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Smartphone précoce, 26 % de naissances en moins chez les ados

Deux études américaines établissent un lien entre la diffusion des smartphones depuis 2007 et la baisse de la natalité aux Etats-Unis.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Chambre d'ado avec smartphone sur le lit et berceau miniature vide dans un coin.

Selon une étude de l'université Middlebury, aux Etats-Unis, relayée mardi 13 octobre par franceinfo, la diffusion du smartphone depuis 2007 coïncide avec une baisse de la natalité marquée outre-Atlantique. Les économistes Caitlin Myers et Ezekiel Hooper ont comparé des comtés américains selon leur niveau d'accès précoce au réseau mobile et à l'iPhone.

Leur constat : les comtés où plus de 90 % des habitants disposaient tôt d'un accès au smartphone ont vu leur taux de fécondité chuter bien plus fortement que ceux encore mal couverts. L'écart est particulièrement net chez les adolescentes de 15 à 19 ans. Les auteurs publient leurs travaux via le National Bureau of Economic Research.

Un recul concentré chez les plus jeunes

Entre 2007 et 2011, les naissances chez les 15-19 ans ont reculé de 26 % dans les comtés à forte couverture smartphone, contre 14 % seulement là où l'accès restait limité, selon les chiffres relayés par CNN. Chez les femmes dans la vingtaine, la baisse atteint 15 % contre 10 %. Chez les trentenaires, l'effet s'inverse presque : léger recul là où le smartphone est répandu, légère hausse ailleurs.

Au total, les chercheurs estiment que la diffusion précoce de l'iPhone explique entre un tiers et la moitié du déclin général de la fécondité américaine sur cette période. En 2025, 710 000 bébés de moins sont nés aux Etats-Unis par rapport à 2007, année de lancement du premier iPhone, selon le média catholique EWTN.

Le couple, un "ménage à trois numérique"

Le reportage de France 2 pointe un effet direct sur la vie de couple. Des passants interrogés décrivent des soirées passées côte à côte à faire défiler leur écran plutôt qu'à échanger. Une interlocutrice va plus loin sur l'intimité.

« Le téléphone peut vraiment interférer avec les rapports sexuels parce que ça fatigue les yeux, le cerveau… », Une passante interrogée, témoignage recueilli par France 2.

Une enquête du Wheatley Institute, citée dans le reportage, chiffre le phénomène : 40 % des couples interrogés disent avoir déjà retardé ou annulé un rapport sexuel parce que l'un des deux restait absorbé par son téléphone, et 20 % reconnaissent avoir interrompu un rapport en cours pour consulter leur smartphone. Pour le professeur Amine Benyamina, addictologue et psychiatre, auteur de "Promis, demain j'arrête !", le smartphone entre en compétition directe avec la sexualité sur le plan neurologique.

« Lorsqu'on est régulièrement abreuvé de cette manière, on peut penser qu'on a ce qu'il faut et on ne va pas chercher autrement les choses. Donc la compétition vire finalement à l'avantage plutôt du smartphone avec les contenus versus la relation intime et sexuelle », Amine Benyamina, professeur en addictologie et psychiatrie.

Un phénomène observé dans 128 pays

Une seconde étude, menée sur des données de 128 pays, du Chili à l'Iran en passant par la Turquie et le Costa Rica, montre que le recul de la fécondité adolescente s'accélère systématiquement dès que les smartphones deviennent un phénomène de masse, quel que soit le système de santé ou le niveau économique du pays. Des chercheurs de l'université de Cincinnati ont par ailleurs établi, dans un travail distinct sur la couverture 4G, un lien entre cette expansion du haut débit mobile et un effondrement de la fécondité adolescente.

Caitlin Myers et Ezekiel Hooper insistent sur le mécanisme en jeu : moins d'interactions sociales réelles, et une substitution partielle par la pornographie.

« À mesure de la généralisation des smartphones, le temps passé avec des amis en personne et l'activité sexuelle ont fortement chuté, parallèlement à la hausse de la consommation de pornographie, un substitut possible de la sexualité à deux », Caitlin Myers et Ezekiel Hooper, économistes, université Middlebury.

Des résultats encore discutés

Les auteurs eux-mêmes appellent à la prudence. La fécondité adolescente avait commencé à reculer dès les années 1990, bien avant l'apparition du smartphone, rappellent plusieurs médias ayant repris l'étude. La corrélation statistique ne vaut pas preuve de causalité directe, et les chercheurs ne présentent pas le téléphone comme l'unique responsable du phénomène.

En France, le taux de fécondité a lui aussi reculé ces dernières années, sans que les politiques natalistes fondées sur des incitations économiques, en France comme en Corée du Sud, ne semblent avoir d'effet sur les ressorts sociaux et intimes mis en avant par ces travaux. L'essayiste Oscar Bockel, auteur de "La bombe de la dénatalité", évoque de son côté un rapport aux priorités de vie transformé par les écrans, où l'enfant devient un projet sans cesse repoussé.

IndicateurChiffreSource
Baisse du taux de fécondité américain depuis 2007-22%Le Figaro, juin 2026
Part du déclin de la fécondité des 15-44 ans attribuée à l'iPhone (2007-2011)33 à 52%Le Figaro / EWTN, juin 2026
Naissances en moins aux Etats-Unis en 2025 par rapport à 2007710 000EWTN, juin 2026
Baisse des naissances chez les 15-19 ans dans les comtés à forte couverture smartphone-26% (contre -14% ailleurs)CNN, juin 2026
Couples ayant déjà reporté ou annulé un rapport sexuel à cause du smartphone40%Franceinfo, octobre 2026

Sources

  1. Franceinfo : Tech
  2. "Le téléphone peut vraiment interférer avec les rapports sexuels" : la natalité en baisse à cause de notre smartphone
  3. Le smartphone est lié à la baisse du taux de fécondité, selon deux études
  4. Smartphones and Fertility: Studies Suggest a Link
  5. Smartphones arrived just before the US fertility rate started dropping
  6. Les smartphones sont-ils en train de faire chuter la natalité ?
  7. No sex please, we're scrolling

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