Transfert d'énergie en orbite : un test jamais réussi jusqu'ici
La start-up américaine Star Catcher va tenter, avec son satellite Protostar, la première transmission d'énergie en orbite entre deux engins non reliés.

Le lancement doit avoir lieu depuis la base de Vandenberg, en Californie, à bord de la mission Transporter-18 de SpaceX. Star Catcher, start-up basée à Jacksonville, en Floride, y embarque son prototype Protostar pour une expérience inédite : transmettre de l'énergie en orbite entre deux satellites qui ne sont reliés par aucun câble.
JUST IN: Space Force-backed Star Catcher is about to attempt the first power beaming between two free-flying satellites. Its Protostar spacecraft is ready to launch on SpaceX's Transporter-18 as early as October 1, Payload reports. After reaching orbit, Protostar is designed to… pic.twitter.com/1CyHP5EJzy
Outer Space Today sur X
Un test qui n'a jamais été tenté
Une fois en orbite, Protostar doit libérer un petit CubeSat, un satellite de la taille d'une boîte à chaussures équipé de panneaux solaires classiques. L'engin principal devra ensuite le repérer, le suivre puis diriger vers lui un faisceau laser porteur d'énergie. Les ingénieurs mesureront la quantité d'électricité reçue par le CubeSat et l'efficacité du transfert.
Si l'expérience réussit, ce sera la première fois qu'un faisceau laser transmet de l'énergie mesurable entre deux objets spatiaux non attachés l'un à l'autre, selon Wired. L'idée d'un réseau électrique spatial n'est pas neuve : elle figurait déjà dans une nouvelle d'Isaac Asimov en 1941, et la Nasa s'y était penchée dans les années 1970 avant d'y renoncer, faute de lancements abordables.
Comment fonctionne le réseau imaginé par Star Catcher
Le principe repose sur des satellites appelés « nœuds d'énergie ». Ils captent la lumière du Soleil à l'aide de lentilles, la concentrent, puis l'envoient sous forme de faisceau laser vers les panneaux solaires d'un satellite client. Selon Star Catcher, ce procédé peut fournir jusqu'à dix fois plus d'énergie que la lumière solaire diffuse.
L'enjeu dépasse les satellites d'observation classiques. Google prépare son propre projet de centre de données en orbite, baptisé Suncatcher, et doit justement envoyer un satellite expérimental le 1er octobre 2026 sur le même lanceur que Protostar. Ce type de projet, comme celui de l'institut sur l'intelligence artificielle générale que Google a créé en septembre, réclame une énergie considérable, difficile à embarquer sous forme de simples batteries. La consommation électrique des futurs data centers, qu'ils soient terrestres comme celui qui a provoqué des démissions en cascade dans l'Indre ou spatiaux, devient un sujet central pour ces entreprises.
Des financements et des clients déjà là
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Levée de fonds Série A | 65 millions de dollars (88 millions au total) | PRNewswire, mai 2026 |
| Contrat avec la Force spatiale américaine | 60 millions de dollars (accord STRATFI) | Gagadget, septembre 2026 |
| Record de transmission d'énergie au sol | 1,1 kilowatt vers des panneaux solaires classiques | Wired, septembre 2026 |
| Accords d'achat d'énergie signés | 10 contrats, dont Starcloud et Loft Orbital | Wired, septembre 2026 |
| Lettres d'intention de clients potentiels | plus de 40 | Wired, septembre 2026 |
Ce record au sol, obtenu en octobre 2025 au centre spatial Kennedy de la Nasa, dépasse les 800 watts atteints quelques mois plus tôt par la Darpa, l'agence de recherche militaire américaine, avec un système comparable. Star Catcher affirme aussi avoir validé fin 2025 son logiciel de détection et de suivi lors d'une mission appelée Sextant Alpha, une étape jugée nécessaire avant de tenter un transfert entre deux engins en mouvement dans l'espace.
Andrew Rush, PDG et cofondateur de Star Catcher, situe l'ambition de l'entreprise sur le long terme.
« des services commerciaux significatifs d'approvisionnement en énergie en orbite avant la fin de la décennie », Andrew Rush, PDG et cofondateur de Star Catcher.
Prochaines étapes et concurrents
Aucun tarif commercial n'est encore public, et un accès ouvert au marché avant 2027 paraît improbable selon les informations disponibles. Star Catcher prévoit d'enchaîner, sur deux ans, plusieurs missions de démonstration transmettant davantage de courant sur des distances plus longues, avant de viser des services commerciaux avant la fin de la décennie. Pour couvrir l'orbite basse terrestre, l'entreprise veut à terme déployer une constellation d'environ 200 satellites.
Google et SpaceX figurent parmi les entreprises en discussion avec Star Catcher, sans qu'un accord commercial n'ait été annoncé à ce stade. D'autres acteurs du secteur spatial, à l'image de ceux qui développent des offres d'internet par satellite, suivent également de près la question de l'alimentation électrique en orbite, un facteur qui limite aujourd'hui la durée de vie et les capacités de calcul des engins spatiaux.
Sources
- 20 Minutes : High-Tech
- Space Lasers Are About to Get Their First Real Test
- Star Catcher va tester l'énergie par laser entre deux satellites
- Bientôt une station-service dans l'espace ? L'entreprise Star Catcher veut recharger les satellites par laser dès 2026
- Star Catcher Raises $65 Million to Build the First Power Grid in Space
- Avec Suncatcher, Google s'apprête à se lancer dans la course aux centres de données spatiaux
Sujets
Sur le même sujet
TechAu-delà de 160 km/h, les restrictions Starlink clouent les dronesDepuis la nuit du 13 au 14 octobre, le réseau militaire Starlink coupe le signal des terminaux dépassant 160 km/h, perturbant les drones ukrainiens.
Tech160 km/h, le seuil des restrictions Starlink qui bloqueKiev accuse SpaceX d'avoir bridé sans préavis l'accès Internet militaire de Starlink, perturbant des missions de drones sur le front, mercredi 14 octobre.
TechFaux avis Google : un hôtelier attaque le géant en justiceAprès huit ans de combat, le propriétaire d'une maison d'hôtes de Bourgogne poursuit Google devant le tribunal de Chalon-sur-Saône pour des faux avis sur Maps.