Résistance face à l'IA : Lunii fête ses 10 ans
La conteuse audio française Lunii fête ses dix ans et affiche une nouvelle signature : « Libre de penser et d'imaginer ».

Lunii souffle ses dix bougies. Créée en 2016 par Maëlle Chassard, Eric Le Bot, Igor et Thomas Krinbarg, la conteuse audio interactive Ma Fabrique à Histoires revendique aujourd'hui plus de 3 millions d'exemplaires vendus et un catalogue de plus de 500 livres audio, selon 20 Minutes. Pour cet anniversaire, l'entreprise française change de discours. Elle abandonne son ancien slogan « Réveille ton imaginaire » pour une signature plus offensive : « Libre de penser et d'imaginer ». Et elle l'assume ouvertement, entrer en résistance face à l'IA.
Une entreprise qui veut résister à l'IA
« Oui, on va entrer en résistance pour préserver le développement de nos enfants », affirme Maëlle Chassard, cofondatrice de Lunii âgée de 37 ans, citée par 20 Minutes.
« Oui, on va entrer en résistance pour préserver le développement de nos enfants », Maëlle Chassard, cofondatrice de Lunii.
Elle se souvient des débuts de l'entreprise, lancée en 2014, à une époque où « on assistait à une course aux applications, sans se questionner sur l'usage des écrans sur les enfants ». Dix ans plus tard, le constat s'est déplacé des écrans vers l'intelligence artificielle, qui s'invite désormais directement dans les jouets destinés aux plus jeunes.
Des chiffres qui inquiètent les spécialistes
Amélia Matar, spécialiste en éducation au numérique interrogée par 20 Minutes, pointe un double risque. D'abord relationnel : « On voit que l'IA arrive massivement auprès des petits avec des objets ou des peluches qui en sont dotés. À la clé, le risque d'engendrer des relations beaucoup plus pauvres que celles qu'ils pourraient avoir avec leurs copains, leur famille. » Ensuite cognitif. Selon elle, 49 % des 8-15 ans disent utiliser l'IA pour faire leurs devoirs ou des recherches, un usage qui nourrirait une « illusion des compétences » plutôt qu'un vrai apprentissage. « En faisant moins d'efforts, on a moins d'apprentissages », résume-t-elle.
Les données disponibles vont dans le même sens. Une étude du MIT Media Lab, citée dans un rapport du Conseil de l'intelligence artificielle et du numérique, a mesuré par électro-encéphalogramme que les participants utilisant un modèle de langage pour réviser ne retiennent que 12 % du contenu, contre 89 % selon une autre méthode d'apprentissage. Le même rapport estime que l'IA « réduit l'effort cognitif, précisément l'effort nécessaire à un apprentissage durable », et que son usage excessif est associé à une baisse de la pensée critique autonome.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Conteuses Lunii vendues depuis 2016 | plus de 3 millions | 20 Minutes, octobre 2026 |
| Livres audio téléchargés en 10 ans | plus de 10 millions | 20 Minutes, octobre 2026 |
| Jeunes de 8 à 15 ans utilisant l'IA pour leurs devoirs | 49 % | 20 Minutes, octobre 2026 (Amélia Matar) |
| Rétention de contenu avec un LLM pour réviser | 12 %, contre 89 % | Conseil de l'IA et du numérique, rapport 2026 (étude MIT Media Lab) |
| Baisse aux examens liée à l'usage de l'IA (étude chinoise) | jusqu'à 24 % | Le Figaro, septembre 2026 |
Une ligne éditoriale sans intelligence artificielle
Face à ces constats, Lunii revendique une fabrication entièrement humaine de ses histoires. « Lorsque l'on crée nos histoires avec notre équipe d'édition interne, on se demande ce qu'elles vont apporter aux enfants », explique Maëlle Chassard. L'entreprise met en avant des auteurs jeunesse, des illustrateurs et un travail sur la voix et l'habillage sonore pour garder, dit-elle, « un espace sécurisé qui met l'enfant au centre ». Stéphanie Bourgeois, éditrice jeunesse chez Lunii, précise la méthode de travail avec les auteurs.
« Nous avons avec nos auteurs une vraie démarche de coécriture, de coconstruction, avec de fortes contraintes d'interactivité autour du texte », Stéphanie Bourgeois, éditrice jeunesse chez Lunii.
Sur son site, la marque revendique des histoires « écrites et racontées sans IA pour les 0-14 ans », dans un « univers audio clos et sécurisé, sans écran et sans ondes ». Le catalogue mêle créations originales et licences comme Disney, Harry Potter ou Pat'Patrouille, avec une fabrication rapatriée en France dès 2020 pour la gamme Flam.
Un débat qui dépasse les jouets pour enfants
La question posée par Lunii rejoint des travaux plus larges sur l'IA à l'école. Une étude portant sur près de 27 000 élèves du secondaire chinois, menée par des chercheurs des universités de Stockholm et de Hong Kong sur trente mois de données, entre janvier 2023 et juin 2025, a mesuré l'effet de l'usage massif de l'IA générative, environ 80 % des élèves du panel utilisant des outils comme Doubao ou DeepSeek. Résultat rapporté par Le Figaro : des devoirs mieux notés et bouclés en moitié moins de temps, mais jusqu'à 24 % de points en moins aux examens. Le rapport du Conseil de l'intelligence artificielle et du numérique rejoint ce constat en notant que l'IA éducative, même bien conçue, requiert un pilotage humain constant pour ne pas remplacer l'effort cognitif des élèves plutôt que de le soutenir.
Sources
Sujets
Sur le même sujet
IaComment des logiciels parviennent à humaniser les textes de l'IAUne nouvelle génération d'outils réécrit les textes produits par ChatGPT ou Gemini pour tromper les détecteurs d'IA.
IaMeta AI reconstitue le profil détaillé de deux fillettesUne Américaine de l'Utah a découvert que Meta AI avait reconstitué un profil détaillé de ses deux filles à partir d'années de publications familiales.
SociétéÉtude PISA : la France dégringole en lecture et mathsPubliée le 8 septembre, l'étude PISA 2025 révèle un effondrement du niveau des élèves de 15 ans. Les écrans et les réseaux sociaux sont pointés du doigt.