DeepSeek: pourquoi l'interdiction datée de juillet sort
Le gouvernement américain ordonne le retrait de l'IA chinoise DeepSeek des systèmes des agences civiles fédérales.

Le département américain de la Sécurité intérieure (DHS) a rendu public lundi 19 octobre un avis qui impose le retrait des produits DeepSeek des systèmes informatiques de toutes les agences fédérales civiles. L'interdiction de DeepSeek s'étend aussi aux services développés par des tiers à partir de ses modèles. Les agences ne pourront plus non plus en acheter.
Un ordre signé en juillet, rendu public lundi
L'ordonnance elle-même est antérieure à sa publication. Elle est datée du 24 juillet 2026 et porte la signature du secrétaire à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, selon le site Pollar News. La restriction était donc déjà en vigueur depuis fin juillet avant même que l'avis ne soit rendu public, comme le confirme la BBC.
Le texte doit paraître formellement au Federal Register ce mardi 20 octobre. Il s'appuie sur le Federal Acquisition Supply Chain Security Act de 2018, une loi qui permet à l'administration d'exclure de ses marchés des fournisseurs jugés risqués, après avis du Federal Acquisition Security Council.
Le DHS a autorité sur les services civils, mais pas sur l'armée ni sur le renseignement. Le ministère de la Défense est explicitement exclu de la mesure, comme le précise Le Parisien. Des organismes comme l'Agence de protection de l'environnement ou la Commission fédérale des communications devront en revanche abandonner les outils DeepSeek déjà installés.
Des risques de sécurité et de fuite de données
Le DHS justifie sa décision par plusieurs motifs techniques, détaillés dans une note de service de juillet annexée à l'avis. Le ministère affirme que les modèles DeepSeek présentent « plusieurs vecteurs de menace » et qu'ils « peuvent contenir des logiciels malveillants ou d'autres vulnérabilités de sécurité ».
« pourrait entraîner le transfert de données sensibles vers la République populaire de Chine s'il était utilisé par des employés du gouvernement américain ou des prestataires », Département de la Sécurité intérieure, DHS.
Le DHS rappelle aussi que « plusieurs vulnérabilités critiques » avaient été découvertes en 2025 dans l'application mobile iOS de DeepSeek. L'avis public, lui, ne détaille pas davantage les failles précises à l'origine de la décision.
« pourrait générer des renseignements exploitables concernant des ressortissants américains et/ou des agences gouvernementales », Département de la Sécurité intérieure, DHS.
Malgré ces inquiétudes, Le Parisien note qu'aucun incident de sécurité lié à DeepSeek n'a été rapporté à ce jour. Les agences disposent néanmoins d'une porte de sortie : elles peuvent demander une dérogation en la déposant 60 jours à l'avance et en justifiant d'un besoin impérieux, selon des informations de CyberScoop relayées par Neoteo.
Une pression plus large sur la Chine technologique
Cette interdiction de DeepSeek s'inscrit dans une série de restrictions américaines plus large. La Commission fédérale des communications avait voté en juillet l'interdiction de vendre aux États-Unis des appareils contenant des composants chinois jugés sensibles.
Le sujet dépasse la seule sécurité informatique. Les modèles ouverts et moins coûteux de DeepSeek exercent une pression concurrentielle croissante sur les développeurs américains, rappelle Bloomberg. Anthropic a par exemple déclaré avoir enregistré plus de 12 millions d'échanges liés à une activité de distillation de ses propres modèles attribuée à DeepSeek, sur deux semaines en juillet 2026.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Signature de l'ordonnance du DHS | 24 juillet 2026 | Pollar News |
| Entrée en vigueur de l'interdiction | fin juillet 2026 | BBC |
| Délai pour demander une dérogation | 60 jours | Neoteo (CyberScoop) |
| Échanges liés à la distillation attribuée à DeepSeek | plus de 12 millions en deux semaines | Bloomberg, cité par Qz |
| Vulnérabilités critiques détectées sur l'app iOS | découvertes en 2025 | NextINpact |
Cette bataille technologique se joue aussi sur un autre front: Pékin a de son côté présenté un projet de contrôle à l'exportation visant 23 technologies d'intelligence artificielle chinoises. Washington et Pékin ont par ailleurs mis en place un canal pour gérer les incidents liés à l'intelligence artificielle entre les deux pays.
Des précédents multiples depuis 2025
L'interdiction de lundi n'est pas une première. La Marine américaine avait banni DeepSeek sur ses appareils dès janvier 2025, tout comme le ministère du Commerce. Plusieurs États, dont New York, le Tennessee et la Virginie, avaient pris des mesures comparables sur leurs propres systèmes.
La Chambre des représentants avait aussi pointé du doigt l'entreprise chinoise dans un rapport d'avril 2025, évoquant des liens étroits entre DeepSeek et le pouvoir à Pékin. Le succès du modèle R1 de la société, lancé début 2025, avait alors bousculé les acteurs américains du secteur, comme le rappelle le débat plus large sur la concurrence entre OpenAI et l'open source. Les entreprises qui doivent arbitrer entre ces deux familles de modèles peuvent aussi se référer au comparatif sur les coûts et le contrôle des données en IA.
Sollicité par l'AFP sur cette nouvelle interdiction, le ministère américain de la Défense n'a pas donné suite.
Sources
- NextINpact
- US bans DeepSeek AI from government use as tech tension with China continues
- Le gouvernement américain interdit l'utilisation de l'IA chinoise DeepSeek en interne
- Les États-Unis interdisent aux agences fédérales civiles d'utiliser l'IA DeepSeek, invoquant des risques pour les données
- Le DHS vise DeepSeek dans les agences fédérales civiles
- L'administration Trump ordonne la suppression de DeepSeek de tous les systèmes des agences civiles américaines
- U.S. banning Chinese AI DeepSeek from government agency IT systems
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