Puces de RAM : l'Europe n'en achète que 3%, alerte Klaba
Auditionné à l'Assemblée nationale mercredi, le PDG d'OVHcloud a alerté sur le retard européen en IA et le poids écrasant des Etats-Unis et de la Chine.

Mercredi 30 septembre, Octave Klaba s'est présenté devant la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale. Le fondateur et PDG d'OVHcloud y a été questionné sur la souveraineté numérique, les data centers et la manière dont la France et l'Europe entendent investir dans l'IA générative.
Sa conclusion tient en une phrase, rapportée par NextINpact : « Aujourd'hui, les technologies sont principalement américaines ou chinoises ; les innovations viennent énormément de la Chine. En Europe, on n'a pas d'acteur technologique qui souhaite investir dans l'intelligence artificielle ». Pour lui, c'est désormais l'ensemble de la chaîne qui échappe aux Européens, jusqu'aux composants de base.
Un retard qui remonte jusqu'aux composants
Devant les députés, Octave Klaba a cité un chiffre pour illustrer la dépendance du continent : seulement 3 % du volume des puces de RAM sont achetés en Europe, selon ses propres termes. Les modèles d'IA utilisés par les entreprises reposent aussi très largement sur des briques open source développées en Chine, « à juste titre parce qu'elle est bonne, mais c'est chinois », a-t-il relevé, s'interrogeant sur la stratégie à long terme de ces fournisseurs.
Face à ce constat, OVHcloud a fait un choix assumé. « OVHcloud est arrivé à la conclusion que c'est trop risqué de ne pas investir dans l'intelligence artificielle », a affirmé le dirigeant. Concrètement, cela se traduit par des acquisitions pour renforcer ses équipes et par la capacité à entraîner des modèles depuis zéro, sur trois axes prioritaires : la cybersécurité, le développement logiciel et l'agentique.
« OVHcloud est arrivé à la conclusion que c'est trop risqué de ne pas investir dans l'intelligence artificielle », Octave Klaba, PDG d'OVHcloud.
Le casse-tête économique des puces graphiques
Le patron roubaisien a toutefois mis en garde sur la rentabilité de ces investissements. Il avait déjà alerté en novembre dernier sur le cycle de dépréciation très rapide des cartes graphiques Nvidia : au bout de 36 mois, les GPU achetés perdent 80 % de leur valeur, selon ses propres chiffres repris par NextINpact et La Tribune. Un investisseur qui mise sur une infrastructure aujourd'hui risque donc de devoir la remplacer avant même d'en avoir amorti le coût.
« Vous avez quasiment perdu 80 % de la valeur », Octave Klaba, PDG d'OVHcloud.
Cette inquiétude rejoint celle qu'il avait exprimée fin septembre auprès de Reuters à propos des futures « gigafactories » européennes de l'IA, ces grandes installations de calcul que le programme EuroHPC veut faire émerger. Selon Octave Klaba, un opérateur de ce type devrait générer entre 300 et 400 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel pour simplement atteindre l'équilibre, alors que l'engagement public prévu pour acheter des services d'IA ne représente que 200 millions d'euros sur cinq ans.
Des chiffres qui ne « collent pas », selon Klaba
Pour le dirigeant d'OVHcloud, ce soutien public reste très insuffisant au regard des besoins. Il estime que le secteur public n'achèterait que 40 millions d'euros de services de calcul par an, alors qu'un opérateur de gigafactory devrait dépenser au moins 600 millions d'euros rien que pour les puces. « Les chiffres ne collent pas », avait-il résumé auprès de Reuters, plaidant pour des consortiums construits à l'échelle européenne plutôt que nationale.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Puces de RAM achetées en Europe | 3 % du volume mondial | NextINpact, 1er octobre 2026 |
| Perte de valeur d'un GPU après 36 mois | 80 % | NextINpact, 1er octobre 2026 |
| Chiffre d'affaires requis pour équilibrer une gigafactory IA | 300 à 400 millions d'euros par an | Reuters, 23 septembre 2026 |
| Engagement public européen pour les gigafactories | 200 millions d'euros sur cinq ans | Reuters, 23 septembre 2026 |
| Croissance d'OVHcloud sur l'exercice 2025 | 9 % | ITforBusiness, novembre 2025 |
Ce discours s'inscrit dans la continuité de la ligne défendue par Octave Klaba depuis son retour aux commandes opérationnelles d'OVHcloud fin 2025. Le groupe, dont la croissance avait déçu avec des perspectives de seulement 5 à 7 % pour 2026, a choisi de se positionner sur l'inférence des modèles d'IA plutôt que sur leur entraînement, un terrain jugé trop coûteux face aux géants américains. L'entreprise a par ailleurs signé fin septembre un contrat de 30 mois avec l'Agence spatiale européenne pour construire le système d'information « Digital EO », destiné à traiter les futures données d'observation de la Terre.
Sources
Sujets
- octave klaba
- ovhcloud
- intelligence artificielle191
- souveraineté numérique7
- gpu
- assemblée nationale3
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