Google condamné à réformer sa publicité en ligne sans cession
La juge fédérale Leonie Brinkema a rendu publique, mercredi 17 septembre 2026.

Ce contexte judiciaire s'inscrit dans une actualité plus large pour le groupe, qui multiplie par ailleurs les investissements structurants, comme l'illustre la création du DeepMind Institute consacré à l'IA générale, ou la contestation locale suscitée par le projet de data center dans l'Indre.
Une décision attendue depuis avril 2025
Le 2 septembre 2026, la juge Leonie Brinkema, du tribunal fédéral du district Est de Virginie, a rejeté la demande du DoJ de contraindre Google à céder AdX, sa place de marché publicitaire, ainsi que DFP (DoubleClick for Publishers), son serveur pour les éditeurs. La magistrate avait pourtant conclu, dès avril 2025, que Google « a renforcé son pouvoir de monopole en imposant des politiques anticoncurrentielles à ses clients et en éliminant des caractéristiques souhaitables de ses produits ».
Quinze jours après ce premier jugement, l'opinion complète de 106 pages a été rendue publique mercredi 17 septembre. Elle détaille les mesures que Google devra appliquer, jusque-là gardées sous scellés le temps que les parties demandent d'éventuelles occultations de passages confidentiels.
Des mesures comportementales plutôt qu'une vente forcée
Google ne pourra plus imposer aux éditeurs des contrats les obligeant à utiliser AdX et DFP ensemble. AdX devra transmettre ses offres en temps réel aux outils rivaux de la même manière qu'à DFP, et l'entreprise ne pourra plus conditionner une réduction de frais sur DFP à l'adoption de prix uniformes. Les deux outils ne pourront pas non plus modifier frais, latence ou traitement d'une offre selon que le logiciel utilisé appartient ou non à Google.
Les éditeurs pourront récupérer et exporter leurs données historiques vers des serveurs concurrents, et connaître, pour chaque publicité diffusée, les offres examinées et la raison du choix du gagnant. Un contrôleur indépendant, financé par Google, pourra examiner documents, algorithmes, codes sources et locaux de l'entreprise, et interroger ses salariés.
[ABA Antitrust Daily Digest September 3, 2026] In a Big Win, Google Avoids a Breakup of Its Ad Tech Business (The New York Times) A federal judge ruled on Wednesday that Google must make changes to address its advertising technology monopoly but would not need to break up that…
ABA Antitrust Law Section sur X
La juge Brinkema a toutefois refusé la mesure la plus radicale demandée par le DoJ : ouvrir l'accès aux enchères en temps réel d'AdX via d'autres serveurs publicitaires. Elle a estimé que les obligations retenues suffiraient à restaurer une concurrence « cruciale » sur ces marchés.
« a renforcé son pouvoir de monopole en imposant des politiques anticoncurrentielles à ses clients et en éliminant des caractéristiques souhaitables de ses produits », Leonie Brinkema, juge fédérale du district Est de Virginie.
Ce que pèse réellement AdX pour Google
L'activité concernée reste marginale dans les comptes du groupe. Ad Manager, qui englobe AdX et DFP, ne représentait que 4,1 % du chiffre d'affaires et 1,5 % du bénéfice d'exploitation de Google en 2020, selon une analyse citée pendant le procès. Sur AdX, Google prélève une commission de 20 % auprès des éditeurs lors des enchères instantanées qui se déroulent au chargement d'une page web.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Commission prélevée par Google sur AdX | 20 % | Developpez.com, septembre 2026 |
| Part d'Ad Manager dans le chiffre d'affaires Google (2020) | 4,1 % | Kulturegeek, septembre 2026 |
| Revenus du "Network" publicitaire au T1 2026 | 6,97 milliards de dollars | Adgencia, septembre 2026 |
| Amende infligée par la Commission européenne | 2,95 milliards d'euros | mill-forma.fr, septembre 2026 |
| Durée des mesures correctives imposées | 6 ans (contre 15 demandés par le DoJ) | Zonebourse, septembre 2026 |
En Europe, Google reste par ailleurs sous le coup d'une amende de 2,95 milliards d'euros, infligée le 5 septembre 2025 par la Commission pour auto-préférence d'AdX au sein de DFP depuis 2014. Les deux procédures, américaine et européenne, se poursuivent en parallèle.
Le troisième échec des autorités antitrust en quelques mois
Cette décision marque la troisième fois consécutive qu'un juge américain refuse de démanteler une partie d'un géant technologique. L'an dernier, un autre juge fédéral avait déjà écarté la vente forcée du navigateur Chrome dans un procès distinct visant Google. Le groupe conserve donc l'intégralité de sa structure, alors même que la justice a établi son monopole illégal sur deux maillons de la publicité display.
Lee-Anne Mulholland, vice-présidente des affaires réglementaires de Google, a salué la décision.
« Nous sommes très heureux que le tribunal ait rejeté la proposition du ministère américain de la Justice visant à démanteler des outils qui aident les petites entreprises à toucher de nouveaux clients et à se développer », Lee-Anne Mulholland, responsable des affaires réglementaires chez Google.
Le DoJ, de son côté, revendique des « mesures correctives substantielles ».
« Nous faisons un pas de plus vers le rétablissement de la concurrence et vers des mesures bénéfiques aux Américains sur les marchés de la publicité en ligne », Département de la Justice américain, DoJ.
Google et le ministère de la Justice ont eu trente jours après le jugement du 2 septembre pour déposer une proposition conjointe de jugement final, précisant les pratiques à modifier, surveiller ou signaler. Google conserve également la possibilité de faire appel de la décision sur le fond, une option que l'entreprise n'a pas encore tranchée publiquement.
Sources
- NextINpact
- Le brief du 3 septembre 2026
- Google doit assouplir ses règles dans l'ad tech et nommer un contrôleur antitrust
- Google évite le démantèlement de son activité publicitaire aux États-Unis
- Adtech : Google évite le démantèlement, l'open web reste captif
- Marketing programmatique en 2026 : ce qui a changé en douze mois
- Google échappe au démantèlement de son activité publicitaire : c'est la troisième fois...
- Google échappe une fois de plus au démantèlement
- Google échappe à un démantèlement de sa technologie publicitaire aux États-Unis
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