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100 000 abonnés, 50 000 euros : la désinformation sur l'IVG

À l'occasion de la Journée internationale pour le droit à l'avortement, Franceinfo pointe la persistance de contenus dissuasifs sur Facebook, Instagram.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Un téléphone affichant des publications aux vignettes vierges et des icônes de partage.

L'accès à l'IVG se dégrade en France, selon un baromètre du Planning familial dévoilé ce mois de septembre 2026. Sur les réseaux sociaux, la désinformation sur l'IVG reste massivement présente, malgré cinq ans d'alertes répétées d'associations et de chercheurs.

Sur Facebook, taper le mot IVG fait apparaître en premier un groupe intitulé "IVG : vous hésitez, venez en parler". La page se présente comme un lieu d'écoute et de conseils. En réalité, elle compile des témoignages de femmes qui se disent "brisées ou détruites" par leur avortement, et propose un numéro vert identique à celui d'ivg.net, un site fondé en 2008 et longtemps bien référencé.

Une page suivie par plus de 100 000 personnes

Cette page Facebook rassemble plus de 100 000 abonnés. Sa visibilité repose sur un investissement publicitaire conséquent : plus de 50 000 euros de frais publicitaires ont été dépensés en cinq ans, pour des centaines d'annonces, selon les données publiques du rapport publicitaire de Meta consultées par Franceinfo.

Ce mécanisme n'est pas nouveau. Un rapport publié en janvier 2024 par l'Institute for Strategic Dialogue (ISD) et la Fondation des femmes, intitulé "Quand les réseaux sociaux menacent le droit à l'IVG", avait déjà chiffré l'ampleur du phénomène sur la période allant de mai 2022 à juin 2023.

IndicateurChiffreSource
Publicités anti-IVG sur Facebook (mai 2022-juin 2023)199 annonces, 43 750 € générés pour MetaFondation des femmes/ISD, janvier 2024
Impressions générées par ces publicités9,4 millionsFondation des femmes/ISD, janvier 2024
Contenus dissuasifs touchant les 13-17 ans sur FacebookPrès de 40 % des publicationsFondation des femmes/ISD, janvier 2024
Vidéos sur l'IVG jugées trompeuses ou dissuasives1 vidéo sur 5Franceinfo, septembre 2026, citant l'ISD
Financement des mouvements "anti-genre" en France (2019-2023)141 millions d'eurosL'Express, citant le Forum européen pour les droits sexuels et reproductifs

« On voit qu'il y a eu un déplacement très fort des anti-IVG, qui investissent désormais les réseaux sociaux de manière massive », Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.

Les algorithmes accélèrent la circulation des contenus

L'ISD a créé de faux profils de jeunes utilisatrices cherchant à s'informer sur l'avortement, pour observer le comportement des algorithmes de recommandation. En quelques jours, un cinquième des vidéos "reels" proposées sur Instagram contenait des informations trompeuses, des contenus promouvant un mode de vie "tradwife" ou de fausses informations sur la pilule contraceptive.

Sur YouTube, X et Instagram, la même dynamique se répète : les fonctionnalités de recommandation favorisent la circulation de ces contenus, y compris auprès des mineurs. Seul YouTube dispose de règles explicites interdisant les contenus qui contredisent les recommandations sanitaires officielles, mais leur application reste défaillante selon les deux organisations à l'origine du rapport.

« Une grande partie de ce contenu semble destinée à décourager les utilisateurs de recourir à l'avortement et à semer le doute sur la sécurité des traitements médicaux utilisés lors d'un avortement », l'Institute for Strategic Dialogue.

Parmi les diffuseurs identifiés par la cartographie de l'ISD figurent des comptes liés à des personnalités ou partis d'extrême droite, comme Eric Zemmour, des mouvances royalistes et catholiques, ainsi que des associations comme la Marche pour la vie, créée il y a vingt ans et qui réclame l'abrogation de l'IVG.

Une loi de 2017 dépassée par les réseaux sociaux

Une loi entrée en vigueur en 2017 a étendu le délit d'entrave à l'IVG par voie numérique, avec deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende à la clé. Ce texte visait initialement les sites internet comme ivg.net ou sosbebe.org, qui ont depuis vu leur trafic reculer au profit des réseaux sociaux.

Or ce cadre juridique n'a pas suivi le déplacement de la désinformation vers Facebook, Instagram, YouTube et X, qui échappent largement à son périmètre initial. Les pages anti-IVG contournent le délit d'entrave en misant sur des témoignages personnels diffusés via des publicités sponsorisées, une forme éditoriale difficile à qualifier juridiquement.

« La désinformation sur les réseaux sociaux continue. Ils créent des sites internet de manière régulière. On a toujours du mal à faire remonter les sites du gouvernement et du Planning familial en tête des résultats de recherche », Sarah Durocher, Planning familial.

Sarah Durocher, du Planning familial, constate que les sites gouvernementaux et associatifs peinent encore à remonter dans les résultats de recherche face à ces contenus. La Fondation des femmes et l'ISD appellent les plateformes à renforcer leur modération sur ce sujet spécifique, alors que le rapport souligne que TikTok reste, à ce jour, un angle mort des études menées sur la désinformation liée à l'avortement.

Sources

  1. Franceinfo : Tech
  2. L’offensive des anti-IVG sur les réseaux sociaux
  3. IVG et désinformation : quand les réseaux sociaux incitent à ne pas avorter
  4. IVG en danger : la menace des réseaux sociaux
  5. ENQUÊTE. « Peu nombreux mais très organisés » : qui sont les militants anti-IVG en France ?
  6. 50 ans après la loi Veil, l'IVG face à la désinformation en ligne
  7. La désinformation sur l'avortement progresse sur les réseaux sociaux, selon un rapport
  8. IVG : les dangers de la désinformation sur les réseaux sociaux
  9. la croisade des réseaux d'extrême droite contre la pilule

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