EBRA : l'IA remplace les secrétaires de rédaction
Le groupe de presse EBRA veut confier à l'intelligence artificielle la relecture, la correction et la mise en page de ses neuf journaux régionaux.

Le groupe EBRA, propriété du Crédit mutuel, s'apprête à remplacer une grande partie de ses secrétaires de rédaction par des outils d'intelligence artificielle. C'est ce que dénoncent des membres du Syndicat national des journalistes (SNJ) dans une tribune publiée le 14 octobre dans Le Monde.
Les secrétaires de rédaction sont ces journalistes de l'ombre qui relisent les articles, les corrigent, leur donnent un titre et les mettent en page. Selon la tribune, des logiciels d'IA prendront désormais en charge la relecture, la correction, les titres, les résumés et la mise en page automatisée des neuf quotidiens du groupe (Le Républicain lorrain, L'Est républicain, Vosges matin, Le Dauphiné libéré, Le Progrès, Le Bien public, Dernières Nouvelles d'Alsace, L'Alsace, Le Journal de Saône-et-Loire).
Un plan social historique
Présenté le 22 juin sous le nom « EBRA 2030 », le plan prévoit jusqu'à 400 départs volontaires sur environ 3 200 salariés, soit plus de 10 % des effectifs. Une centaine de postes de journalistes est concernée, et un tiers des postes de secrétaires de rédaction doit disparaître, selon les syndicats cités par l'AFP. Le groupe promet en parallèle la création de 68 postes, notamment de journalistes « experts » sur le pouvoir d'achat, le logement ou la santé.
Les syndicats décrivent une organisation du travail minutée : les secrétaires de rédaction n'auraient plus que sept minutes en moyenne pour relire un article avant de l'envoyer à un logiciel qui assurerait la mise en page en quatre minutes. Un journaliste disposerait ensuite de trente secondes à une minute pour valider la page, selon des données syndicales rapportées par Le Monde. La direction d'EBRA ne commente pas ces chiffres, alors que la procédure d'information-consultation doit s'achever en novembre.
« La direction veut gagner en productivité. Et pour cela, les secrétaires de rédaction vont être, du jour au lendemain, dépossédés de leurs missions, qui devront être assurées par l'IA. », Agnès Briançon, syndicaliste SNJ.
Une grève inédite dans les neuf titres
Le 9 octobre, les salariés des neuf journaux du groupe se sont mis en grève, un mouvement qualifié d'« inédit » par Eric Barbier, délégué syndical SNJ de L'Est Républicain, interrogé par l'AFP. Des rassemblements ont eu lieu à Strasbourg devant le siège du Crédit Mutuel et à Besançon, avec des pancartes comme « Info menacée, démocratie en danger » ou « Ebracadabra, demain un journal fait à l'IA ».
« une atteinte directe à la qualité de l'information », Eric Barbier, délégué syndical SNJ, L'Est Républicain.
Jean-Frédéric Tuefferd, représentant SNJ-CGT aux Dernières Nouvelles d'Alsace, a affirmé à l'AFP que « les tests qui nous ont été montrés récemment ne sont pas concluants du tout » et que « la qualité n'est pas là ». Le SNJ de L'Est républicain et de Vosges Matin a de son côté averti, dans un communiqué, des risques pour la crédibilité de la presse régionale.
« Introduire massivement dans nos contenus une information bidouillée par l'intelligence artificielle, repérable en deux coups de cuillère à pot par n'importe qui, c'est donner des arguments à ceux qui contestent le rôle fondamental de la presse traditionnelle », Syndicat national des journalistes, section L'Est républicain et Vosges Matin.
Des comptes qui divisent
EBRA justifie sa réorganisation par l'érosion de ses ventes et de ses revenus publicitaires. Les syndicats, eux, opposent ce plan aux résultats de la maison mère.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Postes supprimés sur l'effectif total | jusqu'à 400 sur environ 3 200 salariés | Le Figaro, octobre 2026 |
| Évolution des ventes au numéro et abonnements | divisées par deux en dix ans | Le Figaro, octobre 2026 |
| Perte opérationnelle d'EBRA en 2025 | plus de 10 millions d'euros | Le Monde, octobre 2026 |
| Bénéfice net de Crédit mutuel Alliance fédérale en 2025 | 4,8 milliards d'euros | Le Monde, octobre 2026 |
| Créations de postes prévues | 68, surtout en rédaction | cbnews, juin 2026 |
Un syndicaliste cité par France 3 relevait dès le mois de juin que les annonces initiales évoquaient jusqu'à 500 suppressions, avant que le chiffre ne soit révisé entre 300 et 400 postes. La maison mère du groupe EBRA s'apprêterait par ailleurs à lancer une nouvelle recapitalisation du groupe, d'un montant pouvant s'approcher des 130 millions d'euros, selon Le Monde.
Le groupe EBRA ne prévoit pas, à ce stade, d'informer ses lecteurs lorsqu'un contenu a été produit ou retravaillé par l'intelligence artificielle, selon la tribune publiée dans Le Monde. La procédure d'information-consultation sur le plan « EBRA 2030 » doit s'achever en novembre.
Sources
- Le Monde : Pixels (tech)
- Dans les journaux du Groupe EBRA, l'IA au cœur d'un appel à la grève
- Le Dauphiné libéré, Le Progrès, Les DNA… Appel à la grève dans les neuf journaux du groupe EBRA
- Une grève "inédite" dans les neuf journaux du groupe Ebra
- EBRA lance son plan « EBRA 2030 » qui prévoit jusqu'à 400 départs volontaires
- "On fait tout ce qu'on nous dit, cela ne suffit jamais" : le groupe de presse Ebra va supprimer 300 à 400 postes au profit de l'IA
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