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Sleepmaxxing : le score de sommeil des montres inquiète

Montres, bagues et bracelets connectés promettent de mesurer et d'améliorer le sommeil.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Montre et bague connectées sur une table de chevet, cadran de score de sommeil allumé.

Sparadrap sur la bouche, magnésium avant le coucher, machine à bruit blanc dans la chambre : ces astuces forment ce que les adeptes du bien-être appellent le sleepmaxxing. L'objectif affiché est simple, optimiser chaque nuit de sommeil grâce à des gadgets et des routines strictes. Mais selon BFMTV, multiplier ces pratiques ne garantit ni un endormissement plus rapide ni des nuits plus longues.

Au cœur du phénomène, le score de sommeil que délivrent la plupart des montres, bracelets et bagues connectés au réveil. Un chiffre entre 0 et 100 censé résumer la qualité de la nuit. Poussée à l'extrême, cette quête peut déboucher sur l'orthosomnie, l'obsession clinique du sommeil parfait qui finit par produire l'effet inverse.

Un chiffre "sans fondement scientifique"

Alanna Hare, consultante en médecine du sommeil à l'hôpital Royal Brompton de Londres, a démonté ce concept auprès de la BBC.

« Il n'y a rien de reconnu en sciences du sommeil qui corresponde à un 'score de sommeil'. C'est une invention des fabricants », Alanna Hare, consultante en médecine du sommeil, hôpital Royal Brompton de Londres.

Pour évaluer réellement les phases de sommeil, il faudrait des électrodes sur le cuir chevelu et des capteurs sur les yeux, comme lors d'une polysomnographie en laboratoire. Aucun objet connecté grand public n'en est équipé.

BFMTV a testé une Galaxy Watch Ultra 2, qui a un jour affiché un score de 38 et une durée de sommeil inférieure à 5 heures, alors que la nuit avait été bien plus longue. D'autres appareils portés simultanément indiquaient, eux, une durée proche de 8 heures, une estimation jugée plus conforme à la réalité par le média.

Des utilisateurs pris au piège du chiffre

Certains porteurs finissent par calquer leur ressenti sur le score plutôt que sur leurs propres sensations. Alexandre, propriétaire d'une Galaxy Watch S6, l'a raconté à BFM Tech dès 2024.

« J'avais un score de sommeil tous les jours et je me disais que j'avais mal dormi en fonction de ce score, et pas de mon ressenti personnel. Ça influençait le reste de ma journée », Alexandre, propriétaire d'une Galaxy Watch S6.

Il ajoutait pourtant avoir remarqué des incohérences, la montre affichant parfois un score très mauvais alors qu'il se sentait parfaitement reposé.

Même expérience pour Jess Hill, professionnelle en ressources humaines équipée d'une montre Garmin depuis trois ans.

« J'ai commencé à me fier à ma montre comme à une bible pour savoir si j'avais bien dormi ou non », Jess Hill, professionnelle en ressources humaines.

Elle a fini par s'en détacher cette année seulement, après que l'appareil lui a signalé une "super" bonne nuit alors qu'elle n'avait pas fermé l'œil entre 1 heure et 5 heures du matin, selon la BBC.

Une plainte vise le fabricant Oura

Une action en justice déposée en août à San Francisco contre le fabricant de bagues connectées Oura, relayée par TechCrunch, accuse l'entreprise de s'appuyer sur des estimations générées par IA pour le sommeil, avec "autant de chances d'être correctes qu'un pile ou face". La plainte reproche à Oura d'avoir commercialisé des bagues onéreuses en vantant un suivi comparable à celui d'un laboratoire spécialisé, ce que l'objet ne peut techniquement pas offrir.

Une étude menée par l'université d'Oxford en 2018 avait déjà montré l'impact psychologique de ces scores. Des participants recevaient un chiffre totalement fictif sur leur nuit : ceux qu'on informait avoir mal dormi se déclaraient ensuite plus fatigués et moins alertes mentalement, sans qu'aucun lien réel n'existe avec leur sommeil effectif.

IndicateurChiffreSource
Adultes américains utilisant un tracker connecté en 202441 %The Star (Malaisie), sept. 2026
Adultes américains équipés, estimation antérieureenviron 10 %The Star (Malaisie), sept. 2026
Part de la population souffrant possiblement d'orthosomnieenviron 2 %The Star (Malaisie), sept. 2026
Score affiché par une Galaxy Watch Ultra 2 pour une nuit de moins de 5h38BFMTV, sept. 2026

Ce qui fonctionne réellement

Face à cette anxiété liée aux chiffres, les spécialistes du sommeil renvoient à des gestes simples, sans électronique. Alanna Hare recommande de garder la chambre fraîche, sombre et silencieuse sans excès, de s'exposer à la lumière du jour dès le matin pour caler l'horloge biologique, de pratiquer une activité physique légère et de privilégier une alimentation de type méditerranéen.

Neil Stanley, auteur de l'ouvrage "Comment bien dormir", pointe le mécanisme qui alimente l'orthosomnie : dès qu'un chiffre existe, il devient un objectif à atteindre, et l'inquiétude autour de ce chiffre finit par nuire au sommeil qu'il était censé mesurer. Pour les cliniciens interrogés par la BBC, certains patients arrivent désormais en consultation convaincus, à tort, de souffrir d'un trouble du sommeil, uniquement sur la foi des données de leur montre.

Sources

  1. BFMTV : Tech
  2. Why 'sleepmaxxing' could be making your sleep worse
  3. Want a good night's sleep? Stop worrying about sleepmaxxing - and ditch the fitness trackers
  4. 'Sleepmaxxing' obsession may be ruining your sleep, experts warn

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