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Lycéens en colère : la culture Internet envahit les cortèges

Depuis fin septembre, les lycéens mobilisés glissent mèmes et références TikTok dans leurs pancartes, massivement relayées sur les réseaux sociaux.

Par la rédaction de Actu Allo3603 min de lecture
Pancartes de manifestation ornées de dessins colorés, sacs à dos posés au sol.

Sur les pancartes des cortèges lycéens, les slogans ressemblent de plus en plus à des captures d'écran de TikTok. Depuis le début du mouvement, fin septembre 2026, la culture Internet s'est imposée comme le langage commun d'une génération mobilisée contre le manque de moyens dans les lycées, rapporte Franceinfo le 17 octobre.

Les mèmes, ces images ou phrases détournées et reprises en boucle, se glissent dans chaque slogan. Une fois photographiée et publiée en ligne, une pancarte peut circuler bien au-delà du cortège où elle a été brandie.

Des mèmes qui remplacent les slogans classiques

Une pancarte reprend la phrase "Lady in blue, move", tirée d'une vidéo où des photographes demandent à une femme habillée en bleu de dégager le cadre pour photographier la rappeuse Cardi B. Le parallèle avec les CRS qui bloquent les rues est immédiat pour qui connaît la référence.

Autre exemple relevé par Franceinfo : "Macron, pas du tout bebew". L'expression vient d'une tendance TikTok lancée par Greg Yega, candidat de téléréalité surnommé "bebew", révélé en 2019 dans Les Marseillais Asian Tour sur W9. Dans ce code, "pas du tout bebew" signifie "je ne t'aime pas", précise Madame Figaro le 17 octobre.

D'autres cortèges affichent "Génération 6/7 refait Mai 68", clin d'œil au mème viral "six-seven" popularisé en 2025 à partir du morceau Doot Doot (67) du rappeur américain Skrilla, sorti en 2024. Une autre pancarte, "dure est la matraque", dénonce les violences policières en détournant la chanson "Pas jalouse" de Bamby et Kershak.

Une mobilisation chiffrée depuis fin septembre

Le mouvement, parti d'Ile-de-France en septembre pour protester contre la surcharge des classes et le manque de professeurs, s'est étendu à tout le pays. Les manifestants réclament notamment un plan de 10 milliards d'euros pour les lycées et la suppression de Parcoursup, selon les cortèges observés le 13 octobre à Nantes, Marseille et Strasbourg.

IndicateurChiffreSource
Participants aux cortèges du 13 octobreentre 161 500 et 480 000 personnesFranceinfo, 14 octobre 2026
Participants attendus le 17 octobreentre 60 000 et 110 000 personnesnote des renseignements citée par Franceinfo
Interpellations entre le 28 septembre et le 5 octobreplus de 6 000Franceinfo, citant le ministère de l'Intérieur
Gardes à vue, majoritairement des mineursplus de 5 000 personnesFranceinfo, citant le ministère de l'Intérieur
Blessés parmi les jeunes215Franceinfo
Blessés dans les forces de l'ordreplus de 700Franceinfo

Au-delà des chiffres de la mobilisation, c'est l'ampleur de la diffusion des slogans en ligne qui frappe : les mêmes images circulent d'un cortège à l'autre, créant un vocabulaire partagé entre des jeunes qui ne se connaissent pas mais défendent les mêmes revendications.

Un langage qui dépasse les frontières

Cette appropriation de la pop culture par de jeunes manifestants ne s'arrête pas à la France. En Indonésie, en 2025, des manifestants ont brandi le drapeau pirate du manga One Piece, devenu symbole de contestation. Des références comparables ont circulé au Népal pendant les mobilisations de la jeunesse. En Italie, de jeunes militants annoncent vouloir reproduire la mobilisation française pour leur propre mouvement du 17 octobre, selon des vidéos qui circulent sur TikTok.

Cette capacité à faire circuler un mot d'ordre à grande échelle s'appuie sur un accès généralisé au réseau, un phénomène que l'on retrouve ailleurs dans des contextes très différents, comme des milliers de villages isolés connectés avant un scrutin en Amazonie brésilienne.

Cette créativité numérique s'inscrit aussi dans un attrait plus large pour l'histoire d'Internet, entre simulation d'une connexion par modem de 1996 et rachat aux enchères du nom de domaine Lycos.fr pour 35 300 euros en septembre.

Les lycéens ne sont, selon les manifestants interrogés par Franceinfo, pas près de lâcher les mèmes pour des slogans plus classiques. L'humour, disent-ils, ne rend pas le message moins sérieux.

Sources

  1. Franceinfo : Tech
  2. "Macron, pas du tout bebew" : quand la culture Internet s'invite dans les manifestations lycéennes
  3. Suivez les dernières informations concernant les lycées bloqués et les manifestations de lycéens en France
  4. Mobilisation du 17 octobre, la convergence des colères aura-t-elle lieu samedi ?
  5. Le mouvement des lycéens va-t-il continuer à la rentrée ?
  6. Mobilisation des lycéens : des manifestations organisées dans plusieurs villes de France
  7. «Génération 6/7 refait Mai 68», «Macron pas bebew»… Les slogans, nouveau terrain de jeu linguistique des lycéens

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