Vila-Matas imagine des robots écrivains face à l'IA
Dans « Un canon de chambre noire », Enrique Vila-Matas met en scène des androïdes écrivains à Barcelone.

Le romancier espagnol Enrique Vila-Matas publie « Un canon de chambre noire » (Actes Sud, 180 pages, 21,80 euros), traduit de l'espagnol par Claude Bleton. Le Monde, dans un article publié le 8 octobre 2026, y voit un texte qui tombe à pic : il met en scène des robots écrivains à Barcelone au moment même où l'avenir de la littérature face aux intelligences artificielles inquiète le milieu éditorial.
Des robots écrivains dans un quartier de Barcelone
Le roman installe des androïdes « aux souvenirs implantés » dans un quartier artistique et lettré de la capitale catalane, selon Le Monde. Ces personnages, censés y rester quatre ans, voient leur séjour prolongé de façon indéterminée après une « méga panne ». Ils se reconnaissent entre eux mais restent indétectables pour les humains qui les entourent, et partagent deux capacités : se reproduire et écrire.
Le narrateur, Vidal, découvre lors d'une fête qu'il pourrait être l'un de ces robots. Violet, l'épouse de l'écrivain fictif Antonio Altobelli, « un des rares romanciers courageux qu'a connus Barcelone », l'identifie comme tel. Vidal finit par admettre être « squatté », sans savoir si ce qui l'habite relève de la part humaine acquise ou de la part artificielle héritée, rapporte Le Monde.
Un canon secret de 71 livres
Formé par Altobelli, qui lui a légué sa bibliothèque à sa mort, Vidal est devenu écrivain, mais un écrivain qui écrit peu, un trait récurrent chez Vila-Matas depuis « Bartleby et compagnie » jusqu'à « Montevideo ». Son maître lui a confié une tâche précise : constituer un canon secret et « intempestif » à partir de 71 livres, dont il prélève chaque matin un fragment.
Cette bibliothèque choisie doit rester dans une pièce mal éclairée, « parce que sans les ombres, les livres qui nous plaisent tant ne seraient rien », selon les mots rapportés par Le Monde. Derrière chaque écrivain consacré, le roman suggère que se cache l'écrivain véritable qu'il a supplanté, en imposteur.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Livres du canon secret constitué par Vidal | 71 | Le Monde, 8 octobre 2026 |
| Pages du roman | 180 p. | Le Monde, 8 octobre 2026 |
| Prix du livre (version imprimée) | 21,80 € | Le Monde, 8 octobre 2026 |
| Durée de séjour prévue des androïdes à Barcelone | 4 ans | Le Monde, 8 octobre 2026 |
Vingt ans de citations inventées
Ce jeu sur la citation n'est pas nouveau dans l'œuvre de Vila-Matas. Dès « Abrégé d'histoire de la littérature portative », il mêlait sources réelles et fausses attributions. Interrogé par Le Monde en 2024, l'écrivain décrivait ce procédé.
« J'ai commencé avec Abrégé d'histoire de la littérature portative, où j'inventais des citations d'auteurs qui n'étaient pas à eux, mais que j'avais prises ailleurs, ce qui a d'ailleurs rendu le travail de traduction en français très difficile. », Enrique Vila-Matas, écrivain.
Dans « Perdre des théories », publié en 2010, il revendiquait déjà cette méthode comme principe d'écriture.
« citations littéraires totalement inventées, s'entremêlant aux vraies. Ce qui complique le procédé, mais lui apporte aussi une incontestable allégresse. », Enrique Vila-Matas, écrivain.
Des chercheurs en littérature, dont les travaux publiés par OpenEdition, ont relevé que Vila-Matas « n'hésite pas, à l'occasion, à attribuer de fausses citations à des écrivains connus », brouillant volontairement la frontière entre fiction et érudition réelle.
Face au « grand pillage » des machines
Le titre même de l'article du Monde pose la question frontalement : qu'est-ce qui distingue les citations inventées d'un romancier, assumées comme un jeu littéraire, du « grand pillage par les machines » que pratiquent les modèles d'intelligence artificielle générative ? Ces derniers s'entraînent sur des millions de textes, parfois protégés par le droit d'auteur, sans toujours en créditer la source ni distinguer l'original de la reformulation.
La différence tiendrait, selon la lecture que propose Le Monde du roman, à l'intention et à la transparence du geste : Vila-Matas revendique l'invention comme matière littéraire, quand les systèmes d'IA restituent du texte sans en assumer la provenance. Le débat sur l'usage des œuvres protégées pour entraîner des modèles d'IA reste, de fait, l'un des points de friction les plus vifs entre éditeurs, auteurs et entreprises technologiques.
Sources
Sujets
- enrique vila-matas
- intelligence artificielle187
- littérature10
- citations inventées
- actes sud
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