Vie privée : l'UE veut forcer les lunettes connectées
Le régulateur européen des données (EDPB) a réclamé mardi 13 octobre que les lunettes connectées signalent clairement leurs enregistrements.

Le Comité européen de la protection des données (EDPB) a publié, mardi 13 octobre, un avis demandant aux fabricants de lunettes connectées de rendre leurs fonctions d'enregistrement « clairement visibles ». L'organisme propose des LED lumineuses, des signaux sonores, des commandes vocales ou des notifications sur smartphone.
« Les lunettes connectées devraient rendre leurs fonctions d'enregistrement clairement visibles, par exemple grâce à des LED lumineuses, des signaux sonores, des commandes vocales, des notifications respectueuses de la vie privée sur smartphone ou encore grâce à un design distinctif », Anu Talus, présidente de l'EDPB.
Cet avis, non contraignant, émane d'un organisme indépendant qui regroupe les régulateurs nationaux de la protection des données en Europe, dont la CNIL française. Sa présidente, Anu Talus, insiste sur le fait que la vie privée ne doit pas dépendre de la bonne volonté des fabricants.
« Lorsqu'il s'agit de vie privée, les citoyens méritent des avertissements explicites, pas des surprises cachées », Anu Talus, présidente de l'EDPB.
Des signalements qui se multiplient en France
L'avis de l'EDPB intervient dans un contexte tendu. L'association e-Enfance a annoncé le mois dernier avoir reçu une vingtaine de signalements de femmes filmées sans leur consentement, le plus souvent avec des lunettes Meta. Plusieurs de ces vidéos ont ensuite circulé sur les réseaux sociaux, accompagnées de moqueries ou de messages haineux.
Le parquet de Paris a ouvert plusieurs enquêtes après avoir été saisi de plaintes, selon Le Monde. L'EDPB souligne par ailleurs des risques accrus dans les « environnements sensibles », comme les hôpitaux, les écoles ou le lieu de travail, et met en avant la vulnérabilité des enfants, qu'ils portent eux-mêmes ces dispositifs ou qu'ils soient filmés par des tiers.
Un marché dominé par Meta
Le géant américain détient près de 84 % du marché des lunettes connectées, selon le cabinet Omdia cité par Le Monde. En 2025, 8,7 millions de paires ont été vendues dans le monde, un volume encore modeste comparé au plus d'un milliard de smartphones écoulés sur la même période.
Meta met en avant la lumière LED de ses modèles, qui clignote lorsqu'une photo ou une vidéo est enregistrée et qui ne peut pas être désactivée sans rendre la caméra inutilisable. L'entreprise continue de commercialiser des lunettes équipées d'une caméra, dont une nouvelle génération de Ray-Ban Meta. Fin septembre, Mark Zuckerberg a aussi dévoilé des lunettes connectées sans caméra, pensées comme porte d'entrée vers son intelligence artificielle Muse, sur fond de contestation contre ses autres modèles.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Part du marché des lunettes connectées détenue par Meta | 84 % | Le Monde, octobre 2026 |
| Paires de lunettes connectées vendues dans le monde en 2025 | 8,7 millions | Cabinet Omdia, cité par Le Monde |
| Français jugeant les lunettes connectées risquées pour la vie privée | 67 % | CNIL, enquête de janvier 2026 |
| Signalements de femmes filmées à leur insu reçus par e-Enfance | une vingtaine | Franceinfo, octobre 2026 |
| Amende encourue en France pour atteinte à l'intimité sans consentement | jusqu'à 45 000 euros | CNIL |
Vers des interdictions ciblées
D'autres pays envisagent des mesures plus strictes que de simples avertissements lumineux. Début octobre, la Norvège a annoncé vouloir interdire temporairement l'utilisation de lunettes connectées dans certains lieux publics, comme les parcs, les plages, les musées, les centres commerciaux, les écoles, les crèches, les établissements de santé ou les salles de sport. Le gouvernement norvégien précise toutefois qu'il ne prévoit pas d'interdiction générale de ces appareils.
Une campagne baptisée « Stop Smart Glasses », accompagnée d'une pétition, a par ailleurs été lancée en Grande-Bretagne et en Irlande pour inciter les commerçants à cesser la vente de ces produits. En Italie, l'autorité de protection des données (Garante) a demandé à Meta de préciser les mesures d'information mises en place pour les personnes filmées à leur insu, tandis que la Data Protection Commission irlandaise a souligné l'inefficacité du témoin lumineux censé signaler un enregistrement.
En France, la CNIL avait déjà interrogé les Français sur leur perception de ces dispositifs. Son enquête, menée du 22 au 29 janvier 2026 auprès de 2 128 personnes, montrait qu'une majorité de sondés redoutait une atteinte à la vie privée. La CNIL recommande, en attendant une évolution du cadre légal, d'informer les personnes à proximité, de désactiver les fonctions de captation dès qu'elles ne sont plus utiles, et d'éviter d'utiliser ces lunettes dans les lieux où les gens ne s'y attendent pas.
Sources
- Le Monde : Pixels (tech)
- Franceinfo : Tech
- Les lunettes connectées devraient signaler clairement quand elles filment réclame le régulateur européen
- Lunettes connectées : le régulateur européen réclame qu'elles signalent clairement quand elles filment
- Les lunettes connectées : la CNIL appelle à la vigilance
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