Au Mont-Valérien, l'armoire noire qui incarne l'IA militaire
La France a dévoilé Arcadia, sa plateforme d'IA militaire, mardi 29 septembre au Mont-Valérien.

Une démonstration inédite au Mont-Valérien
Dans les profondeurs de la forteresse du Mont-Valérien, dans les Hauts-de-Seine, un data center enterré abrite depuis peu la nouvelle arme numérique des armées françaises. Baptisée Arcadia, cette plateforme d'IA militaire tient dans une simple armoire métallique noire, installée dans une pièce grillagée du sol au plafond.
Mardi 29 septembre, la presse accréditée défense a pu la découvrir pour la première fois, rapporte Le Monde. Le projet est chapeauté par le Commissariat au numérique de défense (CND), créé en septembre 2025. Son chef, le général Erwan Rolland, présente Arcadia comme une réponse directe à la montée en puissance des solutions américaines au sein de l'OTAN.
« Le déni d'accès numérique est aujourd'hui l'un des plus sûrs moyens de bloquer un adversaire sur un théâtre d'opérations », Erwan Rolland, chef du Commissariat au numérique de défense.
Ce déni d'accès numérique, selon le général, s'étend du brouillage satellitaire aux cyberattaques, en passant par les frappes sur des data centers, un sujet déjà documenté sur la carte des data centers en France.
Rivaliser avec Palantir et Anduril au sein de l'OTAN
L'Alliance atlantique modernise à marche forcée l'ensemble de ses réseaux militaires classifiés, en s'appuyant largement sur les majors américaines de l'IA, Palantir et Anduril en tête. L'OTAN a acquis en 2025 le Maven Smart System (MSS) de Palantir pour son commandement allié des opérations, avec un contrat d'un an assorti de quatre tranches conditionnelles, selon les travaux de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale.
Des militaires de l'OTAN s'entraînent sur ce système depuis août 2025 au Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE), rapporte Opex360. Le montant total de la modernisation des réseaux de l'Alliance, environ 43 milliards d'euros, doit encore être précisé par son secrétaire général.
« des règles d'extraterritorialité que veulent nous imposer certains partenaires », Erwan Rolland, chef du Commissariat au numérique de défense.
Le poids du Cloud Act américain
La dépendance française n'est pas qu'une question de logiciels de commandement. Le Cloud Act, adopté par le Congrès américain en 2018, autorise les autorités fédérales à contraindre toute entreprise de droit américain à leur communiquer des données stockées à l'étranger, y compris en Europe. Tout système hébergé chez un opérateur américain, même situé physiquement en France, tombe sous cette juridiction, selon L'Essentiel de l'éco.
L'intranet du ministère des Armées, INTRADEF, repose sur Active Directory de Microsoft et concerne 220 000 utilisateurs, d'après Techniques de l'Ingénieur. Une sortie immédiate de cet environnement n'est pas jugée crédible sans affecter l'aptitude opérationnelle des armées. Le 4 mai 2026, le CND a lancé un marché de cloud stratégique pour migrer progressivement les systèmes classifiés « diffusion restreinte » vers des infrastructures sous contrôle français, avec un horizon fixé à 2029.
Artemis.IA, Athea et Mistral AI en embuscade
Arcadia est issu du projet Artemis.IA, confié par le ministère des Armées à Athea, coentreprise créée par Thales et Eviden, filiale d'Atos. Le système a déjà été testé lors des exercices Dacian Fall et Orion 26, avant un déploiement prévu lors des manœuvres d'interopérabilité CWIX de l'OTAN.
Fort de ces retours d'expérience, Thales a présenté le 17 septembre sa propre solution destinée à l'Alliance et aux pays alliés, baptisée Hexaforce, décrite comme un « système souverain de commandement militaire augmenté par l'IA ». L'objectif affiché par le groupe est de faire passer la cadence de ciblage de 100 à 1 000 objectifs par jour.
Un accord-cadre conclu avec Mistral AI permet par ailleurs aux armées françaises d'utiliser des modèles d'IA tricolores sur des infrastructures nationales. Cette montée en puissance s'accompagne d'investissements budgétaires conséquents, dont voici les principaux repères.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Budget IA de défense pour 2024 | 130 millions d'euros | L'Essentiel de l'éco, juin 2026 |
| Total programmé par la LPM 2024-2030 | 2 milliards d'euros | L'Essentiel de l'éco, juin 2026 |
| Budget de modernisation des réseaux OTAN | environ 43 milliards d'euros | Le Monde, OTAN, 2026 |
| Utilisateurs d'INTRADEF sous Active Directory | 220 000 | Techniques de l'Ingénieur, septembre 2026 |
| Cadence de ciblage visée par Hexaforce | de 100 à 1 000 objectifs par jour | Opex360, septembre 2026 |
L'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense (AMIAD), créée en 2024, doit accélérer le passage de ces expérimentations vers des capacités pleinement opérationnelles. Les débats budgétaires autour de l'IA militaire s'inscrivent dans un contexte plus large de montée en puissance du secteur, documenté par ailleurs sur les emplois réellement créés par les data centers en France.
Sources
- Le Monde : Pixels (tech)
- L'armée française sous surveillance américaine
- Cloud, IA militaire : la défense française face au piège durable des dépendances technologiques
- Thales défie l'américain Palantir en proposant son logiciel de commandement basé sur l'IA, Hexaforce, à l'OTAN
- Compte rendu - Commission d'enquête, Assemblée nationale
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