ASML : zéro vente en Europe pour le géant des puces
ASML n'a vendu aucune machine de lithographie en Europe au deuxième trimestre 2026.

Frank Heemskerk, vice-président exécutif d'ASML chargé des affaires publiques mondiales, a fait une déclaration remarquée lundi soir à Amsterdam. Le groupe néerlandais, leader mondial des machines de lithographie utilisées pour graver les puces les plus avancées, n'a réalisé aucune vente en Europe au deuxième trimestre 2026.
« Nous ne vendons rien du tout en Europe. C'est parce que l'Europe n'investit pas et qu'aucune usine de puces n'y est construite », Frank Heemskerk, vice-président exécutif d'ASML chargé des affaires publiques.
Cette prise de parole intervient alors que l'Union européenne travaille sur une révision de sa législation sur les semi-conducteurs, le Chips Act 2.0. Elle tombe aussi en pleine négociation, le dossier figurant à l'ordre du jour du Conseil Compétitivité du 24 septembre.
ASML said it isn’t selling chipmaking machines in Europe, warning the region risks falling behind the US, China and India in semiconductors https://t.co/s29VNAcvVq
Bloomberg sur X
Un constat confirmé par les comptes
La déclaration de Frank Heemskerk n'est pas une figure de style. Selon un document publié par ASML mi-juillet avec ses résultats trimestriels, sur environ 18 milliards d'euros de ventes réalisées au premier semestre 2026, seuls 407 millions provenaient de la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique, soit 2,24 % du total, services de maintenance compris. Une fois isolées les seules ventes nettes de nouveaux systèmes de lithographie, la part de l'Europe tombe carrément à zéro au deuxième trimestre.
À titre de comparaison, la Corée du Sud a représenté à elle seule 43 % des ventes de systèmes sur la période, suivie de Taïwan. En 2025, la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique ne pesait déjà que 1 % des ventes nettes de systèmes du groupe. Sur l'ensemble de l'année 2025, ASML avait enregistré 32,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 15,6 %, portée notamment par les investissements liés à l'intelligence artificielle.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Part de l'Europe dans les ventes nettes de systèmes ASML au T2 2026 | 0 % | Bloomberg, 22 septembre 2026 |
| Part de la zone EMEA dans les ventes de systèmes en 2025 | 1 % | Les Echos, 22 septembre 2026 |
| Part de la Corée du Sud dans les ventes de systèmes au T2 2026 | 43 % | Les Echos, 22 septembre 2026 |
| Chiffre d'affaires ASML en 2025 | 32,7 milliards d'euros (+15,6 %) | swissinfo/EFE, 23 septembre 2026 |
| Part de marché mondiale des puces détenue par l'Europe | 7 % | Cour des comptes française, avril 2026, citée par NextINpact |
Le Chips Act 2.0 sur la table
Ce zéro pointé illustre un problème plus ancien. Un rapport de la Cour des comptes française publié en avril 2026 relevait que l'Europe ne réalisait que 7 % des ventes mondiales de puces toutes catégories confondues, et qu'elle ne disposait d'aucune capacité de production pour les semi-conducteurs les plus fins, sous les 22 nanomètres. L'objectif fixé par le premier Chips Act, atteindre 20 % de parts de marché mondial d'ici 2030, a été officiellement abandonné. Emmanuel Macron l'avait reconnu dès mai.
« L'objectif que l'on s'était fixé ne sera pas atteint. Nous sommes encore en retard sur ce plan de début de reconquête de souveraineté », Emmanuel Macron, président de la République française.
Un texte de Chips Act 2.0 a été présenté en juin dernier, avec un accent déplacé vers la demande plutôt que les seules subventions, et des procédures d'autorisation limitées à douze mois. Il existe pourtant des projets d'usines en cours en Europe, comme le site ESMC à Dresde, associant TSMC, Bosch, Infineon et NXP, dont la production en volume est prévue pour fin 2027. Mais ces sites visent des gravures moins fines, entre 28/22 nm et 16/12 nm, loin des 2 nm que produit déjà TSMC pour les dernières puces d'Apple.
Des pistes plutôt que des subventions
Frank Heemskerk a écarté l'idée que l'argent public suffirait à relancer l'industrie européenne, jugeant que les subventions n'entraînent pas automatiquement d'effet de levier. Il prône plutôt des regroupements de besoins en cloud et en centres de données entre entreprises et gouvernements, capables de générer une demande suffisamment forte pour justifier de nouvelles usines de pointe. Il défend aussi des règles stables dans le temps.
« Plus c'est ennuyeux, mieux c'est », Frank Heemskerk, vice-président exécutif d'ASML chargé des affaires publiques.
D'autres projets industriels ont entre-temps disparu du paysage européen, comme les usines qu'Intel envisageait en Allemagne avant d'y renoncer. ASML avait pourtant fourni des machines à Intel pour sa Fab 34 en Irlande, ouverte en 2023, preuve que le continent n'est pas totalement dépourvu de clients pour ses équipements les plus avancés.
Sources
- NextINpact
- ASML Executive Says Europe's Biggest Firm Has No Sales in Europe
- « Nous ne vendons rien du tout en Europe » : l'aveu troublant d'ASML, fleuron européen des semi-conducteurs
- ASML alerta del retraso europeo en chips tras no vender ninguna máquina en Europa
- Nul nieuwe chipmachines verkocht ASML aan Europa en dat signaal doet pijn
- ASML currently sells no chipmaking machines in Europe, executive says
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