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Métiers manuels : 80% de chiffre d'affaires perdu face à l'IA

Graphistes, consultants ou traducteurs perdent leurs clients au profit de l'intelligence artificielle.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Bureau de graphiste vide avec tablette graphique éteinte et crayons rangés.

Depuis 25 ans, Babeth Reynaud exerce comme graphiste. Mais il y a quelques semaines, son principal client l'a appelée pour mettre fin à leur collaboration. "J'ai eu un appel et il m'a dit : 'On vous remplace par l'IA.' C'était vraiment son appel et 'hop, on passe à autre chose'. Financièrement, c'est compliqué", raconte-t-elle à Franceinfo. Avec 80% de son chiffre d'affaires envolé, elle fait partie de ceux qui envisagent désormais de se tourner vers les métiers manuels.

« J'ai eu un appel et il m'a dit : 'On vous remplace par l'IA.' C'était vraiment son appel et 'hop, on passe à autre chose'. Financièrement, c'est compliqué », Babeth Reynaud, graphiste indépendante.

Face à elle, des affiches générées par intelligence artificielle, produites par milliers chaque jour sur Internet. "Toujours les mêmes petits traits pour quelques infos. On perd toutes les identités graphiques", déplore-t-elle en observant ces créations automatisées.

Des métiers manuels, nouveau refuge

Aurélie Bécat est consultante en stratégie marketing. Elle aussi sent le terrain se dérober. "Il y a toute une partie du marché qui n'est plus accessible, parce que les clients vont utiliser des outils d'intelligence artificielle pour travailler sur leurs positionnements, leurs marques, leurs sites web, leurs stratégies de com", constate-t-elle.

Elle a fait un choix radical : se former à l'électricité, trois semaines par mois, en parallèle de son activité de consultante. "Je passe de la clé USB à la pince à dénuder, tournevis isolé", résume-t-elle.

« Je passe de la clé USB à la pince à dénuder, tournevis isolé », Aurélie Bécat, consultante en reconversion vers l'électricité.

Elle apprend aux côtés de Jean-Christophe Puichot, qui exerce ce métier depuis 50 ans. Le directeur de l'usine Secat Energies, Amaury Guimont, confirme la tendance.

« Il y a des besoins électriques qui sont en augmentation, c'est certain », Amaury Guimont, directeur de l'usine Secat Energies.

Cinq millions de postes concernés

En France, l'intelligence artificielle pourrait menacer cinq millions de postes, selon une étude de Coface et de l'Observatoire des emplois menacés et émergents publiée en avril 2026. Graphistes, traducteurs, téléconseillers ou assistants juridiques figurent parmi les métiers les plus exposés.

Le Fonds monétaire international va plus loin à l'échelle internationale. Dans une note présentée les 18 et 19 septembre 2026 aux ministres des Finances européens, l'institution estime qu'environ 60% des emplois dans les économies avancées sont susceptibles d'être affectés par l'IA. En France, dès 2024, le FMI évaluait à 50% la part des travailleurs occupant des emplois fortement exposés, les femmes étant proportionnellement davantage concernées.

Les professions manuelles, elles, restent parmi les moins touchées. Ouvriers du bâtiment, conducteurs d'engins ou travailleurs des services à la personne apparaissent régulièrement en bas des classements du FMI, car leur activité repose sur une intervention physique dans le monde réel, difficile à confier à une machine.

IndicateurChiffreSource
Postes menacés par l'IA en France5 millionsCoface / Observatoire des emplois menacés et émergents, avril 2026
Emplois fortement exposés à l'IA en France (2024)50% des travailleursFMI
Emplois affectés par l'IA dans les économies avancées60%FMI, note de septembre 2026
Hausse du salaire moyen des électriciens aux États-Unis (2015-2025)+55%Ministère américain du Travail, via Le Figaro
Chiffre d'affaires perdu par Babeth Reynaud, graphiste80%Franceinfo
Cadres pouvant se reconvertir dans un métier manuel d'ici 2030jusqu'à 21%Anthropic

Un phénomène qui dépasse la France

Aux États-Unis, la tendance s'observe depuis plusieurs mois déjà. Le ministère américain du Travail prévoyait, en 2024, une hausse de 9% du nombre d'électriciens d'ici 2034, un rythme jugé "beaucoup plus rapide que la moyenne". Selon le rapport annuel mondial du cabinet ADP publié en avril 2026, seuls 22% des 27-39 ans utilisant quotidiennement l'IA estiment que leur emploi est à l'abri d'une suppression.

Anthropic, l'entreprise à l'origine du modèle Claude, a modélisé dans une note publiée sur son blog les effets de l'IA sur l'économie à l'horizon 2030. Ses économistes envisagent une explosion du chômage chez les cadres, avec des salaires en chute de plus de 10%, pendant que la demande en main-d'œuvre manuelle progresserait. Jusqu'à 21% des cadres licenciés pourraient, selon ce scénario, se reconvertir dans une profession manuelle, accentuant la concurrence sur ces métiers et poussant mécaniquement les salaires à la hausse.

Du côté des artisans déjà en poste, l'intelligence artificielle reste pour l'instant un outil d'appoint plutôt qu'une menace. Selon le livre blanc publié en mai 2026 par CMA France, le réseau des chambres de métiers et de l'artisanat, 27% des chefs d'entreprise artisanale utilisent l'IA dans leur activité, dont 15% de manière régulière. Les entreprises dirigées par des moins de 45 ans sont deux fois plus nombreuses à expérimenter ces outils que celles pilotées par des dirigeants plus âgés, selon une étude de l'Observatoire des métiers du BTP parue en janvier 2026.

Sources

  1. Franceinfo : Tech
  2. "Il m'a dit : 'On vous remplace par l'IA'" : ces professionnels qui se tournent vers les métiers manuels pour survivre à l'intelligence artificielle
  3. 60 % des emplois sont exposés à l'IA, mais les plus menacés ne sont pas forcément ceux auxquels on pense
  4. Explosion du chômage des cadres, envol du salaire des métiers manuels… Comment l'IA pourrait bouleverser l'économie, selon Anthropic
  5. «Sans nous, le monde s'écroule» : ce métier manuel longtemps méprisé est propulsé depuis l'arrivée de l'IA
  6. L'IA au service des artisans et des métiers manuels

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