Des pays européens interdisent les lunettes connectées
Face aux dérives des lunettes connectées de Meta, utilisées pour filmer des femmes à leur insu, plusieurs pays européens durcissent le ton.

La colère monte contre les lunettes connectées en Europe. Depuis l'été, ces accessoires équipés de caméras discrètes, popularisés par Meta avec les marques Ray-Ban et Oakley, sont accusés de servir à filmer des femmes et des enfants sans leur consentement.
En France, l'association e-Enfance s'est insurgée cette semaine contre des vidéos humiliantes tournées avec ces montures et diffusées en ligne. Elle affirme avoir reçu, via la plateforme d'écoute des violences numériques le 3018, une vingtaine de signalements de femmes filmées à leur insu, la plupart par des créateurs de contenus cherchant à les mettre dans des situations embarrassantes.
Des bannissements qui se multiplient dans plusieurs pays
En Norvège, la ville d'Oslo a décidé cette semaine d'interdire les lunettes équipées de caméras dans les établissements scolaires. Le pays va plus loin : la ministre de la Numérisation, Karianne Tung, a annoncé vouloir encadrer plus strictement ces appareils, avec une interdiction possible de la reconnaissance faciale dans l'espace public.
« Nous constatons que la vie privée et la protection des données des citoyens sont mises sous pression par les nouvelles technologies; je vais donc encadrer plus strictement qu'aujourd'hui les lunettes connectées et les appareils similaires », Karianne Tung, ministre norvégienne de la Numérisation et de la Gouvernance publique.
En Allemagne, le parlement de Hambourg a adopté début septembre une motion interdisant les lunettes connectées dans les transports en commun, les piscines et les saunas. Le texte, porté par le SPD et les Verts, réclame désormais des règles au niveau fédéral. Aux Pays-Bas, la salle de concert TivoliVredenburg à Utrecht a banni ces accessoires après qu'un individu les a utilisées pour filmer des femmes dans des sanitaires lors d'un festival.
Au Royaume-Uni, où des médias ont dénoncé tout l'été ces « lunettes perverses », une pétition baptisée « Stop Smart Glasses » a dépassé les 9 000 signatures en un mois, se rapprochant du seuil qui obligerait le gouvernement britannique à y répondre. Celui-ci a toutefois redit en juin qu'il ne comptait pas légiférer spécifiquement.
Une offensive judiciaire s'ajoute à la pression politique
Le mouvement dépasse désormais les seules autorités publiques. Aux Pays-Bas, l'association de consommateurs Consumentenbond a officiellement réclamé le 10 septembre une interdiction européenne des lunettes connectées, sa directrice Sandra Molenaar dénonçant un « danger pour la vie privée » et le fait que toutes les images captées soient envoyées directement sur les serveurs de Meta. Aux États-Unis, une plainte fédérale accuse par ailleurs le groupe de collecte illégale de données biométriques, un reproche qui fait écho à l'affaire de Meta AI reconstituant le profil de fillettes à partir de publications familiales.
Les chiffres du marché et de la contestation
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Paires de lunettes Meta vendues en 2025 | 7 millions | EssilorLuxottica, via Euractiv |
| Signalements de femmes filmées à leur insu en France | une vingtaine | e-Enfance (plateforme 3018), 20 Minutes |
| Signatures de la pétition « Stop Smart Glasses » | plus de 9 000 | France24 |
| Britanniques favorables à une interdiction dans l'espace public | 49 % | Sondage YouGov, mars 2026, via Frandroid |
Meta se défend en rappelant les garde-fous intégrés à ses lunettes. Le groupe souligne que « chaque paire est équipée d'une lumière LED qui clignote quand vous filmez ou prenez des photos, et qu'on ne peut pas éteindre, ce qui n'existe pas sur les téléphones ou d'autres formes de caméras ». Des associations et journalistes ont pourtant montré que ce témoin lumineux reste peu visible, voire inefficace, dans de nombreuses situations réelles.
Au niveau des institutions européennes, l'eurodéputée slovaque Veronika Cifrova Ostrihonova a interpellé la Commission européenne dès les premiers témoignages d'incidents, pour vérifier si les montures connectées respectent les règles des Vingt-Sept sur la protection des données et l'intelligence artificielle.
« J'attends toujours une réponse », Veronika Cifrova Ostrihonova, eurodéputée slovaque.
Bruxelles renvoie pour l'instant la responsabilité aux autorités nationales, chargées de faire appliquer les règles européennes sur la protection des données. Le Comité européen de la protection des données, organisme indépendant, prépare toutefois un rapport attendu cet automne sur « l'acceptabilité sociale » des lunettes connectées, qui pourrait peser sur les décisions futures des Vingt-Sept.
Sources
- 20 Minutes : High-Tech
- L'Europe finira-t-elle par bannir de l'espace public les lunettes connectées ?
- Les usages "pervers" des lunettes connectées alimentent la colère en Europe
- Hambourg s'apprête à interdire les lunettes connectées dans les transports en commun
- « Stop Smart Glasses » : la pétition qui veut faire interdire les lunettes de Meta
- Les lunettes Ray-Ban Meta face à une double offensive judiciaire en Europe et aux États-Unis
- La Norvège veut durcir les règles sur l'utilisation des lunettes connectées
Sujets
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