IA : l'emploi des juniors déjà fragilisé, selon une enquête ANDRH
Une enquête de l'ANDRH menée auprès de 220 DRH montre que l'intelligence artificielle pèse déjà sur les recrutements de jeunes diplômés et d'alternants.

L'emploi des juniors recule dans les entreprises françaises, et l'intelligence artificielle y est pour quelque chose. C'est ce que révèle une enquête de l'Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH), menée auprès de 220 DRH dans tous les grands secteurs d'activité et relayée par Franceinfo le 27 septembre 2026.
Un signal envoyé par les DRH eux-mêmes
Selon cette enquête, 10 % des responsables du personnel disent avoir déjà réduit leurs recrutements de juniors et d'alternants spécifiquement à cause de l'IA. Près de 1 % les ont carrément arrêtés. Le mouvement ne s'arrête pas là : 22 % des DRH interrogés réfléchissent, eux aussi, à diminuer ces embauches dans les mois qui viennent.
"Ce n'est pas un raz-de-marée, mais c'est un signal inquiétant", résume Audrey Richard, la présidente de l'ANDRH.
« Ce n'est pas un raz-de-marée, mais c'est un signal inquiétant », Audrey Richard, présidente de l'ANDRH.
Autre donnée issue de l'enquête : 41 % des DRH interrogés n'ont, à ce stade, pas redéfini les parcours des jeunes salariés alors même que certaines de leurs missions disparaissent avec la montée des outils d'IA générative dans l'entreprise.
Le cas de Matia, symptomatique d'une génération
Franceinfo illustre ces chiffres par le parcours de Matia, 25 ans, ingénieur en informatique sorti de son école il y a un an. Il pensait être "sur une voie royale". Le grand groupe où il effectuait son stage de fin d'études a gelé toutes les embauches, et il a ensuite cherché un emploi pendant six mois, sans succès.
Il a fini par décrocher un CDD de six mois dans une start-up, payé au Smic, sans aucune garantie de passage en CDI. Matia impute ses difficultés à l'intelligence artificielle, capable selon lui de réaliser une partie des tâches normalement confiées à un débutant. Il assure ne pas être un cas isolé dans sa promotion.
Le risque d'un vivier scié
Dans les métiers du conseil, la tendance se mesure de façon plus précise. Selon une cartographie réalisée cet été et citée par Axelle Paquer, qui dirige la commission métier du Syntec (le syndicat patronal des sociétés de conseil), près de 20 % des tâches des juniors sont désormais automatisables, et la moitié peuvent être augmentées par des outils d'IA.
Pour Axelle Paquer, se passer d'une génération de juniors serait pourtant une erreur.
"Ce serait une erreur car les entreprises ont besoin d'assurer la relève", estime-t-elle.
« Ce serait une erreur car les entreprises ont besoin d'assurer la relève », Axelle Paquer, directrice de la commission métier du Syntec.
Le raisonnement rejoint celui de plusieurs analyses du secteur RH : en supprimant les postes d'entrée, une entreprise coupe le pipeline qui, dans dix ou quinze ans, doit fournir ses propres profils expérimentés. Un expert ne naît pas expert, il se forme sur des tâches concrètes, celles-là mêmes que l'IA absorbe en premier.
Des chiffres qui posent la question des parcours
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| DRH ayant réduit les recrutements de juniors à cause de l'IA | 10 % | ANDRH, enquête relayée par Franceinfo, sept. 2026 |
| DRH ayant totalement arrêté ces recrutements | près de 1 % | ANDRH, sept. 2026 |
| DRH envisageant de réduire ces recrutements | 22 % | ANDRH, sept. 2026 |
| Tâches des juniors jugées automatisables dans le conseil | près de 20 % | Syntec, cartographie été 2026 |
| DRH n'ayant pas redéfini les parcours des jeunes | 41 % | ANDRH, sept. 2026 |
Pour Axelle Paquer, le nerf de la guerre est justement là : accompagner les jeunes diplômés dans ce basculement plutôt que de simplement réduire la voilure. Le décalage entre les 22 % de DRH qui songent à recruter moins de juniors et les 41 % qui n'ont toujours pas repensé leurs parcours de formation illustre l'ampleur du chantier qui s'ouvre pour les entreprises françaises.
Le cas de Matia, comme celui d'une partie de sa promotion selon lui, montre que la question n'est plus seulement statistique. Elle se traduit, sur le terrain, par des CDD au Smic et des mois de recherche sans réponse pour une génération de diplômés qui pensait, comme lui, être sur une voie toute tracée.
Sources
Sujets
- intelligence artificielle190
- emploi des jeunes
- recrutement3
- ANDRH
- marché du travail4
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