Ingérence électorale : Meta risque 178 000 € par jour au Brésil
La justice électorale brésilienne a donné 24 heures à Meta pour prouver qu'elle ne favorise pas Flávio Bolsonaro avant le second tour du 25 octobre.

La justice électorale brésilienne a durci le ton contre Meta. Lundi 19 octobre, le Tribunal supérieur électoral (TSE) a donné 24 heures à l'entreprise de Mark Zuckerberg pour prouver qu'elle ne favorise pas Flávio Bolsonaro dans la campagne du second tour, qui se tient dimanche 25 octobre face au président sortant Luiz Inácio Lula da Silva. Cette décision intervient après que le camp de Lula a formellement accusé Meta d'ingérence électorale en faveur de son adversaire d'extrême droite.
Un ultimatum doublé après un premier jugement
Le 15 octobre déjà, le juge Marco Aurélio Bellizze avait ordonné à Meta de ne pas réduire la diffusion de contenus politiques, de ne pas restreindre les recherches, ni de supprimer des publications de façon à créer un déséquilibre entre les deux candidats, selon des éléments consultés par Associated Press. Le tribunal exigeait aussi que les outils d'intelligence artificielle de l'entreprise, propriétaire de Facebook, Instagram et WhatsApp, restent impartiaux. Une astreinte de 500 000 reales (89 000 euros) par jour sanctionnait alors tout manquement.
Faute de preuve suffisante de mise en conformité, le TSE a doublé la sanction lundi : l'amende grimpe désormais à un million de reales par jour, soit environ 200 000 dollars, selon un document consulté par l'AFP.
Des messages internes qui embarrassent Meta
Le journal brésilien Folha de S.Paulo a eu accès à des échanges internes entre employés de Meta. Ils montrent que l'entreprise a restreint la promotion du compte Instagram de Lula tout en recommandant algorithmiquement le profil de Flávio Bolsonaro. La loi électorale brésilienne interdit toute recommandation algorithmique sur les réseaux sociaux : la promotion payante reste le seul levier des candidats pour gagner en audience.
Dès le 10 octobre, l'équipe de campagne du président sortant avait dénoncé des suspensions de publicités et des anomalies dans le décompte des vues de ses publications. Le lendemain, le TSE avait déjà accordé 48 heures à Meta pour s'expliquer, profil par profil, sur ces restrictions. Depuis le 16 août, l'entreprise doit en outre détailler, compte par compte, chaque mesure appliquée aux candidats et son origine, humaine ou automatisée.
Le camp présidentiel a également accusé l'outil d'intelligence artificielle de WhatsApp d'avoir refusé de générer des contenus favorables à Lula, selon Le Monde.
Meta invoque des pannes techniques mondiales
Meta réfute toute censure ciblée. L'entreprise évoque une série de défaillances techniques mondiales sans lien entre elles, des mesures anti-fraude et le respect des réglementations locales, selon ses déclarations à Associated Press. Elle cite notamment un problème de décompte des vues sur les Reels Instagram touchant plus de cent pays, et une panne affectant la création de publicités reprenant des publications existantes.
Mardi, Meta a transmis au tribunal un document de neuf pages détaillant dix-sept mesures censées garantir l'égalité de traitement entre les deux campagnes, selon Investing.com. L'entreprise affirme avoir instauré un examen humain préalable des comptes publicitaires des deux candidats et un contrôle de toute restriction automatisée sous deux heures, jusqu'au second tour. L'agence Associated Press relève toutefois que Meta n'a « pas expliqué pourquoi les comptes Instagram et WhatsApp de Bolsonaro bénéficiaient de recommandations algorithmiques ».
Manifestations et menace de disqualification
Mardi, des partisans de Lula se sont rassemblés devant le siège social de Meta à Sao Paulo pour dénoncer l'ingérence supposée de l'entreprise. Le même jour, le conseil de surveillance de Meta a reconnu des « défaillances récurrentes » dans la modération des contenus liés aux élections américaines de mi-mandat et à la présidentielle brésilienne, selon La Libre Belgique.
La campagne de Lula va plus loin : elle prépare un recours devant le TSE pour demander la disqualification de Flávio Bolsonaro, invoquant une manipulation algorithmique orchestrée par Meta. Le Monde rapporte par ailleurs que le camp Bolsonaro aurait versé 600 000 reais (107 000 euros) à une société américaine commercialisant un système d'intelligence artificielle destiné à manipuler des élections.
Les chiffres de la controverse
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Amende initiale en cas de non-respect | 500 000 reales (89 000 euros) par jour | NextINpact, 20 octobre 2026 |
| Amende doublée par le TSE | 1 million de reales (environ 200 000 dollars) par jour | Les Echos, 20 octobre 2026 |
| Comptes Instagram suspects liés à l'IA | 255 comptes, 58 millions de vues en un mois | La Tribune, 11 octobre 2026 |
| Audience potentielle de Meta au Brésil | 147 millions de comptes Instagram | La Tribune (DataReportal), 11 octobre 2026 |
| Somme versée par le camp Bolsonaro à une société d'IA électorale | 600 000 reais (107 000 euros) | Le Monde, 17 octobre 2026 |
L'affaire s'inscrit dans un climat de défiance croissante envers les plateformes de Meta en matière électorale. L'entreprise avait déjà testé les notes de la communauté dans seize pays hispanophones d'Amérique latine, et son patron refuse de ralentir le développement de l'IA malgré les critiques. Des chercheurs accusent par ailleurs les géants de la tech de détourner la régulation à leur profit. Le résultat du second tour, prévu dimanche 25 octobre, dira si les mesures annoncées par Meta ont suffi à apaiser les soupçons.
Sources
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