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730 millions de lignes de données volées indexées sur un site

Trois jeunes interpellés, un site fermé : les moteurs « look up », qui revendent des données volées lors de piratages, prolifèrent en France.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Ordinateur portable avec barre de recherche vide, dossiers suspendus et fiches perforées empilées.

Après l'interpellation de trois personnes et la fermeture d'un site d'agrégation de données personnelles, les autorités françaises alertent sur la multiplication de ces moteurs de recherche clandestins. Baptisés « look up » ou « searchers », ils permettent de retrouver en quelques secondes des informations issues de données volées lors de cyberattaques.

Le principe est simple : il suffit de saisir un nom, un numéro de téléphone ou une adresse e-mail pour voir apparaître une fiche complète. Adresse postale, date de naissance, IBAN, numéro de Sécurité sociale, parfois même plaque d'immatriculation ou adhésion à une fédération sportive peuvent remonter en quelques clics.

Un site de 730 millions de lignes démantelé

Le site visé par la dernière opération policière, créé en mars 2026 sous le nom « Reacher » puis rebaptisé « Stryxx », revendiquait selon l'Office anti-cybercriminalité 730 millions de lignes de données indexées et plus de 3 millions de requêtes réalisées, rapporte Franceinfo. Il était géré par trois adolescents. L'accès y était gratuit ou sur abonnement, avec la possibilité d'acheter des crédits supplémentaires pour multiplier les recherches.

Ce démantèlement n'est pas isolé. Un autre outil, repéré par RTL, a divulgué les numéros de téléphone de plusieurs candidats à l'élection présidentielle de 2027 parmi les données de millions de Français. Sur Telegram, les opérateurs du bot baptisé Lookup revendiquent de leur côté un accès à plus de 85 milliards d'enregistrements issus de 3 658 bases compromises, selon Clubic.

Des bases achetées ou récupérées gratuitement

Ces moteurs ne puisent pas dans le Web ouvert mais dans des bases dérobées à des entreprises, des administrations, des opérateurs télécoms ou des associations. Leurs administrateurs les achètent sur des forums cybercriminels ou les récupèrent gratuitement.

« Il y a des dizaines de forums qui diffusent des données, vieilles ou récentes, qu'ils récupèrent gratuitement, il suffit de les télécharger », Damien Bancal, animateur du blog Zataz.

Certains pirates créent eux-mêmes ces sites pour exposer les masses d'informations qu'ils ont dérobées. En juin, des pirates ont mis en vente 44,3 millions de dossiers personnels dérobés à France Travail sur le dark web, une réserve directement exploitable par ce type de plateformes, selon Clubic. Cinq Français de 16 à 22 ans ont par ailleurs été interpellés le 23 juin, soupçonnés d'avoir revendu environ 525 000 dossiers de patients dérobés à une clinique privée de la Loire.

Un modèle économique accessible à tous

Le prix d'entrée reste dérisoire. La plupart des sites offrent une poignée de recherches gratuites contre une simple adresse e-mail, avant de facturer un abonnement. Selon deux sites consultés par l'AFP, les tarifs mensuels oscillent entre 10 et 15 euros.

IndicateurChiffreSource
Lignes de données revendiquées par « Reacher »/« Stryxx »730 millionsFranceinfo, octobre 2026
Violations de données recensées en France en 20256 167CNIL, via Clubic
Amendes infligées aux entreprises fautives en 20251,15 milliard d'eurosClubic
Tarif mensuel moyen d'un abonnement « look up »10 à 15 eurosAFP, via Head Topics
Enquêtes pénales ouvertes par le parquet de Paris (février-octobre 2026)une dizaineParquet de Paris, via 20 Minutes

Un détail inquiète particulièrement les autorités : certains sites réclament de l'argent pour supprimer les fiches d'une personne, jusqu'à 11 euros selon 20 Minutes.

La CNIL et la justice haussent le ton

La Commission nationale de l'informatique et des libertés juge que « ces services n'apparaissent pas conformes à la législation » et déconseille de les utiliser, y compris pour vérifier la présence de ses propres données, faute de garanties sur l'usage qui en sera fait. La ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, a saisi la justice.

« Aux personnes concernées, ne payez jamais pour faire retirer vos données », Anne Le Hénanff, ministre déléguée au Numérique.

Le parquet de Paris confirme que son activité contre ce phénomène s'intensifie. « Entre février et octobre 2026, la section cybercriminalité du parquet de Paris a diligenté une dizaine d'enquêtes pénales portant sur des sites d'agrégats de données volées, eux-mêmes alimentés par des fuites de données », a précisé le parquet à 20 Minutes. La création, l'administration et l'utilisation de ces moteurs sont illégales au sein de l'Union européenne tant qu'ils contiennent des données obtenues de manière illicite. Leurs opérateurs risquent jusqu'à dix ans d'emprisonnement et un million d'euros d'amende, selon Franceinfo. Aucune condamnation n'a toutefois encore été prononcée dans un dossier de ce type, d'autres enquêtes restant en cours.

« ces services fonctionnent généralement en compilant des données personnelles issues de violations », la CNIL.

Sources

  1. 20 Minutes : High-Tech
  2. Comment fonctionnent les « look up », moteurs de recherche de données volées ?
  3. La police démantèle un "lookup", un moteur de recherche illicite qui revend les données personnelles volées
  4. 730 millions de données volées : la police fait tomber Reacher, le moteur de recherche pirate de 3 ados
  5. Vos données personnelles accessibles en deux clics : le boom inquiétant des moteurs de recherche "lookups"
  6. Zoom sur les « lookups », ces moteurs où finissent les données piratées des internautes
  7. Qu'est-ce qu'un «Look Up», ce moteur de recherche clandestin qui permet de voir vos données ?
  8. La justice française saisie contre plusieurs « lookups », moteurs de recherche alimentés par des millions de données personnelles volées

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