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Écrit par une IA ? Le roman à 35 000 ventes de Orélien en doute

L'écrivain canado-haïtien, lauréat du prix du Roman Fnac, est soupçonné d'avoir fait rédiger son premier roman par une intelligence artificielle. Il dément.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Machine a ecrire ancienne et ordinateur portable cote a cote, pile de manuscrits.

Thélyson Orélien est l'auteur phénomène de cette rentrée littéraire. Son premier roman, "C'était ça ou mourir" (Grasset), s'est déjà vendu à 35 000 exemplaires selon Franceinfo, et figure parmi les prétendants au prix Goncourt, même si certains le soupçonnent d'avoir été écrit par une IA. Depuis trois semaines, l'écrivain canadien d'origine haïtienne enchaîne pourtant les plateaux pour le promouvoir.

Lundi 21 septembre en fin de journée, la polémique a éclaté. Un compte X anonyme, "Balance ton Claude", qui ne comptait à l'origine que 92 abonnés, a affirmé que le livre était rédigé "presque intégralement" par une intelligence artificielle. Son argument repose sur l'analyse de plusieurs extraits par le logiciel Pangram, un outil censé détecter si un texte a été écrit par une IA.

Un logiciel formel, mais pas infaillible

France Inter a testé plusieurs passages du roman avec le même outil, au début, au milieu et à la fin du livre. Dans tous les cas, Pangram s'est montré catégorique : les extraits seraient composés entre 95 % et 100 % par une intelligence artificielle. Le média a toutefois vérifié la fiabilité du détecteur en lui soumettant 40 textes entièrement générés par ChatGPT. Pangram a repéré l'IA dans 39 cas sur 40, ce qui laisse une marge d'erreur réduite mais réelle.

Voilà pourquoi Amélie Nothomb déteste autant l'IA..., Brut

Le collectif à l'origine des accusations s'est dit "inquiet de voir la bouillie IA envahir nos écrans et maintenant nos livres".

Des spécialistes appellent toutefois à la prudence. Le style très particulier de Thélyson Orélien, marqué par la littérature créole, pourrait tromper l'algorithme. "On peut avoir des styles qu'on appelle des styles robotiques, et donc ça peut faire penser à de l'IA. Qu'est-ce qui nous dit que l'auteur n'a pas un style particulier qui fait penser à une IA par des IA ?", interroge François Stéphan, directeur général de l'école d'ingénieurs ECE, cité par Franceinfo.

L'auteur et l'éditeur dénoncent une "campagne de haine"

Face à la polémique, Thélyson Orélien s'est défendu mardi soir. Il évoque des attaques xénophobes plutôt qu'une contestation littéraire sincère.

« J'ai toujours aimé la création et l'écriture. Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine. Depuis mon arrivée récente en France, je subis de nombreuses attaques racistes qui ne viennent pas des lecteurs mais de personnes extérieures qui cherchent à nuire. », Thélyson Orélien, écrivain.

Son éditeur, Grasset, refuse de répondre "face à une campagne de haine", selon les informations de Franceinfo. La présidente du jury du prix du Roman Fnac, Brigitte Giraud, juge le livre "remarquable" et estime que "tant que la preuve n'est pas rigoureusement établie" qu'il aurait été écrit avec l'aide de l'IA, elle n'a "pas de commentaires à apporter".

Dans les librairies, on ne croit pas à une tricherie. Thierry Durnerin, libraire à l'enseigne Au bonheur des livres, estime "qu'il y a quand même une plume derrière et quelqu'un qui a sué sang et eau pour l'écrire".

« Je pense qu'il y a quand même une plume derrière et quelqu'un qui a sué sang et eau pour l'écrire. », Thierry Durnerin, libraire, Au bonheur des livres.

Un secteur déjà secoué par plusieurs affaires

Cette polémique n'est pas isolée. En mars dernier, Hachette avait annulé la sortie d'un roman d'horreur, persuadée qu'il avait été écrit avec l'aide d'une IA, ce que l'autrice américaine mise en cause a toujours nié. Aux États-Unis, l'affaire du roman "Shy Girl" avait déjà provoqué la suspension de sa publication après que des lecteurs avaient repéré des tournures jugées typiques d'un texte généré, selon ZDNet.

Le recours à l'IA dans l'édition s'est banalisé bien au-delà des cas litigieux. Selon Actualitté, la plateforme Insight de l'entreprise Veristage traite désormais chaque mois un volume de texte comparable à plus de 50 000 livres, pour le compte d'une centaine de maisons d'édition dans quinze pays, un usage multiplié par sept depuis février 2026. Amazon, de son côté, impose depuis 2023 aux auteurs de déclarer sur sa plateforme Kindle Direct Publishing si leurs ouvrages ont été générés par une IA.

IndicateurChiffreSource
Ventes du roman de Thélyson Orélien35 000 exemplairesFranceinfo, septembre 2026
Fiabilité du détecteur Pangram sur textes IA connus39 cas sur 40 identifiésFrance Inter, septembre 2026
Volume mensuel de texte traité par IA chez les éditeurséquivalent à 50 000 livresActualitté, juillet 2026
Chiffre d'affaires des éditeurs français en 20242 902 millions d'euros (-1,5 % sur un an)Sénat, rapport PLF 2026

Le Syndicat national de l'édition alerte depuis 2023 sur la prolifération de livres soupçonnés d'être produits par IA, notamment en jeunesse et en développement personnel. En France, la Société des gens de lettres et le Syndicat national des auteurs et des compositeurs ont par ailleurs engagé, le 12 mars 2025, une action judiciaire contre Meta devant le tribunal judiciaire de Paris, reprochant au groupe d'avoir entraîné ses modèles sur des œuvres protégées sans autorisation. La procédure est toujours en cours.

Sources

  1. Franceinfo : Tech
  2. L'intelligence artificielle dans les livres : le débat enflamme l'édition
  3. Thélyson Orélien accusé d'avoir utilisé l'IA pour son premier roman, Grasset dénonce "une campagne de haine"
  4. Shy Girl : le roman écrit avec l'IA qui secoue le monde de l'édition
  5. L'IA avale désormais 50.000 livres par mois chez les éditeurs
  6. Entraînement des IA sur les livres : auteurs et éditeurs réclament contrôle, consentement et rémunération
  7. Projet de loi de finances pour 2026 : Livre et industries culturelles

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