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20 femmes filmées à leur insu avec des lunettes connectées

L'association e-Enfance a recensé une vingtaine de signalements de femmes filmées à leur insu avec des lunettes connectées depuis janvier 2026.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecturemis à jour le 19 septembre 2026 à 15:21
Lunettes connectées sur une table, petit voyant lumineux allumé près de la charnière.

L'association e-Enfance, qui lutte contre le cyberharcèlement, a publié un communiqué le mardi 8 septembre 2026. Elle affirme avoir reçu une vingtaine de signalements depuis le début de l'année concernant des femmes filmées à leur insu à l'aide de lunettes connectées équipées d'une caméra. Selon l'association, la majorité de ces signalements impliquent des modèles Ray-Ban Meta ou Oakley Meta.

Véronique Béchu, directrice de l'observatoire e-Enfance/3018, confirme une hausse nette du phénomène auprès du Monde.

« On a vu une augmentation importante des signalements entre 2025 et 2026 », Véronique Béchu, directrice de l'observatoire e-Enfance/3018.

Elle redoute par ailleurs que ce chiffre ne reflète qu'une partie de la réalité, le phénomène restant selon elle très sous-estimé. En France, une enquête a d'ailleurs été ouverte après plusieurs signalements de femmes filmées sans consentement dans la rue à l'aide de ces dispositifs.

Un signalement venu de Suède

L'affaire remonte parfois à des faits vécus hors de France. À Göteborg, la compagne de Mateusz Pozar a raconté avoir été abordée dans un bar par deux hommes portant des Ray-Ban dont la diode d'enregistrement était allumée.

« Elle m'a dit avoir été approchée dans un bar par deux mecs portant des Ray-Ban », Mateusz Pozar, fondateur du site Ban Ray.

Choqué, Mateusz Pozar a lancé le site Ban Ray, destiné à alerter politiques, médias et autorités locales sur les risques posés par ces appareils. La petite lumière qui trahit l'enregistrement reste, selon plusieurs témoignages recueillis par la presse, peu visible en plein jour ou dans une pièce sombre.

Un marché qui explose

Le nombre de personnes équipées reste modeste en France, mais la croissance des ventes est spectaculaire à l'échelle mondiale. Selon le cabinet Counterpoint Research, les livraisons mondiales de lunettes connectées ont progressé de 212 % sur un an au premier semestre 2026, Meta représentant à lui seul environ 84 % du marché. En France, près de neuf lunettes connectées sur dix vendues depuis janvier sont des modèles Meta, d'après le cabinet IDC.

IndicateurChiffreSource
Lunettes IA vendues en 2025 (monde)plus de 7 millionsEssilorLuxottica, cité par Le Monde
Signalements reçus par e-Enfance depuis janvier 2026plus de 20e-Enfance, communiqué du 8 septembre 2026
Français jugeant ces lunettes risquées pour la vie privée67 %Sondage de janvier 2026, cité par Unidivers
Croissance des livraisons mondiales, premier semestre 2026+212 % sur un anCounterpoint Research
Part de marché de Meta sur les lunettes connectéesenviron 84 %Counterpoint Research

Le modèle Ray-Ban Meta se vend environ 319 euros, selon TF1, qui rapporte que l'appareil est désormais surnommé « lunettes de pervers » par une partie du public.

La CNIL et l'Europe montent au créneau

Dès le mois de mai 2026, la CNIL avait alerté sur les risques posés par ces dispositifs. L'autorité française de protection des données estimait que l'essor des lunettes connectées pouvait engendrer un risque de surveillance généralisée et une banalisation de celle-ci, avec à terme un sentiment d'être constamment observé pouvant conduire à une forme d'autocensure chez les personnes filmées, selon des propos rapportés par Euractiv. Cette inquiétude fait écho à d'autres révélations sur les capacités d'analyse de Meta, après qu'une mère de famille a découvert que Meta AI avait reconstitué le profil de ses filles à partir de simples publications familiales.

Au Royaume-Uni, la militante Liz Hunter a lancé une campagne baptisée StopSmartGlasses, réclamant l'interdiction pure et simple de la technologie. Elle a qualifié de scandaleux le fait que des utilisateurs puissent filmer aussi facilement à l'insu des personnes présentes, dans des propos rapportés par Euractiv. Plusieurs gouvernements ont d'ailleurs commencé à agir : certains pays européens ont choisi d'interdire les lunettes connectées face à la multiplication de ces dérives.

Des dérives déjà documentées

Une enquête conjointe des journaux suédois Svenska Dagbladet et Göteborgs-Posten a révélé en mars 2026 que des sous-traitants de Meta basés au Kenya avaient eu accès à des images intimes captées par des utilisateurs, y compris des scènes de nudité. Ces révélations ont entraîné des actions en justice pour publicité mensongère et violation de la vie privée.

En France, diffuser l'image d'une personne captée sans son consentement dans un espace privé est passible d'un an de prison et de 45 000 euros d'amende. Le cadre juridique reste toutefois plus flou pour les captations réalisées dans l'espace public, où la frontière entre le fait d'être regardé et celui d'être filmé devient, avec ces appareils, de plus en plus difficile à établir.

Apple prépare de son côté son entrée sur ce marché, prévue pour 2027, avec un positionnement présenté comme davantage centré sur la protection de la vie privée, selon des informations rapportées par Lavoixdefrance.fr.

Sources

  1. Le Monde : Pixels (tech)
  2. Lunettes IA de Meta : la vie privée au cœur des craintes
  3. Peut-on encore ne pas être filmé ? Les lunettes connectées
  4. « Pervert glasses » : la révolte des femmes contre les lunettes Meta Ray-Ban
  5. Lunettes connectées : Meta en vend 7 millions, la CNIL alerte et Apple se lance en 2027
  6. "On les appelle même les 'lunettes de pervers'" : pourquoi le succès des lunettes connectées inquiète tant

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