France Inter que les pertes totales pourraient atteindre plusieurs millions d'euros à l'échelle nationale.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Magasins Intermarché touchés | 200 à 300 sur 3 600 | France Inter, 12 octobre 2026 |
| Pertes à Haguenau (deux magasins) | 270 000 euros | Les Numériques / France Inter |
| Pertes maximales en hypermarché | 180 000 à 200 000 euros | Le Figaro, RTL, 13 octobre 2026 |
| Interfaces Danfoss exposées en ligne | 2 765 | Team82/Claroty, cité par Les Numériques |
| Marché mondial des frigos connectés | plus de 5 milliards d'euros | Le Monde, 18 octobre 2026 |
À Issy-les-Moulineaux, un supermarché évalue son préjudice à 55 000 euros, selon franceinfo. Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, a toutefois relativisé l'ampleur des dégâts pour son groupe.
« Une très grande majorité d'entre eux ont pu contrer cette attaque », Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U.
Une vulnérabilité connue depuis l'été
L'attaque n'a pas surpris les experts en cybersécurité. Selon le Huffington Post, plus de 2 000 interfaces du système de régulation Danfoss étaient accessibles en ligne dès la fin de l'été, d'après l'équipe de recherche Team82. Les chercheurs de Claroty ont ensuite recensé 2 765 de ces interfaces exposées sur Internet, rapporte Les Numériques. L'offensive viserait spécifiquement des éditions du logiciel antérieures à la version 4.
France 3 rappelle qu'un foyer français compte aujourd'hui en moyenne une dizaine d'objets connectés, enceintes, caméras, alarmes ou robots domestiques. Le réseau de chercheurs souligne que la première mesure de protection reste le changement des mots de passe par défaut, suivie de l'installation régulière des mises à jour et de la limitation de l'exposition directe à Internet par pare-feu ou VPN.
Une enquête ouverte, aucune revendication
Le parquet de Paris a ouvert une enquête, confiée à l'Office anticybercriminalité, qualifiant les faits de « cyberattaque d'ampleur touchant les réfrigérateurs connectés ». Elle doit permettre de recenser les victimes et d'établir le lien entre l'intrusion et les dégâts rapportés par chaque enseigne. À ce stade, aucune revendication n'a été formulée par les auteurs de l'attaque, selon franceinfo.
Dans sa chronique publiée le 18 octobre, Le Monde relève que cet épisode met en lumière le retard pris par la France pour transposer dans son droit national deux directives européennes sur la cybersécurité. Le quotidien rappelle aussi qu'en 2025, la CNIL a recensé 6 167 fuites de données en France, un chiffre qui illustre la fragilité croissante des systèmes connectés, qu'ils touchent des données personnelles ou, comme ici, des équipements physiques du quotidien.
Sources
- Le Monde : Pixels (tech)
- Sécurité informatique - Le Monde
- Fridges in French supermarkets hit by cyber attack - BBC
- Piratage des systèmes frigorifiques de supermarchés - Le Figaro
- Un piratage "pas si sophistiqué que ça" - franceinfo
- Frigos connectés, robots de ménage, box : quand nos objets du quotidien ouvrent toutes les portes aux pirates - France 3
- Des frigos de supermarché connectés à Internet ? Comment les hackers s'invitent dans notre quotidien - Huffington Post
- "Inédit et d'une extrême gravité" : des pirates ont programmé les frigos de supermarchés français à 50°C - Les Numériques
- Cyberattaque : jusqu'à 300 Intermarché touchés, des pertes de plusieurs millions d'euros redoutées - France Inter
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