Flock Safety et son million de crimes résolus contesté
La société américaine de vidéosurveillance Flock Safety affirme avoir aidé à résoudre un million de crimes en 2025.

L'entreprise américaine Flock Safety, qui exploite un réseau de caméras de lecture de plaques d'immatriculation utilisé par des milliers de services de police, répète depuis plusieurs mois le même chiffre : son million de crimes résolus en 2025. Son PDG Garrett Langley l'a répété dans un podcast, dans la presse spécialisée et dans un billet de blog annonçant de nouvelles règles de confidentialité. Une enquête publiée le 30 septembre 2026 par CBS News montre que ce chiffre repose sur des données que l'entreprise elle-même qualifie d'estimations provisoires.
« L'an dernier, nous avons aidé à élucider un peu plus d'un million de crimes aux Etats-Unis », Garrett Langley, PDG de Flock Safety.
Un bilan qui ne résiste pas à l'examen
Selon CBS News, le chiffre d'un million provient d'un "Impact Census" mené par Flock auprès de 700 agences de police clientes. Mais l'entreprise a elle-même précisé que cette estimation mélange des cas réellement résolus, des pistes d'enquête, des assistances entre juridictions et de simples déploiements de drones. Josh Lewbel, porte-parole de Flock, a reconnu que le terme le plus exact ne serait pas "crimes résolus" mais "enquêtes et incidents soutenus".
« La description la plus précise de notre estimation nationale pour 2025, c'est que la technologie Flock a appuyé environ un million d'enquêtes et d'incidents », Josh Lewbel, porte-parole de Flock Safety.
D'autres documents commerciaux de l'entreprise se contredisent entre eux. Un "fact sheet" de 2026 annonçait 2 000 crimes résolus par jour sur une page, et 2 800 par semaine (soit environ 400 par jour) sur une autre. La foire aux questions du site évoquait de son côté 1 000 crimes par jour, puis 2 200 par semaine (environ 314 par jour). Interrogé, Lewbel a expliqué que ces chiffres venaient de "documents publiés à des moments différents, reflétant des périodes et des méthodologies différentes".
Une méthodologie que l'entreprise qualifie elle-même de provisoire
Les notes de bas de page du rapport de mai 2026 précisent que ces chiffres sont des "estimations directionnelles plutôt que des totaux audités", et que la méthode employée "n'est pas un produit fini". Flock revendique par ailleurs avoir contribué à élucider 20 % des affaires résolues dans les juridictions clientes. Ce pourcentage a notamment servi d'argument commercial : le service de police de Costa Mesa, en Californie, s'en est servi pour recommander au conseil municipal de reconduire son contrat annuel de 151 800 dollars avec Flock.
Garrett Langley a lui-même reconnu l'absence de validation scientifique de ces données.
« Non, il n'existe aucune étude validée par des pairs, et nous ne prétendons pas que ce soit le cas », Garrett Langley, PDG de Flock Safety.
Une opposition qui grandit dans les villes américaines
Ces controverses statistiques s'ajoutent à une contestation plus large du système Flock, documentée fin août par Le Monde. Le réseau compte aujourd'hui 120 000 caméras aux Etats-Unis, capables de scanner 20 milliards de plaques par mois et de reconstituer les trajets d'un véhicule d'une ville à l'autre. Depuis mai 2026, une soixantaine de villes ont rompu leur contrat avec l'entreprise, parmi lesquelles Saint-Louis dans le Missouri, Dayton dans l'Ohio et Los Angeles. Le fabricant de sonnettes connectées Ring avait déjà mis fin à son partenariat avec Flock en février, après la polémique autour d'une publicité diffusée pendant le Super Bowl.
Un mouvement citoyen baptisé DeFlock America, qui revendique un groupe Facebook de près de 800 000 membres, cartographie les caméras et organise la mobilisation locale. A Pasadena, une centaine de personnes ont manifesté le 19 août pour réclamer la rupture du contrat de 630 000 dollars signé par la police en 2023. Face à la pression, Garrett Langley a annoncé début août une réduction de la durée de conservation des données, de trente à sept jours.
Une entreprise en pleine expansion financière
Malgré la polémique, Flock Safety poursuit sa croissance commerciale. La société a atteint 500 millions de dollars de revenu annuel récurrent en mars 2026, et sa valorisation est passée de 7,5 milliards de dollars en septembre 2025 à 8,4 milliards en avril 2026, selon le cabinet Sacra. Elle revendique des contrats avec plus de 5 000 agences de police et dit équiper près de 40 % des services de police du pays.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Crimes "résolus" revendiqués par Flock en 2025 | plus d'1 million | Flock Safety, mai 2026 |
| Part des cas résolus grâce à Flock dans les villes clientes | 20 % | Flock Safety, Impact Census 2025 |
| Caméras Flock déployées aux Etats-Unis | 120 000 | Le Monde, août 2026 |
| Villes ayant rompu leur contrat depuis mai 2026 | une soixantaine | Le Monde, août 2026 |
| Valorisation de Flock Safety | 7,5 à 8,4 milliards de dollars | Sacra, septembre 2026 / Axios, avril 2026 |
| Revenu annuel récurrent (ARR) | 500 millions de dollars | Sacra, septembre 2026 |
L'entreprise, fondée en Géorgie, a également racheté la société de drones Aerodome pour environ 300 millions de dollars en 2024, et a levé plus d'un milliard de dollars depuis sa création auprès d'investisseurs comme Andreessen Horowitz, Matrix Partners et Greenoaks Capital.
Sources
- NextINpact
- Flock's CEO claims its tech "solved" 1 million crimes last year. The company's own methodology undercuts that claim
- How Effective Is Flock? 2025 Impact Census Results
- Aux Etats-Unis, une opposition grandissante à Flock, un réseau de 120 000 caméras qui identifient les voitures
- Flock Safety revenue, valuation & funding
- Scoop: Flock Safety eyes new fundraising round
Sujets
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- libertés civiles
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