Cyberattaques russes : le FSB visé comme commanditaire
Le Monde a interrogé une chercheuse du CNRS sur les cyberattaques visant la France : les données volées à des cybercriminels isolés profiteraient in fine à la…

Des attaques informatiques répétées contre France Travail, l'éducation nationale ou la direction générale des finances publiques (DGFiP) ont, ces derniers mois, exposé les données personnelles de centaines de milliers d'usagers français. Dans un entretien publié le 16 septembre 2026 par Le Monde, la chercheuse Marie-Gabrielle Bertran, postdoctorante au Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques de l'ENS, explique que ces cyberattaques russes changent d'échelle et brouillent la frontière entre criminalité, espionnage et stratégie de guerre.
Selon elle, les auteurs directs de ces piratages sont souvent de jeunes Français agissant seuls. Le vol de données à la DGFiP a ainsi été revendiqué par un duo se faisant appeler ZeroBytes. L'attaque contre l'Agence nationale des titres sécurisés, qui délivre passeports et cartes grises, a elle été menée par un adolescent de 15 ans surnommé « breach3d ».
Des données qui finissent entre des mains stratégiques
Pour la chercheuse, l'origine criminelle des attaques n'empêche pas les données de circuler ensuite vers des acteurs étatiques. Les fichiers contenant des informations sur des agents publics, des militaires ou des personnels des services de défense présentent un intérêt particulier pour une puissance hostile.
« A ce titre, ces actes de piratage menacent directement notre sécurité nationale. », Marie-Gabrielle Bertran, chercheuse postdoctorante au Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques de l'ENS.
Le piratage du site des impôts, révélé en mai 2026, illustre l'ampleur du phénomène. Après l'annonce de ce vol de données touchant 678 000 contribuables, la DGFiP avait présenté ce chiffre comme inédit pour l'administration.
L'ampleur du phénomène en chiffres
Le nombre de violations de données notifiées en France a fortement progressé sur la dernière année recensée. Les escroqueries liées à l'usurpation d'identité bancaire suivent la même tendance haussière. Cette série d'incidents fait écho aux cyberattaques qui ont récemment fragilisé plusieurs administrations françaises.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Violations de données notifiées (sept. 2024 à sept. 2025) | 8 613, soit +45 % sur un an | Baromètre CNIL / Forum InCyber 2026 |
| Personnes potentiellement exposées par ces violations | de 8 à 12 millions | CNIL, 2026 |
| Usagers concernés par le piratage de la DGFiP | 678 000 | Le Monde, mai 2026 |
| Fraudes liées à l'usurpation de conseiller bancaire | 516 millions d'euros, +34 % sur un an | Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, Banque de France |
| Campagne d'espionnage Turla ciblant des entités françaises | active depuis 2010 | ANSSI, rapport du 13 juillet 2026 |
Ces chiffres confirment, selon Le Monde, que le pays subit un nombre record de vols de données.
Deux modes opératoires déjà attribués à Moscou
Ces révélations s'inscrivent dans une séquence d'attributions officielles. Le 13 juillet 2026, le Centre de coordination des crises cyber (C4), qui réunit l'Anssi, la DGSE, la DGSI, la DGA et le Commandement de la cyberdéfense, a publiquement désigné le 16e Centre du Service fédéral de sécurité russe (FSB) comme responsable d'une campagne d'espionnage baptisée Turla, active depuis 2010 contre des cibles françaises. Cette unité, chargée spécifiquement du ciblage de la France, a notamment visé des comptes de messagerie du ministère des Armées depuis 2017 et le réseau du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères à l'ambassade de France à Moscou en 2018.
En avril 2025 déjà, Paris avait attribué au service de renseignement militaire russe (GRU) une autre série de cyberattaques, menées via le mode opératoire APT28 depuis 2021 contre une dizaine d'entités françaises, dont une organisation liée aux Jeux olympiques de 2024.
« La France condamne avec la plus grande fermeté les cyber-attaques conduites sur son territoire par la Russie contre ses intérêts stratégiques. », Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, gouvernement français.
Les autorités françaises maintiennent la pression
Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères a inscrit ces attributions dans une démarche coordonnée avec l'Union européenne visant à dénoncer et sanctionner l'écosystème offensif russe. La chercheuse Marie-Gabrielle Bertran doit par ailleurs intervenir le 25 septembre à Paris, lors de La Nuit des données, un festival organisé par l'ENS consacré à ces enjeux.
Aucune nouvelle sanction n'a pour l'instant été annoncée à la suite de la publication du rapport de l'Anssi sur la campagne Turla. Les autorités françaises indiquent poursuivre leurs travaux d'attribution, dans un contexte où les vols de données touchant les administrations restent, selon la CNIL, à un niveau record.
Sources
- Le Monde : Pixels (tech)
- Données personnelles, la grande fuite
- Actualité cybersécurité 2026 : NIS2, CRA, ANSSI
- Attribution à la Russie d'activités cyber malveillantes à des fins d'espionnage en France
- Russie – Attribution de cyberattaques contre la France au service de renseignement militaire russe (APT28)
- Ciblage et compromission d'entités françaises par le Centre du service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB)
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