Des femmes filmées à leur insu avec des lunettes connectées
Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour harcèlement sexuel visant des femmes filmées dans la rue avec des lunettes connectées, selon Reuters.

Le parquet de Paris a confirmé à Reuters avoir ouvert « au moins » une enquête pénale après des plaintes pour harcèlement sexuel impliquant des lunettes connectées. Ces appareils, munis d'une caméra intégrée, auraient servi à filmer des femmes dans la rue sans leur consentement. Les vidéos ont ensuite été publiées en ligne.
Les procureurs n'ont pas révélé la marque des lunettes en cause. Mais le contexte pointe vers les modèles Ray-Ban de Meta, surnommés « pervert glasses » par une partie des internautes depuis que des harceleurs les utilisent pour piéger des femmes et diffuser leurs vidéos sur les réseaux sociaux. La cellule cybercriminalité du parquet a testé ces appareils il y a deux semaines pour cerner les infractions qu'ils permettent de commettre, selon les précisions apportées à Reuters.
Une vague de plaintes auprès de la CNIL
La Commission nationale de l'informatique et des libertés a elle aussi été saisie. Elle a reçu moins de dix plaintes concernant l'usage de lunettes connectées sur le lieu de travail, sans préciser les marques visées. L'autorité constate par ailleurs que les entreprises la contactent de plus en plus souvent pour savoir si elles peuvent interdire ces appareils au travail.
En parallèle, l'association e-Enfance signale une hausse des signalements liés à ce type de harcèlement, comme le détaille notre récent article sur les femmes filmées à leur insu. Depuis le début de l'année, le 3018, numéro national dédié aux violences numériques, a reçu une vingtaine de signalements concernant des femmes filmées sans leur accord, dont la majorité impliquait des modèles Meta, selon Le Figaro.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Enquêtes pénales ouvertes à Paris | Au moins 1 | Reuters, 18 septembre 2026 |
| Plaintes reçues par la CNIL (usage au travail) | Moins de 10 | Reuters / Boursorama, 18 septembre 2026 |
| Signalements au 3018 depuis janvier 2026 | Une vingtaine | Le Figaro, 10 septembre 2026 |
| Peine maximale prévue par la loi française | 1 an de prison, 45 000 € d'amende | Anadolu Agency, 18 septembre 2026 |
Le voyant lumineux jugé insuffisant
Les lunettes Meta intègrent une diode qui s'allume lorsque la caméra est activée, une protection que l'entreprise a récemment renforcée. Elle envisagerait même de commercialiser des modèles sans caméra. Pour e-Enfance, ce dispositif reste insuffisant face à l'ampleur du phénomène.
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« Il faut aujourd'hui revoir l'encadrement de ces dispositifs dès leur conception. Et quand des créateurs font de l'humiliation d'inconnus leur fonds de commerce, les plateformes doivent appliquer une tolérance zéro et suspendre les comptes récidivistes. », Véronique Béchu, directrice de l'Observatoire de l'association e-Enfance/3018.
L'association va plus loin et réclame une refonte de l'encadrement de ces objets connectés dès leur conception, ainsi qu'une réponse plus stricte des plateformes.
« Voir un voyant ne signifie pas consentir à la diffusion de son image. Et encore faut-il le voir, en comprendre la signification et avoir la possibilité de réagir. », e-Enfance, association de protection sur internet.
Une inquiétude qui dépasse les frontières françaises
Le phénomène ne se limite pas à la France. Des signalements similaires ont émergé aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne, où des utilisateurs de lunettes connectées ont été accusés d'avoir filmé des femmes à leur insu avant de diffuser les images sur les réseaux sociaux, une dérive qui a conduit plusieurs pays européens à interdire les lunettes connectées. La CNIL avait déjà alerté sur les risques que ces appareils font peser sur la vie privée en mai dernier.
L'application des textes existants reste toutefois complexe. La loi française punit d'un an de prison et de 45 000 euros d'amende l'enregistrement de l'image d'une personne dans un lieu privé sans son consentement, mais cette protection concerne surtout les espaces privés. Quand les images sont prises dans la rue, puis diffusées rapidement en ligne, la CNIL et plusieurs sources juridiques reconnaissent que la répression devient plus difficile à mettre en œuvre.
Sources
- NextINpact
- France Les lunettes connectées de Meta dans l'oeil de mire de la justice et des régulateurs
- La France renforce la surveillance des lunettes connectées
- France : les lunettes connectées dans le viseur de la justice et de la CNIL
- Lunettes connectées : l'association e-Enfance alerte sur le harcèlement visant des femmes sur les réseaux sociaux
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