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Johanna Brousse dévoile les secrets du parquet cyber français

La cheffe de la cybercriminalité du parquet de Paris publie « Cybercombattante ».

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecturemis à jour le 19 septembre 2026 à 15:16
Bureau de magistrat, dossiers scellés, ordinateur fermé, couverture de livre vierge.

Johanna Brousse, vice-procureure à la tête de la section J3 du parquet cyber parisien, soulève le voile sur ses enquêtes les plus marquantes dans un ouvrage paru le 2 septembre 2026. Coécrit avec la journaliste Clémence de Blasi, « Cybercombattante » (JC Lattès, 256 pages, 20 euros) offre un regard inédit depuis les coulisses de la lutte contre la cybercriminalité.

Un livre rare pour une magistrate en exercice

La démarche est inhabituelle : une magistrate encore en fonction qui raconte longuement des dossiers dont elle a eu la charge récemment, y compris des affaires non encore jugées. Johanna Brousse, 41 ans, revendique cette liberté de parole.

« L'un de mes premiers chefs m'avait dit : Johanna, si tu veux faire carrière, un conseil : il faut apprendre à la boucler », Johanna Brousse, cheffe de la section J3 du parquet de Paris.

Sur une dizaine de chapitres, elle détaille blanchiment d'argent, pédocriminalité, rançongiciels et vols de données. Le livre se lit aussi comme un bilan de l'action du « parquet cyber » français, une structure encore jeune, mêlé à des éléments personnels sur ses deux grossesses ou la mort soudaine d'une collègue.

Sites publics piratés : comment les enquêteurs traquent des hackers ?, franceinfo

Durov, Musk : deux affaires à retentissement international

Johanna Brousse s'est fait connaître en ordonnant l'arrestation de Pavel Durov, fondateur de Telegram, interpellé au Bourget en août 2024. À l'époque, la messagerie ignorait les demandes officielles des enquêteurs français malgré la circulation de contenus pédocriminels sur ses canaux.

Elle a aussi requis en 2026 la mise en examen d'Elon Musk, propriétaire de X. L'enquête a été ouverte en janvier 2025, initialement sur une possible extraction frauduleuse de données via l'algorithme de la plateforme. Le 3 février 2026, des gendarmes ont perquisitionné les bureaux parisiens de X en présence d'Europol, avant que le parquet n'élargisse les investigations à des soupçons de complicité de diffusion d'images pédopornographiques, d'atteintes à la vie privée liées à des deepfakes sexuels et de négation de crimes contre l'humanité. Des convocations pour audition libre ont été envoyées à Elon Musk et à l'ex-directrice générale de X, Linda Yaccarino.

« J'ai bien plus à perdre qu'à gagner », Johanna Brousse, cheffe de la section J3 du parquet de Paris.

Le piratage de la DGFIP, un cas emblématique

Le livre revient aussi sur la cyberattaque revendiquée cet été par le groupe Zerobytes contre la direction générale des finances publiques, qui a valu à l'administration le contrôle de la CNIL sur la DGFiP. Deux Français, âgés de 16 et 18 ans, ont été interpellés. Le majeur a été mis en examen et placé en détention provisoire, selon Johanna Brousse.

Ce dossier illustre une tendance que la magistrate dit observer de plus en plus : des cybercriminels très jeunes, parfois dès 14 ans, dotés de compétences techniques réelles mais en difficulté sociale. Face à ce phénomène, elle a nommé un collègue, Aurélien Brouillet, ancien du parquet des mineurs, référent pour la section J3.

« En regardant les outils numériques utilisés par la délinquance et en trouvant la faille, vous pouvez fermer le robinet », Johanna Brousse, cheffe de la section J3 du parquet de Paris.

Des chiffres qui traduisent l'explosion de la cybercriminalité

La section J3 du parquet de Paris compte 13 personnes, dont 6 magistrats, pour couvrir un champ d'infractions en expansion constante, des narcotrafiquants aux hackeurs adolescents en passant par les plateformes elles-mêmes. Plusieurs enquêtes sont ouvertes sur des services comme Kick, Coco ou X.

IndicateurChiffreSource
Victimes du piratage de la DGFIP678 000Le fisc, cité par La Gazette France
Fraude au faux conseiller bancaire+34 % sur un an, 516 millions d'eurosBanque de France, via Le Monde Pixels
Violences faites aux mineurs sur Discord+200 % au premier semestre 2026Numéro national de lutte contre le harcèlement, via Le Monde Pixels
Effectifs de la section J313 personnes, dont 6 magistratsLa Gazette France
Âge de Johanna Brousse41 ansLa Gazette France

Ces chiffres confirment le constat de la magistrate : la cybercriminalité est désormais « partout, même dans des dossiers où on ne l'attendait pas », y compris dans des affaires de violences conjugales où des mouchards sont installés sur le téléphone d'une victime pour la surveiller. La section vient également de tester des lunettes connectées afin d'en anticiper les usages détournés possibles.

Le livre paraît alors que le débat sur la responsabilité des plateformes numériques s'est durablement installé dans le débat public depuis l'affaire Telegram. À Paris, plusieurs enquêtes restent ouvertes sur d'autres réseaux sociaux et sites communautaires.

Sources

  1. Le Monde : Pixels (tech)
  2. Face à l'explosion de la criminalité en ligne, une "cybercombattante" au tribunal de Paris
  3. Johanna Brousse, vice-procureure chargée des enquêtes cyber
  4. Elon Musk : qui est Johanna Brousse, la Française qui ose s'attaquer à lui devant la justice
  5. Cybercombattante - Johanna Brousse
  6. Cybercombattante de Johanna Brousse : la cyberisation du crime organisé

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